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Jean
Charbonnier, MEP
Ferment chrétien dans la masse chinoise D’après le Guide to the Catholic Church in China ’97 publié à Singapour en mars 1997, les Catholiques de Chine seraient environ 10 millions et les Protestants 14 millions. Ces chiffres dépassent les statistiques officielles qui font état de cinq millions de Catholiques et six millions de Protestants. Les autorités chinoises tiennent à prouver le succès de leur politique de liberté religieuse en notant que le nombre des Chrétiens a augmenté par rapport à ce qu’il était avant la libération de 1949. Elles ne peuvent par contre reconnaître une trop forte croissance des Chrétiens: ce serait révéler l’échec de leur propagande athée. Les experts catholiques de Hongkong ajoutent aux statistiques gouvernementales les nombreux fidèles qui se tiennent à l’écart des églises officiellement ouvertes par peur d’être embrigadés dans des structures communistes athées. Les Protestants, pour leur part, ont fait une analyse fouillée de leurs effectifs par province. Ils parviennent ainsi à déterminer une fourchette de 13.317.000 au maximum et 9.155.000 au minimum. Ce sont les chiffres publiés en avril 1997 par la revue C.C.A. News, organe de la Christian Conference of Asia. Si les Chrétiens de Chine sont au nombre de 24 millions en tout, ils ne représentent donc qu’une petite minorité de 2 % sur une population totale de 1 milliard 200 millions. Malgré leur petit nombre au sein de la population chinoise, les Chrétiens font preuve d’un grand dynamisme. Les plus actifs sont les Évangélistes protestants qui multiplient les assemblées de prière bien au-delà des limites autorisées. Les communautés soumises au contrôle gouvernemental ne manquent pas non plus de vigueur. Les séparations anciennes entre dénominations diverses tendent à s’estomper. Un catéchisme commun a été adopté et les célébrations prennent place dans une même église. A l’échelon national, l’imprimerie de Nankin avait déjà publié dix millions de Bibles en juillet 1995. Les Catholiques progressent plus lentement. Lors du lancement de la nouvelle politique de liberté religieuse, ils ont d’abord repris l’exercice du culte et l’enseignement de la foi exactement comme dans les premières années 1950. Les premiers livres qu’ils purent imprimer avec leurs maigres moyens furent le Catéchisme Question-réponse approuvé par le Concile de Shanghai en 1924, les Prières quotidiennes, héritées des siècles passés, le Missel Latin, le Nouveau Testament et l’Imitation de Jésus-Christ. Au cours des années suivantes, évêques et prêtres reçurent avec plaisir des traductions chinoises publiées à Taiwan et Hongkong, en particulier celles des Documents de Vatican II et du Nouveau Code de Droit canonique. En 1986, des théologiens se réunirent pour étudier les enseignements du second Concile du Vatican. Des extraits de ces enseignements et des articles écrits par des théologiens d’outre-mer furent publiés dans la Documentation Catholique de Shanghai par les soins de la Société Guangqi. En septembre 1992, au 5e Congrès national des Catholiques, il fut officiellement décidé de mettre en œuvre la réforme liturgique et de célébrer la messe chinoise avec l’autel face au peuple. Le diocèse de Shanghai fit oeuvre d’avant-garde dans la mise à jour de la liturgie et des sciences théologiques. Des théologiens de Hongkong et de Taiwan furent invités à enseigner au grand séminaire de Sheshan. En 1993, cinq grands séminaires invitèrent à leur tour des professeurs d’outre-mer. La même année, des séminaristes ont été envoyés poursuivre des études aux États-Unis, puis en Europe, à partir de 1994. Ils sont aujourd’hui une centaine de séminaristes et quelques jeunes prêtres à bénéficier d’études à l’étranger. Leurs évêques espèrent qu’ils y font des études théologiques solides et traditionnelles avec une formation spirituelle profonde, de façon qu’ils puissent retourner en Chine comme professeurs de séminaire pleinement responsables. L’Église catholique en Chine aujourd’hui est organisée en 138 diocèses, avec 70 évêques reconnus officiellement par le gouvernement et environ 60 évêques consacrés avec l’accord de Rome mais sans autorisation gouvernementale. Les prêtres sont environ 1,500, dont quelque 800 ordonnés au cours des dix dernières années. Plus de mille séminaristes sont en formation dans 24 séminaires officiels et de 200 à 500 dans les milieux clandestins. Les religieuses peuvent être 2,000, dont un millier de novices et postulantes, en une quarantaine de noviciats. Cinq mille églises catholiques sont ouvertes au culte. Une étroite intégration politique Ces développements sont dûs au dynamisme interne à l’Église mais ils n’ont pu se faire qu’avec autorisation gouvernementale. La politique religieuse communiste fait preuve de pragmatisme et de souplesse. Elle n’en demeure pas moins rigoureuse en ses orientations de base marxistes. Dans l’Empire chinois, les religions étaient soumises au contrôle du Bureau des Rites. Le rituel confucéen bénéficiait du soutien gouvernemental. Les autres religions devaient passer par les requêtes du confucianisme officiel. Les courants non-conformistes, qu’ils fussent bouddhistes, taoïstes ou chrétiens pouvaient être souvent qualifiés d’illégaux et persécutés comme hérésies (xiejiao). On ne se réfère plus aujourd’hui au rituel confucéen, mais le modèle confucéen traditionnel se fait encore sentir sous l’expression constitutionnelle actuelle de «activités religieuses normales». Les religions sont tolérées si elles soutiennent l’ordre et la loi de leurs idéaux humanistes. Le nouveau rituel n’est pas confucéen. Mais c’est encore un rituel défini en termes de «moralité communiste». Le Bureau gouvernemental des Affaires religieuses fixe les normes de l’activité religieuse. Sa ligne politique est dictée par le Front Uni du Parti Communiste Chinois. Les directives politiques sont transmises aux religions par les Associations bouddhiste, taoïste, musulmane, protestante et catholique. Ces deux dernières sont qualifiées de «patriotiques» pour bien marquer leur indépendance de tout contrôle «impérialiste». Depuis les premières années 1950 jusqu’à la Révolution culturelle, la politique religieuse communiste se fit de plus en plus dure en vue d’éradiquer de la société chinoise toute trace de «féodalisme» et, visant plus spécialement les chrétiens, tout relent d’impérialisme. Le souci extrême d’indépendance politique exigeait des Chrétiens le rejet de toutes leurs attaches à l’étranger. Le retour des libertés religieuses en 1978 répond à d’autres préoccupations gouvernementales. Toutes les compétences et tous les dévouements sont requis pour soutenir l’effort commun de modernisation du pays. Dans la course au développement économique, les religions, et en particulier le Christianisme, deviennent des instruments de choix pour pomper un flot de devises étrangères et d’investissements auprès des pays développés. Après avoir été tant persécutés pour leurs liens avec l’étranger, les Chrétiens sont pressés de faire usage de leurs relations étrangères au service du pays. En certains cas, le degré de liberté religieuse devient fonction de la quantité d’argent ramassée. La soumission de l’Église aux impératifs gouvernementaux ne va pas sans créer des risques redoutables pour l’intégrité de la foi et de la vie chrétienne. L’implication des évêques, prêtres et dirigeants laïcs dans les matières financières pouvait représenter une menace plus grave, pour la mission spirituelle de l’Église, que la privation antérieure de liberté. L’argument officiel en faveur de ce trafic était la nécessité pour l’Église de s’autofinancer. Mais l’accélération de ce processus rend l’Église plus dépendante des autorités locales et de l’aide étrangère. L’usage des religions au profit de la croissance économique peut leur être plus nuisible que la persécution. Le clergé peut, en certains cas, devenir matérialiste, aveugle à ses tâches pastorales, voire moralement corrompu. Plus généralement, la population entière est de moins en moins réceptive aux valeurs spirituelles, ayant pour seul but l’acquisition jamais satisfaite des biens matériels. L’évêque de Shanghai, Jin Luxian, a exprimé ses craintes à ce sujet à une Conférence œcuménique organisée à Manille en novembre 1993: «A vrai dire», dit-il, «j’étais sans crainte, il y a 40 ans, de voir nos catholiques confrontés à toutes sortes de défis - même à la persécution. L’Église et leur foi étaient au centre de leur vie. Beaucoup étaient prêts à tout sacrifier pour garder la foi. Mais aujourd’hui, face au défi de la modernisation, du matérialisme pur et simple, de l’idolâtrie de l’argent, de l’individualisme, j’ai très peur. Comment enseigner aux Catholiques à vivre l’Évangile dans une Chine en transformation rapide, voilà ce qui est devenu une question de vie ou de mort». Ces fortes paroles semblent indiquer que l’Église peut encore jouer un rôle prophétique, même en étant pleinement intégrée à la structure politique. Manifestations de prophétisme chrétien Le Christianisme en Chine ne peut survivre qu’en se conformant rigoureusement aux requêtes politiques. Cette exigence risque d’étouffer la tradition chrétienne de prophétisme. Si les Chrétiens, en effet, enseignent le devoir d’être bon citoyen, ils n’en considèrent pas moins que la Loi de Dieu est suprême. Ils ne peuvent tolérer l’injustice et le mensonge. Dans le monde d’aujourd’hui, les Chrétiens des divers pays prennent fortement position pour le respect des droits de l’homme et ils protestant contre toute forme d’exploitation. En Chine, il leur faut trouver la manière discrète d’œuvrer pour la vérité et la justice en collaborant avec les officiels les plus honnêtes et en évitant toute confrontation avec le régime populaire. Les Catholiques de Chine, comme les Protestants, ont su réagir aux pressions politiques quand elles mettaient en cause leur sens de la vérité et de la justice. Dans les premières années 1950, lorsqu’ils durent participer à des cercles d’étude où ils devaient dénoncer les propriétaires terriers, les étrangers et autres gens classés «exploiteurs», ils refusèrent souvent de dire des mensonges et de provoquer la mort d’innocents. Ils ne faisaient pas en ceci de l’opposition politique. Ils voulaient seulement respecter les commandements de Dieu. Invités à agir contre leur conscience par les cadres du mouvement «patriotique», ils n’eurent d’autre recours que de pratiquer leur foi clandestinement. C’est ainsi que se développa une Église souterraine. Qualifiés d’«illégaux» et condamnés comme mauvais citoyens, beaucoup firent le sacrifice de leur vie et moururent martyrs. Les Protestants évangélistes proclamaient leur foi en un Dieu transcendent et refusèrent de s’incliner devant les «puissances de ce monde». Les Catholiques levaient l’étendard de leur fidélité au pape, gardien de la vraie foi et de l’unité de l’Église. Avec la politique religieuse plus libérale inaugurée en 1978, les Chrétiens libérés de prison ou des camps de travail crurent qu’ils pouvaient enfin vivre leur foi ouvertement. Leurs espoirs furent vite déçus. Les Associations patriotiques étant réorganisées, souvent sous la direction des mêmes vieux cadres honnis de tous à cause de leurs sévices passés, de nombreux Chrétiens retournèrent à la clandestinité. Les Évangélistes, courageux et dynamiques, multiplièrent les assemblées domestiques où circulaient des prêcheurs itinérants. Les Catholiques se réunirent la nuit dans des maisons discrètes pour célébrer l’Eucharistie. Ils formèrent de jeunes prêtres et religieuses dans les campagnes reculées. Un certain soutien moral et financier leur fut apporté par les Catholiques chinois d’outre-mer, y compris de nombreux prêtres et religieuses de Taiwan à partir des dernières années 80. Problèmes internes de l’Église De multiples échanges se développèrent en même temps entre les visiteurs étrangers et le clergé chinois. Naturellement, les étrangers ne pouvaient guère entrer en relation avec les clandestins. C’eût été leur attirer de gros ennuis. Leurs visites amicales offraient donc fatalement un soutien à l’Église officielle contrôlée par l’Association patriotique. Ceci fut tristement ressenti par les clandestins qui avaient tant souffert par fidélité absolue à l’Église. Ayant le sentiment d’être les parents pauvres de l’Église, ils devinrent plus agressifs en condamnant les fidèles qui fréquentaient les églises officiellement ouvertes et encore plus les jeunes prêtres formés dans les séminaires «patriotiques». En certaines régions de Chine, un fossé infranchissable sembla se creuser entre les Chrétiens. Ce rejet mutuel était ruineux et mettait en cause le message même de l’Évangile. Les visiteurs étrangers se font souvent les apôtres de la réconciliation, mais ce mot est malheureusement piégé. Les Chrétiens clandestins voient dans l’Association patriotique une entreprise diabolique. Parler de «réconciliation», pensent-ils, c’est favoriser la politique communiste d’unification de tous les croyants sous le contrôle de l’Association patriotique et donc du Parti. Soucieux de bien assurer leur tâche pastorale, des évêques officiels ont pu de leur côté agiter le spectre d’une Eglise clandestine en progrès continu à la suite d’une gestion désastreuse des affaires religieuses par l’Association patriotique. Grâce peut-être à ce genre de mise en garde, plus de libertés ont été accordées à l’Église en vue de rallier davantage de prêtres et d’évêques. En septembre 1992, l’Assemblée nationale des représentants catholiques a redéfini le rôle de l’Association comme un rôle «d’assistance» à la Conférence épiscopale dans le gouvernement de l’Église. En pratique, l’expression «assistance» paraît bien faible, car de nombreux dirigeants patriotiques chevronnés bousculent encore évêques et prêtres, décidant en patrons des affaires d’Église. Pourtant, le principe a été admis que l’Association patriotique ne devrait pas s’ingérer indûment dans les questions pastorales et que les évêques devraient assumer davantage leur autorité. La 6e Assemblée nationale des représentants catholiques, prévue pour décembre 1997, montrera si les évêques sont enfin reconnus comme les vrais dirigeants de l’Église. Prudence et patience de Rome A Rome, le Saint Père a exprimé à maintes reprises son amour pour le peuple chinois et son admiration pour leur grande civilisation. Le pape ne peut pourtant pas renoncer au rôle que Jésus lui-même a confié à l’apôtre Pierre: conforter ses frères dans la foi et veiller à l’unité de l’Église. C’est en union avec tous les évêques qu’il dirige l’Église. La primauté de l’évêque de Rome lui confère le devoir d’assurer que l’Évangile soit proclamé en toute vérité et que l’Église soit bien gouvernée dans tous les pays. Le Secrétariat d’État et la Congrégation pour l’Évangélisation des peuples qui l’assistent dans cette tâche ne cessent de rechercher un dialogue avec les autorités chinoises. En 1950, le prononce apostolique, Mgr Riberi, est resté en Chine et n’a pas suivi le gouvernement de Nankin dans son exil à Taiwan. Il a été chassé de Chine en 1951. Plus tard, des relations diplomatiques ont été établies entre le Vatican et le gouvernement de la République de Chine à Taipei, ce qui confirmait malheureusement la rupture entre Rome et Pékin. Depuis, le statut de ce représentant du Saint-Siège à Taiwan a été réduit au plus bas niveau, mais il existe encore une ambassade de Taiwan au Vatican. Les rapprochements entre Taiwan et le Continent qui n’ont cessé de progresser depuis 1987 devraient aider à résoudre ce problème. Si l’obstacle diplomatique des relations avec Taiwan peut être écarté, il reste une autre exigence du gouvernement de Pékin plus difficile à négocier: le pape ne devrait pas, déclare-t-on, se mêler des affaires intérieures de l’Église en Chine. Les évêques de Chine sont, bien sûr, les successeurs des apôtres et l’Église en Chine a le droit d’être autonome en prenant toutes ses responsabilités dans l’évangélisation du pays. Rome souhaite vivement que les évêques de Chine soient les vrais dirigeants de leur Église. Mais autonomie ne veut pas dire une indépendance qui serait en fait une séparation. L’Église entière est communion et le Saint Père est au service de cette communion. Son union avec les évêques de Chine doit être manifestée de manière concrète. Le pape doit pouvoir en particulier donner son accord aux nominations d’évêques et accueillir les évêques de Chine en visite à Rome. Aucun pourparler officiel n’a pris place jusqu’ici, Pékin exigeant la rupture avec Taiwan et l’indépendance totale de l’Église en Chine comme préalable à toute négociation. Les visites en Chine de cardinaux et la présence à Hongkong d’un représentant officieux du Vatican marquent le souci qu’a le Saint Siège de renouer avec les Catholiques du Continent. De nombreux échanges entre les chrétiens de tous pays et les catholiques de Chine sont acceptés et même encouragés par Rome. Pourtant le rapprochement ne se fait qu’à tout petits pas. Rome doit en effet tenir compte de la fermeté des catholiques clandestins dans leur opposition à tout dialogue avec les autorités communistes. L’unité des chrétiens en Chine même doit être peu à peu restaurée, pour que leur union à l’Église universelle puisse être pleinement manifestée. Le choc de l’Évangile en contexte chinois Les difficultés actuelles des Chrétiens en Chine reprennent en fait, sous une forme nouvelle, un conflit récurrent depuis plus de quatre siècles entre le message même de l’Évangile et la grande tradition culturelle chinoise. La civilisation chinoise est quête d’harmonie entre l’homme et le ciel sous une forme rituelle très élaborée. Il y eut d’abord conflit avec les expressions culturelles étrangères du christianisme: des églises où s’assemblaient hommes et femmes; des bâtiments élevés avec des tours; une liturgie suspecte inconnue en Chine, la langue latine et des noms bibliques dépourvus de signification en chinois, etc. L’interdiction ultérieure de pratiquer les rites en l’honneur de Confucius et des ancêtres contribua à jeter le discrédit sur le christianisme. Cette directive de « l’empereur de la religion en Occident » parut d’ailleurs être une violation flagrante de la souveraineté chinoise. Plus profondément, les normes de la sagesse chinoise dans le perfectionnement de soi s’accordaient mal avec le sens chrétien du péché, de la faiblesse humaine, du pardon, avec un message de salut par grâce et non par un simple effort de perfectionnement. L’incarnation du Fils de Dieu et son sacrifice rédempteur apparaissaient comme une perte de face et la punition bien méritée d’un hors-la-loi. Le pardon des offenses en confession était jugé immoral et dangereux en tant qu’encouragement au crime; la tradition chinoise de piété filiale exige parfois la vengeance. En présentant le message chrétien dans le cadre de la tradition chinoise confucéenne, Matteo Ricci et, plus tard, l’ensemble des jésuites, misaient sans doute sur une grande tradition morale dans l’espoir de la conduire à son accomplissement en Jésus-Christ. Mais ils couraient le risque de répandre en Chine une interprétation avant tout morale du christianisme et de confirmer les intellectuels chinois dans leur suffisance culturelle. En fait la diffusion de l’Évangile se fit surtout parmi les paysans pauvres à l’écart des milieux officiels et dans un contexte de persécutions récurrentes. La méfiance des paysans catholiques pour les exigences gouvernementales dangereuses pour leur foi ne date pas d’aujourd’hui. La mutation contemporaine A l’approche de l’an 2000, l’Église en Chine fait peau neuve et apprend à vivre au rythme des minorités chrétiennes dispersées dans la société moderne de tous les pays du monde. De nombreuses églises de Chine sont sans doute encore pleines de vieillards avec peu de jeunes. L’avenir appartient pourtant au petit nombre des jeunes qui cherchent leur vole dans le monde d’aujourd’hui: jeunes prêtres libres d’allure que la communauté vieillissante a du mal à accepter; jeunes religieuses émancipées en qui les anciennes ne se reconnaissent plus; jeunesse peu portée à s’astreindre à tous les exercices religieux et à toutes les dévotions que chérissaient leurs grands-parents. Quelle est la nourriture spirituelle offerte à cette nouvelle génération? La lecture de la Bible, autrefois largement ignorée peut jouer un rôle-clé pour une compréhension plus profonde du message chrétien dans le monde chinois. Même si la Bible est encore peu répandue dans les familles catholiques, elle est par contre bien étudiée dans les séminaires et noviciats. En plus, la réforme liturgique récente autorisant l’usage du chinois, les lectures publiques de la Bible sont faites à la messe. Les fidèles doivent bien constater qu’il ne s’agit pas d’un traité de bonne morale, à part quelques livres de Sagesse. Il s’agit d’une histoire tragique d’infidélité et de péché qui laisse apparaître toute la misère humaine. C’est aussi la révélation de la miséricorde de Dieu et du don d’amour en Jésus-Christ sauveur. La Bible n’en reste pas moins étrange et difficile d’accès. Les jeunes chrétiens de Chine vont devoir redécouvrir des formes dévotionnelles, rituelles, artistiques, sapientielles qui leur permettront une expression épanouissante de leur foi. Ils vont devoir puiser davantage aux sources de leur propre histoire chrétienne et mieux connaître leurs saints, leurs martyrs et leur sages. Tandis que l’ensemble de la société chinoise bascule dans un matérialisme pratique de course effrénée à l’argent et à des gratifications égoïstes, la nouvelle génération chrétienne va devoir rapidement prendre ses distances et apprendre à témoigner des valeurs spirituelles de l’Évangile. Ref.: MISSION DE L’ÉGLISE, n. 117, Octobre 1997.
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