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François
Kabasele Le synode africain a bel et bien eú lieu à Rome. Et ses résultats ont confirmé mes inquiétudes. Le paternalisme romain s’y est manifesté dans toutes ses dimensions.D’un synode convoqué par Rome et avec un ordre du jour fixé par elle, à base de quelques réponses glanées ici et là en Afrique à un questionnaire composé à Rome, on a abouti à des propositions que la curie romaine avait reformulées et promulguées dans la forme qui lui semblait opportune et dans les perspectives du Jubilé de l’an 2000. Les voeux d’un concile africain, dans la dynamique d’Églises particulières revalorisées à Vatican II ont été noyés autour d’une question de l’identité du chrétien africain et de la manière dont il percevait sa rencontre avec Jésus Christ et avec les autres Églises. Ce qui montre bien que la préoccupation de ce synode était autre. En effet sa question principale était: « Église d’Afrique que dois-tu devenir maintenant pour que ton message soit crédible et pertinent ? «(l). I1 est regrettable qu’une rencontre si capitale pour la vie des Églises d’Afrique soit mise dans la corbeille des préparatifs du Jubilé de l’an 2000 (2). Pour la plupart des Africains, ce Synode africain renforce l’idée, d’un concile africain à venir car tout n’a pas été mis à plat et seul un concile pourrait le permettre. L’Afrique et le Christianisme ont connu l’aventure de la rencontre; en ontils profité, chacun pour l’épanouissement dans la continuation de son projet fondamental ? Je voudrais tenter ici une réponse provisoire, dans le prolongement de mon livre «Le Christianisme et l’Afrique: une chance réciproque» sorti chez Karthala en 1993. Provisoire, cette réponse l’est, car l’aventure continue. Aujourd’hui, je signe encore tout ce que j’ai exposé dans cet ouvrage. Ma convic tion est que le christianisme a été une chance pour l’Afrique, tout comme l’Afrique est aujourd’hui une chance pour le christianisme. Mais pour que cette chance soit réelle, il faut que d’une part le christianisme honore les aspects des cultures africaines porteurs de foi et d’autre part que l’Afrique s’approprie un christianisme dépouillé de son habillage européocentrique. Reconnaitre les cultures africaines De quelle Afrique s’agit-il ? De cette Afrique noire, celle d’hier et d’aujourd’hui, dans ce qu’elle a d’assises profondes, en ce qui concerne l’homme, le monde et l’au-delà. Certes, c’est un continent et il ne faut pas trop généraliser; mais les abus de lthistoire ne doivent pas nous jeter dans un autre abus, celui de nier toute homogénéité culturelle aux civilisations d’Afrique noire. n y a des constantes où ces diverges civilisations se recoupent, et il faut les souligner. L’homme noir a une conception de la personne humaine comme d’un cosmos en miniature, eau et feu, terre et air, visible et invisible, corps et esprit indissociablement; stil salt déchiffrer l’univers, il peut se transformer en lion ou serpent, en arbre ou rockier; certains codes de la nature peuvent l’amener à canaliser les forces de la nature pour influer sur le cours de la vie, pour conjurer la mort et faire triompher la vie. Les nombreux rites d’Afrique noire comportent ces codes auxquels n’ont accès que les seuls initiés. La religion est pour nous une manière de vivre, de concevoir le monde, et d’entrer en relation avec les hommes, la nature et l’Au-delà (Dieu, les Ancêtres, les Esprits). Les rapports avec Dieu ne vent pas les plus éloquents, mais plutôt ceux avec les Ancêtres, ces intermédiaires qui nous ont connu et qui continuent de militer à nos côtés pour le triomphe de la vie. Il n’y a pas de monde sacré et profane. L’univers tout entier est le lieu de l’irruption de l’Au-delà ou du divin. La vie est le sacré par excellence. L’univers tout entier porte le destin de l’homme. I1 n’y a pas de hasard; rien ne peut échapper à main du créateur; nos actes ont une répercussion sur l’univers, de près ou de loin, tôt ou tard. La transformation du monde se fait comme une liturgie, et non comme une domination. La transformation du monde ntest qutune des modalités d’entrer en communion avec lui, dans l’harmonie et le respect des êtres animés et inanimés, dans la recherche de tout ce qui fait vivre et le rejet de tout ce qui est allié à la mort. L’Afrique noire est une terre d’hospitalité, c’est-à-dire, de l’accueil gracieux de l’autre différent de nous, àpriori et gratuitement. Bien accueillir l’autre est un moyen de disposer en notre faveur la hiérarchie de l’univers et de se prémunir contre les éventuels mauvais desseins de nos hôtes. Les Africains vent optimistes pour la vie queues que soient les conditions matérielles. La vie est la valeur suprême, le don par excellence de Dieu, et qu’il faut transmettre. Vivre pour nous, c’est donner la vie. Une vie sans progéniture est une catastrophe, non seulement pour l’individu, mais surtout pour la communauté. En Afrique noire, on survit plus par solidarité et alliance, que par de puissantes organisations et de rigoureuses planifications. On cultive moins la confiance dans l’outil, la machine, dans les biens matériels, que dans l’homme et dans la relation communautaire. Ne serait-ce pas pour cela que ce continent demeure le fief de la Parole, des civilisations qui privilégient le contact vécu, l’image et le symbole, le rythme cosmique et le rite, dans le mode de communication et l’éducation ? Même si le livre est devenu indispensable, celui-ci est lu et écrit à la manière orale. Le Christianisme: danger et chance Danger; l’Afrique a expérimenté le christianisme comme violence et donc danger.Elle a vécu un christianisme accompagné par la colonisation et qui l’a quelques fois servie. Celle-ci fut un mal, sur toute la ligne(3), car son but et ses méthodes ont été annihilantes pour l’homme noir. Pour se justifier, la colonisation devait soutenir et convaincre les indigènes de leur infériorité anthropologique et culturelle. Sans doute, les colons ont tracé des routes, mis en place une plate forme économique, construit des écoles, des centres de santé, combattu les campagnes esclavagistes. Mais faut-il leur en rendre «hommage» (4)? Non, car s’ils l’ont fait c’était en vue de leur prospérité, de l’ efficacité de leurs entreprises: la main d’oeuvre locale devait être socialement encadrée, instruite, passablement saine, pour un meilleur rendement de leur oeuvre. Les missions ont profité de la colonisation pour pouvoir répandre la «bonne nouvelle»; mais l’oeuvre des missions ntavait certainement pas le même but que la colonisation(5). Mettre Christianisme et colonisation dans le même sac, serait une simplification rapide(ó), même stil faut admettre que les missions n’ont pas pu empêcher la colonisation de profiter d’elles pour exploiter les «indigènes». Et à cela a contribué en effet l’équation funeste entre «évangéliser et civiliser», avec la méthode de la «table rase» qui consistait à détruire tout ce qui était antérieur au christianisme, comme valeurs éthiques, philosophiques, pratiques rituelles, considérées comme porteuses de paganisme; nul n’ignore les destructions d’oeuvre d’art et l’aliénation qui s’en suivit. Chance. Car par delà ces effets, le christianisme a été bien plus qu’une entreprise coloniale en fournissant aux Afri- cains l’occasion de rencontrer Jésus Christ; et celuici vient porter plus haut l’expérience religieuse de l’homme afri- cain. Les religions traditionnelles d’Afrique noire comportent des valeurs d’amour du prochain, des prières quelques fois adressées à Dieu, mais plus souvent aux ancêtres, des rites d’offrande, des repas de communion avec les ancêtres, des rites de purification de réconciliation, de conjuration du mal lors des intempéries ou des épidémies, des pratiques divinatoires... Le but de toutes ces démarches est la vie de l’homme et sa croissance; ce vent des religions «anthropocentriques». Mais si l’homme est respecté, c’est parce qu’il appartient à Dieu; la vie elle-même est considérée «sacrée», car elle vient de Dieu; il y aura une rétribution du bien et valeurs pour y enraciner le message du salut chrétien. Et ceci est primordial dans tout combat pour une libération: il faut commencer par reconnâitre sa dignité, être fier d’être africain. Les Églises chrétiennes se retrouvent aujourd’hui sur la ligne de front du combat pour les libertés politiques et l’instauration de la démocratie: les nombreux martyrs de ces luttes se retrouvent dans les rangs d’Églises. Que l’on se rappelle les marches des chrétiens à Kinshasa en Février 1992, la nomination des évêques pour présider aux «conférences nationales» un peu partout en Afrique centrale et Afrique de l’Ouest. II faudrait également mentionner que dans l’Afrique postcoloniale, les seules structures administratives fiables vent celles des Églises, et que la relève économique passe souvent par elles; ce vent elles qui encouragent et soutiennent de nombreux projets de développement, en rapport avec les organismes non gouvernementaux. Ainsi, en dépit du paternalisme qu’exercent les Églises d’Occident sur celles d’Afrique, les Églises chrétiennes d’Afrique présentent anjourd’hui à lthomme africain un socle sûr d’organisation et une possibilité de repartir sur des bases nouvelles pour une libération de l’homme total, avec le ferment du règne de Dieu qui signifie amour, paix, libération, défense des opprimés. Mais cette chance est suspendue àune condition de la part des Africains. Le christianisme offre à l’Afrique des potentialités pour développer son expérience du divin. Il ne faut pas que les Africains le prennent comme un modèle à reproduire tel quel, à installer tel quel ; en ce moment-là ils perdraient la chance que le christianisme constitue pour eux. En d’autres termes, que la révélation chrétienne leur fasse découvrir comment Dieu avait parlé et cheminé avec leurs ancêtres; que la morale chrétienne leur fasse découvrir comment Dieu avait initié leurs ancêtres au respect de sa volonté et à l’essentiel de la loi qui est l’amour; que la célébration chrétienne du salut les fasse progresser dans l’art de célébrer de leurs ancêtres et dans l’idée même du salut, en découvrant grâce aux sacrements chrétiens plusieurs autres sacrements de salut dans les manifestations une punition du mal; le mal suprême c’est la haine, la recherche de la mort pour les autres: d’où la solidarité et l’appel constant à l’amour dans l’hospitalité et la réconciliation, comme préventifs contre le malt. Vivre de ces valeurs, c’est assurément être dans la proximité et l’intimité de Dieu. Quelle nécessité y-avait-il alors d’adopter une autre religion ? A nous Africains qui ne vivrions que de nos religions traditionnelles, il nous manquerait Jésus Christ et la révélation biblique du Père. Les Églises chrétiennes sur le continent africain, au nom de la foi en l’incarnation de Dieu parmi les hommes, ont aujourd’hui enclenché le mouvement de l’inculturation qui réhabilite nos les cultures africaines et le christianisme du triomphe de la vie sur la mort en Afrique... En un mot, je dirais que le christianisme est une chance pour l’Afrique, àcondition que les Africains ne se contentent pas d’ installer chez eux des copies d’Églises catholiques, d’Églises protestantes, d’Églises orthodoxes, etc. mais qu’ils puisent dans toutes ces expériences partielles, des potentialités pour faire progresser ltexpérience originale du divin chez leurs ancêtres. Pourquoi et comment l’Afrique est une chance pour le Christianisme D’ abord par le nombre. L’ argument du nombre n’est pas à négliger; car c’est dans la mesure où le nombre représente la visibilité du corps Église qu’un rayonnement s’amorce. On salt que le maître d’oeuvre principal est l’Ésprit Saint; et que c’est Dieu lui-même qui bâtit la maison. Mais l’Esprit travaille avec les hommes et les moyens dont ils disposent. L’Église est signe du salut; et la catégorie «signe» implique «visibilité». Et le nombre entre dans la constitution de cette visibilité. En outre, la jeunesse de ce nombre qui arrive est importante. Car la jeunesse d’un pays est l’espoir de son renouvellement. Les Églises-mères vieillissent. Celle d’Afrique apporte des forces jeunes, et donc susceptibles de renouveller la vie de l’Église chrétienne. N’est-ce pas là une chance ? Des rites nouveaux et un nouvel enjeu theologique Des rites inédits dans la tradition chrétienne occidentale, ont vu le jour en Afrique noire, tels la bénédiction des parents et le pacte de sang dans la consécration religieuse et dans le mariage, des rites initiatiques de passation de pouvoir dans l’ordination sacerdotale, des rites de passage dans le baptême-confirmation des Adultes, des rites de conjuration du mal dans le sacrement des malades et dans la sanctification du temps, des rites de réconciliation dans le sacrement de pénitence et réconciliation, [’invocation et vénération des ancêtres dans la célébration eucharistique, et j’en passe (7). Qu’y a-t-il de nouveau ? La Pâque chrétienne est le passage de Jésus de ce monde à son Père, passage qui nous sauve, et qui rend gloire au Père. Les célébrations africaines de la Pâque donnent le même message, mais tout en soulignant la dimension initiatique de l’événement. Le baptême célébré avec du kaolin blanc, des feuilles de bananier dans le mime de la mort et résurrection, signifie toujours vie nouvelle en Christ. Mais il y a un accent que ces symboles et gestes africains mettent dans la théologie du baptême: c’est celui de la vie comme «passage et initiation», et comme participation. En utilisant les matières alimentaires locales pour le repas eucharistique, on proclame toujours la mort et la résurrection du Christ comme acte sauveur; mais par l’usage de ces éléments locaux, on met un accent théologique sur l’ incarnation du Verbe. Dieu est le tout autre, mais il rejoins l’homme sur ses chemins comme ami et frère. Quand on connâît la dynamique du binôme foi-rites, on comprend que toutes ces pratiques rituelles nouvelles soient susceptibles de transformer le christianisme, si pas de fond en comble, du moin s en élargissant ses registres et ses voies d’accès. Ne serait-ce pas une chance pour le Christianisme? Une renouvelle chrétienne Depuis une vingtaine d’années, se multiplient des représentations du Christ, des Saints et des mystères chrétiens en traits locaux, africains. Ceci n’obéit pas seulement au besoin d’une catéchèse, mais à une théologie de l’incarnation. Comme Dieu s’est fait «homme», il fallait que dans le culte les représentations de son mystère rejoignent l’homme de toute race, de tout pays, et de tout temps. I1 vaut mieux représenter Dieu et ses mystères dans les traits de toutes les races pour mieux marquer que Dieu et ses mystères ne s’identifient et ne se limitent aucune race. Ces Christs et Vierges noirs, ne représentent pas seulement une production artistique africaine, mais toute une vie d’un pays, toute une conception du monde et de la vie, toute une manière de croire et d’être chrétien et qui enrichissent ainsi le trésor judéo-chrétien. Vivre autrement en Église L’expérience des «communautés de base», avec à leur tête des laïcs, instaure une autre manière de vivre en église. En effet, la «paroisse» ne suffit plus à la tâche de la vie en Église; les chrétiens, au sein de leur quartier, en dehors du culte paroissial, se retrouvent pour vivre comme en famille. Leur cellule est une cellule qui est conçue pour répercuter la vie paroissiale dans les maisons et quartiers. Ce besoin ntest pas né d’une action apostolique quelconque, ni de la pénurie de prêtres, mais d’une manière africaine de vivre, telle que là où l’on habite, tous les problèmes de la vie sont reposés, et jaillissent dans le rythme de la foi. L’"église-peuple" de Dieu d’Europe, cède le pas à l’"église-famille" de Dieu en Afrique. De nouveaux ministères apparaissent, comme celui des «aînés», des «animateurs et initiateurs», des «défenseurs de la justice». L’image de l’église-famille prône le mariage des responsables de communautés. En effet, selon les cultures d’Afrique noire, un responsable de communauté, prêtre ou évêque, est un âîné et un chef, et done quelqu’un qui entre dans le registre des ancêtres, registre de ceux qui ne mettent pas un frein au don de la vie, à la transmission de la vie. Comment être responsable d’une communauté de vie, si on n’a pas donné la vie, si on n’a pas participé, de manière pleine (spirituelle et physique), à l’expérience profonde de la transmission de la vie. Nombreux vent les prélats africains qui soutiennent le principe du célibat sacerdotal en Afrique, simplement par mimétisme de l’Occident, comme une manière de montrer que les Africains vent tout aussi «forts», tout aussi «capables» de garder le célibat. C’est exactement ainsi que faisaient les premiers «évolués» du temps colonial: ils faisaient une raie dans leurs cheveux crépus, pour imiter les Européens, alors que les chevoux crépus n’ont pas besoin de raie pour se maintenir... La question n’est pas dans la capacité, mais bien dans l’utilité et l’opportunité par rapport à nos cultures, qui, par ailleurs, comportent cette continence sexuelle, pour des cas particuliers et au service d’une fonction sociale de «veille». Pour nos cultures, les célibataires sont des «veilleurs», un genre de «reclus» qui irait bien aux Religieux de toutes sortes; ces reclus remplissent certaines fonctions, en particulier en temps de guerre ou d’initiations; mais nos cultures ne leur donnent jamais la fonction du chef de la communauté; car elles jugent que l’expérience conjugale est indispensable pour celui qui guide les families humaines et qui représente en fait les ancêtres (8). Une autre maniere de faire la theologie Les différents titres donnés spontanément à Jésus Christ dans les diverges chansons composées par les communautés de base, ont tracé des perspectives d’une «christologie africaine»(9). Au départ, des chrétiens africains ont simplement repris des titres que, dans leurs prières traditionnelles, ils attribuaient à Dieu, pour les appliquer à Jésus Christ, selon le message de la célébration. Ainsi l’hymne au Christ, tenant lieu de l’Exsultet de la nun’ pascale: les images familières à la vie et à la culture de nos communautés, sont agencées dans un cadre qui fait passer le message d’un Christ vainqueur, héros, chef suprême, notre Pâques immolée... Tous ces traits du visage africain du Christ vent des symboles qui eux-mêmes dévoilent en voilant, c’est-à-dire, ne disent pas tout du Christ, car ce dernier reste l’au-delà de tous les modèles. Aucune image, aucun mot du langage humain, ne peut épuiser la richesse du Christ; et c’est là une des chances que l’Afrique constitue pour le christianisme: elle rend compte, dans ses efforts de nommer Jésus, de l’immensité du mystère du Christ. Elle contraint le monde chrétien à dépasser le monolithisme occidental dans l’expérience du salut en Jésus Christ. L’Oeucumenisme L’Afrique chrétienne n’avait pas connu les «guerres de religion»; aussi constitue-t-elle un terrain privilégié pour une mise en oeuvre dépassionnée de l’oecuménisme. Les expériences en cours vont dans le sens d’une communion des Églises plutôt que le retour à une «seule» Église. I1 ne s’agirait donc pas d’abandonner un jour les différentes confessions. La prière du Christ «qu’ils soient un» n’est pas comprise comme une volonté de «retour à la confession catholique», mais comme une interpellation de chacune des confessions dans la vérité de son témoignage d’amour. Les différentes confessions, tout comme les différents peuples, manifestent finalement la richesse du mystère en accentuant l’un ou l’autre de son aspect. Même si le péché a été à l’origine de la séparation, de part et d’autre, Dieu a fini par triompher du péché en faisant éclore en chacune des confessions des dons particuliers dont elle doit faire profiter les autres confessions. Celles-ci sont devenues comme différentes families d’un clan, le clan du Christ. Il n’est pas rare de voir en Afrique noire des rassemblements qui regroupent Catholiques, Orthodoxes, Musulmans, Protestants, Kimbanguistes... sur les mêmes bancs, dans des mêmes bâtiments. Et souvent, une même famille comporte des membres de différentes confessions, et qui se retrouvent pour les mêmes événements comme les enterrements, les mariages, les professions religieuses, les ordinations sacerdotales, les premières communions, sans chercher à faire du prosélytisme. Catéchèse de l’oralité Il s’agit du recours aux techniques de l’oral, notamment celles qui privilégient la parole et le contact vécu, qui font appel à la mémorisation, à la monstration d’images et symboles, celles qui mettent à profit l’inépuisable trésor des contes, et qui dans l’attention au rythme cosmique, font coincider des périodes catéchétiques aux grandes époques de l’année... Une telle catéchèse relativise le savoir écrit, ou plutôt propose d’écrire aussi avec le corps, avec la vie (10); ceci est utile dans un christianisme qui s’est trop souvent appuyé sur les manuels au détriment de l’expérience de vie et de la transmission orale. Le christianisme conserve une référence fondamentale au Livre, mais les Écritures doivent être une vie, une parole vivante et non seulement une lettre historique, objet de musée. Mysticisme renouveau et bourgeonnement des charismes Dans le catholicisme d’après Vatican II, la dimension mystique de la prière, comme union intime avec Dieu et abandon de soi au souffle de L’esprit, s’est accentuée. Et ceci est particulièrement bénéfique parce qu’on risquait d’oublier que la prière était plus l’oeuvre de Dieu en nous, que notre propre oeuvre. Cet enrichissement de la prière chrétienne a fait germer d’autres bourgeons en Afrique, dans la rencontre entre les courants de la religion traditionnelle et certaines veines de la religion chrétienne, développant ainsi un mysticisme des saints: ceux-ci viendraient «habiter» des fidèles vivants, pour communiquer un message, ou soigner des malades. Dans ce mysticisme, se retrouve d’une part le courant traditionnel qui stipule que les ancêtres et l’Au-delà continuent à se préoccuper de la communauté terrestre et interviennent aussi directement dans le terrestre en habitant momentanément un individu; d’autre part on y retrouve le courant séculaire de la tradition chrétienne à l’égard des saints, qui s’est développé à partir de la mémoire des martyrs jusqu’à la mémoire de tous ceux qui ont vécu l’amour du Christ et du Royaume d’une manière exemplaire. Ainsi les Saints, grâce à leur proximité et intimité avec le Tout-Puissant, viennent en aide aux vivants sur la terre. La mystique chrétienne qui se développe en Afrique ne se rencontre pas seulement dans ces phénomènes particuliers. Elle se manifeste également dans le bourgeonnement spectaculaire des congrégations religieuses en Afrique noire. Ces congrégations ont surtout vu le jour avec l’augmentation du nombre d’évêques noirs; ceux-ci rivalisèrent dans le zèle à laisser fleurir dans leurs diocèses, de nouveaux charismes. Alors qu’en Occident, des congrégations religieuses fusionnent pour pouvoir survivre, en Afrique, elles augmentent en nombre, avec la naissance de nouvelles congrégations inspirées par l’africanité où résonnent d’une manière particulière le message chrétien en terre africaine. Et en outre, les congrégations anciennes se renouvellent dans leur spiritualité, en cherchant à comprendre comment l’africanité les aide à mieux suivre un Saint François, un Saint Dominique, un Saint Jean de la Croix, etc. Conclusion Le temps où l’on pensait que les cultures d’Afrique étaient un handicap pour la foi chrétienne est bel et bien révolu. On a constaté que les sociétés chrétiennes d’Europe conservent des tares telles l’intolérance, I’idolâtrie des biens matériels, le racisme, qui défigurent profondément le christianisme. Toute culture, du Nord au Sud, de l’Orient à l’Occident, demeure candidate à la conversion, et appelée à glorifier Dieu et proclamer le salut en Christ. Avec une meilleure connaissance des traditions africaines, on comprend de mieux en mieux qu’elles constituent le lieu où le christianisme peut fleurir, en se décapant des scories du temps et des espaces par lesquels il avait transité, et en assumant en Afrique les valeurs que le créateur lui avait confiées tout en faisant resplendir celles-ci du soleil de la révélation et de la foi en Christ. Une chance mutuelle s’offre ainsi dans cette rencontre. Mais encore faut-il que l’Europe chrétienne et l’Afrique d’aujourd’hui saisissent cette chance de la rencontre. Pour I’Europe chrétienne, saisir cette chance c’est accepter l’Afrique telle qu’elle est, avec son souci primordial de la relation humaine, de la communauté, son sens de la nature, et son dynamisme de la parole. Saisir la chance de la rencontre pour l’Afrique c’est accepter l’Europe telle qu’elle est, avec ses manies d’organisation, avec son «cogito ergo sum», son attachement aux droits de propriété et de l’individu. Une fois que l’on s’est accepté différent, tel que l’on est, le pas de la synthèse peut stannoncer fructueux. Et le cheminement de la rencontre sera rythmé par, le respect de l’autre, l’évacuation des complexes historiques, l’attention de la présence de Dieu dans la vie et l’histoire de chacun, I’émerveillement devant cette main de Dieu qui nous a toujours précédés chez l’autre. Le christianisme n’en sera que plus riche, et les peuples qui auront cru au message du Christ plus humainement accomplis. Notes: (1)Rapport introductif du Cardinal Hyacinthe THIANDOUM; in CHEZA M.,(éd.). Le synode africain textes et histoire. Karthala Paris, 1996, p.48 (2)C’est du moins l’orientation générale de Ecclesia in Africa, du pape centrée sur «vous serez mes témoins en Afrique» au seuil de ce troisième millénaire (3)Guy de BOSSCHERE, Autopsie de la colonisation, Paris, 1967 (4)TSHIBANGU WA MULUMBA, Hommage à la colonisation, Paris, 1980, p.90 (5)COULON P. & BRASSEUR P., Libermann, Paris, 1988, p.231 (ó)Comme le soutient MABIKA KALANDA, La remise en question base de la décolonisation mentale, Bruxelles, 1967 (7)Nous avons consacré de nombreuses publications à ce sujet. On pourrait par exemple se reporter à Alliances avec le Christ en Afrique, Athènes,1987; Pâques africaines d’aujourd’hui, Desclée,1989;Symbolique chrétienne et symbolique bantu (rencontre dans la liturgie), Kinshasa, 1991 (8)Voir mon article «Pour des prêtres mariés en Afrique», in Lumière et vie, n°219, 1994, pp.83-88 (9)Voir à ce sujet l’ourrage collectif Chemins de la christologie africaine, Desclée, 1986. NYAMITI Ch., Christ as our ancestor, Zimbabwe, 1984 (10) Nomination africaine de Jésus Christ. quelle christologie?, Kananga, Zaire, 1989. Text: from the author, in Coopèration et développement,n.147,1999
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