Jean-Marie Van Parys, SJ
Renouveler l'Église: Sept échos de la réflexion d'une Église soeur


La situation des Philippines n’est pas sans rapport avec celle de la RDC. Un pays gravement appauvri et désorganisé par de longues années de dictature. Des disparitions et des assassinats. Des habitudes de vénalité et de corruption. Une croissance démographique bien plus rapide que la croissance économique. Une guerre civile dont les prétextes dissimulent mal des avidités étrangères. Un avenir politique incertain.

Le président de la Conférence épiscopale des Philippines décrit les sept étapes qui devront être franchies pour renouveler l’Église en Asie. La réflexion chrétienne en Afrique ne pourra-t-elle en prendre de la graine ? Elle ne s’attachera pas aux sources asiatiques des textes et à leurs références, mais à leur inspiration chrétienne et universelle.

Sept échos

1. Renouveler l’Église (...), c’est passer de la passivité et de l’appréhension à l’évangélisation active et complète et, donc, à un renouvellement du sens de la mission. Nous évangélisons parce que nous sommes reconnaissants à Dieu de partager sa propre vie avec nous, et parce que nous croyons que l’Évangile est un ferment de transformation sociale.

2. Renouveler l’Église, c’est passer d’un universalisme abstrait et non-engagé à la construction d’une véritable Église particulière qui incarne le Corps du Christ dans un peuple donné, à un endroit et à un moment donnés, une Église incarnée dans un peuple, une Église indigène et inculturée.

Elle doit être une Église qui dialogue, avec les grandes traditions religieuses de nos peuples, qui dialogue avec le peuple, et en particulier avec les pauvres.

3. Renouveler l’Église, c’est passer de l’institution à une profonde intériorité. Grâce à l’intériorité, l’expérience de la présence et de l’action de Dieu est intensifiée et approfondie, le coeur ouvert à l’effusion spontanée de l’amour, de la paix, de la bonté, de la douceur, de tous les fruits de l’Esprit-Saint.

4. Renouveler l’Église, c’est passer de l’individualisme à une authentique communauté de foi. Sa communion s’enracine dans la vie de la Trinité. Elle doit être une communauté de participation authentique et de co-responsabilité, unie à ses pasteurs, et liée aux autres communautés de foi et à la communion unique et universelle de la Sainte Église du Seigneur. Ce mouvement vers la communauté ecclésiale de base exprime le profond désir d’être une telle communauté de foi.

5. Renouveler l’Église, c’est passer du cléricalisme à l’habilitation des laïcs. Habités par le don des sacrements et par leurs propres talents et savoir-faire personnels, ce sont les laïcs qui peuvent avec compétence apporter la bonne nouvelle de Jésus pour influencer le domaine des affaires et de la politique, de l’éducation et de la santé, des mass-media ainsi que du monde du travail.

6. Renouveler l’Église, c’est passer des relations confortables et non critiques avec les riches et les puissants à une "Église des pauvres", et une "Église des jeunes". Si nous devons nous placer aux côtés des multitudes de notre continent, nous devons, dans notre manière de vivre, partager une part de leur pauvreté, nous devons défendre les droits des personnes défavorisées et les faibles, et lutter contre toute forme d’injustice.

7. Renouveler l’Église, c’est s’engager activement à engendrer et servir la vie. L’Asie est entravée par des forces macabres d’injustice, par des conflits et des progrès économiques, politiques et culturels non authentiques, entraînés inexorablement par les forces de la mondialisation. L’Église fournit une réponse et offre une vision de la vie authentique, une vie intègre et digne, une vie de compassion et d’attention respectueuse envers notre planète ; une vision de participation et de réciprocité, respect du mystère et du sacré, de paix et d’harmonie, de solidarité.

Toutes ces dimensions de renouveau devraient faire de l’Église ce qu’elle déclare être, un vrai prophète, un témoignage autre que la situation qui prédomine, un signe en direction du Père, du Fils et du Saint-Esprit, un signe du Royaume de Dieu ici maintenant et à venir. Vraiment l’Église doit s’embarquer sur la voie du renouveau afin de vivre une nouvelle manière d’être Église.

Sept réflexions

1. Une évangélisation complète et active est celle qui, non seulement enrichit l’esprit et enseigne à prier autrement ; c’est celle qui vise à enrichir de l’Évangile toutes les composantes de la vie individuelle et sociale.

2. L’Église est vraiment universelle quand l’unique esprit de Jésus enrichit chaque particularité culturelle.

3. L’institution se voit. Mais c’est l’intériorité, c’est-à-dire l’engagement prophétique de chacun, qui fait d’elle un instrument de transformation du monde.

4. Ni foule où s’étouffent les personnalités, ni ensemble d’individualismes, l’Église en appelle à toutes les responsabilites particulières pour travailler à la conversion des coeurs et des sociétés.

5. Les laïcs, disait Pie XII, sont "la ligne avancée de l’Église". Ce sont eux qui portent l’Évangile dans tous les secteurs, de tradition ou de pointe, de l’activité humaine.

6. L’Église des Pauvres est l’Église du grand nombre. L’Église des Jeunes est l’Église de demain, des techniques et des communications nouvelles, des inventions et des réseaux de relations qui font aujourd’hui le monde de demain.

7. "Amour et vérité se rencontrent, justice et paix s’embrassent". C’est ce message séculaire que l’Église veut rendre actuel toujours et partout.

Réf. : Renaître, n° 22, 30 Novembre 2000.