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Andrés
Aubry
Dans les années 70 naît une Église populaire : lÉglise des pauvres Avant sa séparation davec Tuxtla, limmense diocèse de Don Samuel, à larrivée de celui-ci en 1960, devait se contenter dune douzaine de prêtres. Grâce à lappui du nonce Raimundi, il reçoit des équipes entières dagents pastoraux: des jésuites (suite à un engagement de son prédécesseur), des dominicains, des maristes, des religieuses de différentes congrégations, qui ne tarderont pas à attirer de nouveaux volontaires du pays et de létranger. Il les mobilise tous pour la formation de cadres dont le fruit en sera les milliers de catéchistes daujourdhui et, dès 1975, les diacres (tuunel). Don Samuel avait compris que la Forêt était le nouveau Chiapas. En la parcourant, il observait le peuplement récent de ce qui était le "désert" ou la "solitude" des Lacandons (peuplement commencé dans les années 50, avant son arrivée). Il comprenait que disparaissait progressivement dans les grandes propriétés le vieux système tyrannique du recrutement forcé qui était la règle et le fléau de la vie paysanne. Il comprenait que la Forêt devenait un espace de construction sociale, que léloignement et lisolement - ainsi que lexode héroïque de pionniers - étaient le prix provisoire de la liberté, quen réalité les nouvelles colonies étaient en train de former une société paysanne alternative. Il y réfléchit avec ses catéchistes, il leur délègue des pouvoirs, il les suit régulièrement par des visites pastorales, et en 1969, il commence lélaboration collective de la catéchèse appelée "Exode" dont limpact marquera les années 70, catéchèse que lillustration polémique parue dans Lettres Libres présente comme le petit livre rouge du diocèse. En 1970, alors quil était président du Centre épiscopal national de pastorale indigène (CENAPI), il organise la singulière Rencontre de Xicotepec, à la jonction des États de Veracruz, Hidalgo et Puebla. Non pour enseigner les 19 indigènes qui y assistèrent (tarasques, tzeltales, tojolabales, otomis et totonaques), mais pour écouter aussi bien leur analyse "des personnes, des institutions et des structures qui les affectent", que celle sur eux-mêmes. Lintitulé du compte-rendu de ce séminaire est significatif : Indigènes en polémique sur lÉglise. Ensuite, Don Samuel donnera à des agents de la pastorale des facilités pour aller étudier à Mexico avec déminents anthropologues (Fábregas, Warman, Palerm, Paoli) et apprendre à manier les outils du dialogue interculturel. En 1974, le 150ème anniversaire de lincorporation du Chiapas au Mexique fut marqué par des célébrations civiles, coïncidant avec le 500ème anniversaire présumé de la naissance de Las Casas. Originaire de la ville qui porte ce nom, le gouverneur, Manuel Velasco Suárez, convoqua à San Cristóbal de brillantes réunions académiques, avec déminents spécialistes de lUniversité nationale autonome de Mexico (UNAM), du Centre détudes dhistoire de lÉglise latinoaméricaine (CEHILA), et aussi de létranger, dont Hanke, OGorman, León Portilla, Dussel. Don Samuel, consulté en tant que successeur de Bartolomé de Las Casas1, déclara que la correspondance entre la réalité sociale du Chiapas et Fray Bartolomé invitait à associer les indigènes à la grande célébration prévue. Le gouverneur accepta, encore fallait-il trouver de quelle manière ils se réuniraient et sexprimeraient, car ils ne pouvaient être à leur aise dans un contexte académique. Un congrès indigène, novateur et décisif De la discussion surgit la suggestion, adoptée, dun Congrès indigène qui prendrait le nom de Fray Bartolomé de las Casas, auquel sassocierait lorganisme dÉtat chargé des indigènes, le Programme gouvernemental de développement économique et social de Los Altos du Chiapas (PRODESCH), pour souligner linitiative gouvernementale. Mais lÉtat, estimant ne pas avoir les contacts nécessaires pour lorganiser avec succès, demanda à lévêque que le diocèse se charge de sa préparation. Cette préparation dura neuf mois, avec de longues sessions régionales: tzeltal, tzotzil, tojolabal et chol. Pour garantir la liberté dexpression et favoriser toutes les nuances de la pensée indigène, on décida quen dehors des conférences de presse, la langue ne serait pas lespagnol, mais celles des quatre ethnies. Plusieurs militants expérimentés comme Rigoberta Menchú disent maintenant que cest alors que naquit leur conscience et quils devinrent ce quils sont. Le linguiste Antonio García de León donna une formation professionnelle à des groupes parlant ces langues pour quils servent dinterprètes dune langue indigène à une autre. On nomma une direction collégiale indigène, qui se signalait par ses bâtons de commandement2 si bien que le gouverneur, dinvitant se convertit en invité "pour écouter". Ainsi, de même que Xicotepec avait donné la parole aux indigènes dans lÉglise, les indigènes du Congrès la prirent dans la société, dans le même esprit "polémique", libre et critique ; parole structurée dans chaque session thématique par des dénonciations rigoureusement documentées et rendues publiques dans des conférences de presse, mais aussi par des propositions publiques. On fixa quatre thèmes : terre, commerce, éducation et santé (qui portent en germe presque tous les fameux dix points zapatistes). Une fête mémorable, espèce de happening sui generis avec bolonchón3, autres danses et musique avec des carapaces de tortue, ferma le Congrès. Celui-ci eut le succès que lon sait. Et aussi un impact social : devant autant dindigènes enthousiasmés, les coletos4, commerçants de vieille souche, fermèrent marché et boutiques au cas où... La presse nationale couvrit largement lévénement. Le Président Echeverría5 sempressa dorganiser au pied levé une réplique nationale au Congrès du Chiapas, suivi dun autre dans lîle de Janitzio. Et ensuite, les mouvements populaires du pays, officiellement ou clandestinement, essayèrent de sinfiltrer au Chiapas avec le laissez-passer du Congrès6. Sans lui et malgré des divisions ultérieures, il ny aurait aujourdhui au Chiapas, ni Unión de Uniones de Ejidos7, ni Association rurale dintérêt collectif (ARIC), ni Confédération indépendante des ouvriers agricoles et paysans (CIOAC), ni Coordination nationale "Plan de Ayala" (CNPA), ni beaucoup dautres organisations sociales indépendantes. Encycliques, concile, voyages et forums dans les points effervescents du monde qui ont donné une identité aux souffrances et aux conquêtes du siècle, expériences latino-américaines et autres rencontres, - reflets du processus créé par la personnalité pastorale de Don Samuel - une fois réapproprié par la base, fécondé dans leur terre, à lépreuve du terrain, de la culture et des langues indigènes, tout cela acquérait une force sociale et commençait à opérer au Chiapas "les profondes transformations auxquelles notre Amérique latine est appelée" selon ce que proclame Medellín. Comme lexprimèrent aussi 22 ans plus tard les accords officiels de San Andrés, "les indigènes seront ceux qui, dans le cadre constitutionnel et dans le plein exercice de leurs droits, décideront des moyens et des formes dans lesquels ils devront conduire leur propre processus de transformation." Les années 80 : avec les victimes de la violence La décennie suivante est encadrée par deux dates: en 1980, est assassiné sur lautel Mgr Oscar Arnulfo Romero à San Salvador, et en 1989, Don Samuel crée le Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas. Comme dans la décennie antérieure, les organisations de base diocésaines et avec elles dautres organisations sociales, sapproprièrent ces événements et leurs leçons. Avec la mort de Mgr Romero, Medellín avait son premier martyr ; Don Samuel était à lenterrement. Ainsi, de même que le Verbe se fit chair, la parole du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) se fit lutte, forme locale de son incarnation. La victime de la "première violence", linstitutionnelle selon les termes de Medellín, rendait patente lexplication - mais non la justification - de la "seconde violence"8, et se convertissait ainsi en martyr de la paix. La parole créatrice, bien au-delà dEl Salvador, devint mobilisation populaire et solidarité internationale qui prit corps progressivement autour du Secrétariat international chrétien de solidarité avec lAmérique latine "Oscar A. Romero" (SICSAL), présidé alors par Don Samuel. Lutte et paix étaient compatibles, parce que la justice allait de pair. La création du Centre de droits humains Fray Bartolomé de Las Casas Ce processus, vécu collectivement sur le terrain, mûrissait au Chiapas jusquà ce que surgît, sur linitiative de lévêque, un instrument, facteur de justice et de paix : le nouveau Centre des droits humains. Il offrait lavantage dêtre une tradition du diocèse, car, pour la défense des indigènes, la devise de son premier titulaire Fray Bartolomé était "le droit des gens": lidentité pastorale du diocèse est "comme une rivière", a lhabitude de dire Don Samuel, dont les eaux sont toujours nouvelles, même si elles proviennent de la même source. Plus quun centre avec tout le professionnalisme de son équipe centrale, cest un réseau populaire qui étend ses mailles sur tout le territoire avec des paysans formés et des antennes villageoises comme celles de Chilón et dOcosingo ; deux membres de cette dernière paient aujourdhui leur activisme en prison et, de leur cellule, engagent un travail de terrain inattendu. Ces centres paroissiaux et diocésains de droits de lhomme ne sont pas une affaire de spécialistes - même sil y en a - mais un patrimoine populaire que lon défend et pour lequel on lutte. En juillet 1982, à Amparo Agua Tinta (sur la ligne frontière sud, aujourdhui chef-lieu de la commune autonome Terre et Liberté), arrivèrent, quelques-uns à quatre pattes à cause de leurs blessures, les rares survivants du massacre de San Mateo au pied des montagnes couvertes de jungle des Cuchumatanes au Guatemala. Leurs hôtes, déjà expérimentés en médecine préventive, surent, sans médecins, extraire les balles des corps des fugitifs ; pour les divers besoins des réfugiés, ils prirent des terrains sur leurs terres communales, et firent même un cimetière. Des dizaines de milliers de réfugiés suivirent et se répartirent dans les communautés chrétiennes de la Forêt et des Vallées centrales. Le travail du diocèse auprès de ces réfugiés a eu deux dimensions novatrices : * la première a consisté à dépasser lassistan-cialisme classique. Sans cesser de fournir vêtements, aliments et médicaments, le diocèse mit très vite en place des instruments de réadaptation psychologique, improvisa des écoles avec enseignement de lhistoire et de la géographie guatémaltèques, promut lorganisation sociale des camps de réfugiés, facilita la mise en place de programmes économiques pour réduire leur dépendance et fit éclater lélémentaire charité chrétienne en solidarité avec des réseaux dans tout le diocèse et tout le pays ; * la seconde, fruit imprévisible de la première, fut pour Don Samuel une préparation diplomatique qui préfigure sa fonction ultérieure de médiateur dans la décennie suivante. Cétait alors lépoque de Contadora et ensuite dEsquipulas ; la guerre (et progressivement la négociation) se propageait dans toute lAmérique centrale. Le Haut commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (ACNUR), étonné par la qualité de ce que faisait le diocèse dans les camps chiapanèques, en fit un modèle, le diffusa, et facilita les relations de lévêque avec la Commission mexicaine daide aux réfugiés (COMAR) et la Commission daide aux réfugiés (CEAR) guatémaltèque dont les membres, recrutés à lintérieur de la police migratoire ou gouvernementale, navaient pas toujours la formation nécessaire pour ces nouvelles tâches. Don Samuel, de cette manière, se trouva impliqué, bien que dune manière marginale, dans la délicate politique internationale de cette aire de conflits. En 1986, à lapogée de la répression du gouverneur Absalón Castellano Domínguez, Don Samuel combina une visite surprise épiscopale en plein pénitencier : dans un voyage éclair à la prison Islas Marías9 en plein Pacifique, avec lévêque de Tepic (de qui dépendait ce territoire), il rapatria les prisonniers du Chiapas. Lépisode signifie quun "non" à lévêque du Chiapas était politiquement risqué. Les années 90 : de la politique à la diplomatie pour la paix Le gouverneur Patrocinio González Garrido était de ces politiciens qui pensent que deux crocodiles ne peuvent pas vivre dans la même mare. En conséquence, en 1991, il décida de tenir Don Samuel en respect et il le défia par personne interposée, en arrêtant comme "prisonnier - suppléant"10 le curé de Simojovel. Présumé coupable du vol de 4 poules, le Père Joel Padrón fut incarcéré dans une cellule de haute sécurité de Cerro Hueco. Don Samuel se trouvant sur un autre continent, son vicaire et le chancelier du diocèse essayèrent dintervenir. Après des heures dattente chez le gouverneur, celui-ci leur signifia que cette démarche était inutile parce quil voulait "parler avec le chef du cirque et non avec ses fauves". Ce qui arriva alors, cest que des milliers de Chiapanèques sestimèrent des fauves bien que dun cirque lointain ; ils organisèrent des rassemblements devant la prison ; ils bloquaient la circulation sur des kilomètres de routes nationales avec des processions de saints sur des brancards, des sit-in de jeûnes, des prières massives de rosaires commentés, des harangues avec Bible à la main. Dans la foule il y avait des catéchistes et des fidèles de tout le diocèse, des évangélistes de diverses confessions, des militants du Parti de la révolution démocratique (PRD) et des membres dune multitude dorganisations sociales indépendantes dont lunique dénominateur commun était leur foi associée à la lutte pour la justice. Un nouveau mouvement populaire était né qui, une fois obtenue la libération du Père Joel, exigea du diocèse dêtre enregistré sous le nom de "Peuple croyant" pour se perpétuer et continuer à être écouté dans les affaires quil estimait de sa compétence. Don Patrocinio prétendait faire échec au tout nouveau Centre des droits humains Fray Bartolomé de Las Casas. Mais les avocats de celui-ci, "dans une Pentecôte" hors du temps - exactement 49 jours entre octobre et novembre - obtinrent une remise en liberté sans aucune charge, et déclenchèrent dans la presse un mouvement dopinion qui faisait du gouverneur le point de mire du pays et du centre de Don Samuel une célébrité nationale. La bataille politique contre Don Samuel était perdue au Chiapas, mais elle rebondit au niveau national par le nouveau canal des relations diplomatiques récemment instaurées entre Mexico et le Vatican. En mai 1993 à Mérida, lévêque remettait au Pape sa dernière lettre pastorale Dans ce temps de grâce, (en fait une oeuvre collective avec ses agents de pastorale), laquelle en même temps récapitulait le processus diocésain et formulait un très sévère diagnostic de la réalité socio-politique du Chiapas. Lacteur de la nouvelle bataille fut Mgr Prigione qui inaugurait sa nouvelle nonciature officielle :il exigea la démission de lévêque, mais le conflit du Chiapas qui le promouvait comme médiateur, lempêcha de lobtenir. Avant que laffaire néclate, "Peuple croyant" démontra de nouveau sa force populaire lorsque par toutes les entrées de la ville pénétrèrent des caravanes interminables que la Croix Rouge, stupéfaite, évalua à 18 000 personnes. Au milieu de la tourmente, Don Samuel, dans une homélie de novembre 1993, donna sa propre interprétation : "La mesure ne vise pas ma personne ni mon activité pastorale, mais la réalité du Chiapas parce que maintenant la démocratie passe par le Chiapas." Ces derniers mots soulignés, sans quil le sût, furent repris par le Comisionado11 Manuel Camacho Solís, en concluant le Dialogue de la cathédrale le 2 mars 1994. Une année tourmentée 1994, année tourmentée, mit en relief le poids politique et démocratique de Don Samuel. 1 - Devant la frayeur provoquée par les événements du 1er janvier, il contacte entre autres les évêques du Chiapas, lesquels, le 2 janvier, proposent publiquement de chercher une solution au conflit. Dans ces jours-là, des fonctionnaires du gouvernement fédéral demandent la médiation de Don Samuel, qui laccepte, ainsi que lArmée zapatiste de libération nationale (EZLN). 2 - En octobre 1994, il décide de partager cette médiation et formule le projet collégial de la Commission nationale de médiation (CONAI), suggérant les noms dautorités morales, populaires et intellectuelles du Chiapas et de tout le pays, demandant à chacune une réponse rapide pour la rendre publique. Toutes furent affirmatives. Le 13, la toute récente CONAI présentait une nouvelle initiative pour la paix, consolidant Don Samuel dans sa position de médiateur reconnu. 3 - En mars 1995, après deux échecs du dialogue de paix, (celui de la cathédrale en février 1994 et celui de la Forêt le 15 janvier 1995), le pouvoir législatif décida de ne pas laisser le conflit entre les seules mains de lexécutif et vota la Loi du dialogue du 11 mars qui faisait allusion à une médiation sans lidentifier. Devant lhésitation de lexécutif et la reconnaissance de la nouvelle loi par lEZLN - qui demandait cependant que la communication et léchange de documents continuent à circuler par le canal de la CONAI - la Commission de la concorde et de la pacification (COCOPA) la ratifia sans ambiguïté comme médiation officielle. Ainsi, lépiscopat, les rebelles, le gouvernement, les législateurs et les personnalités de la société civile lançaient Don Samuel dans larène. Il ne cessa de manifester par sa parole et ses actes comment il comprenait la médiation. Reprenant les propres termes de notre dernière rencontre de Medellín, il insistait sur les points suivants : la paix ne se réduit pas à la fin de la guerre parce quelle est le fruit de la justice : cest un processus. Ce processus implique tous les acteurs sociaux qui construisent une nouvelle société et un nouveau pays. Cest lissue politique du conflit. Ainsi la voix de la CONAI sera lexpression de la société civile. Sans rester jamais indifférente devant linjustice, en toute indépendance vis-à-vis des parties en conflit, la "neutralité active" de la CONAI se mesure aux avancées du processus de paix, cest-à-dire aux résultats du dialogue qui incluait la société civile aux "tables de négociations" de San Andrés grâce à une initiative que la médiation avait gagnée de haute lutte. Ces présupposés irritèrent le Président Zedillo qui somma la CONAI "de sortir le programme politique quelle avait dans sa manche". Une négociatrice du gouvernement dans le dialogue de la cathédrale, Alejandra Moreno Toscano, expliqua pourquoi : "une tradition autoritaire ne tolère pas quune force, un bloc social ou une coalition politique assume des responsabilités nationales qui, comme chacun sait, relèvent de la seule compétence du gouvernement - et du Président." Quand la CONAI se rendit compte de la situation, elle décida le 7 juin 1998 de se retirer de la médiation. Don Samuel déclara : "ce nest pas une démission ; cest une dénonciation." Lautre versant de la médiation de Don Samuel a été son habituelle implication à la base. Dans le dialogue de la Cathédrale et dans celui de San Andrés, déjà depuis San Miguel (9 avril 1995), toutes les sessions, (17 en 17 mois, plus les 3 appelées "tripartites" doctobre - décembre 1996) se déroulèrent sous le contrôle méritoire, presque héroïque, aussi continu quaustère, de milliers de représentants de la société civile qui se relayaient : paysans, indigènes, organisations sociales, syndicats indépendants du pays, et un flux constant de personnalités mondiales et dorganismes de solidarité internationale. Les bureaux de la CONAI se sont reconvertis en Service et assessorat pour la paix (SERAPAZ) pour chercher par dautres moyens les chemins du processus de paix, ouvrant une nouvelle étape du travail de Don Samuel qui ne sera pas sans intérêt alors quil ne sera plus évêque de San Cristóbal. On peut prédire que, hormis accident - pourvu quil ne soit pas dramatique ! - la "rivière" continuera à couler, que de nouvelles initiatives alerteront lopinion publique, et que ce ne seront pas seulement des prises de positions purement personnelles mais la suite logique dactions collectives qui continueront à se réapproprier, à encourager et à dynamiser un processus qui est né en dehors du Chiapas à des endroits et à des moments particulièrement féconds du siècle mais qui a pris consistance ici par ses forces populaires et qui le dépassera. Le diocèse commencera le nouveau millénaire sans Don Samuel. Son coadjuteur avec droit de succession sest engagé à la continuité. Beaucoup de forces populaires nées du processus ont conquis leur autonomie et ont aussi de fortes motivations qui ne reposent pas sur une personne, parce que ce sont des mouvements collectifs. Sil est vrai que le futur est imprévisible parce quil se nourrit des surprises de lhistoire et des initiatives de la liberté humaine, cest-à-dire de nouveaux acteurs, la mémoire créatrice du processus - la source de la rivière - possède ses propres énergies. Le Chiapas est déjà autre, et si la lutte pour la démocratie passe par le Chiapas comme lont répété Don Samuel et bien dautres, cest à la fois un horizon difficile à effacer et un puissant aimant. NOTES 1. Fray Bartolomé de Las Casas a été le premier évêque du Chiapas et de la ville qui portera ensuite son nom : San Cristóbal de Las Casas (NdT). 2. Dans les communautés indigènes, les autorités traditionnelles reçoivent un bâton, symbole de leur charge (NdT). 3. Bolonchón : danse des Indiens de Chamula qui évoque le jaguar en tant quanimal sacré (NdT). 4. Coletos : surnom donné aux Blancs (puis à tous les gens) originaires de San Cristóbal qui, autrefois, avaient derrière la tête une touffe de cheveux en forme de petite queue de cheval à la manière des toreros. Il sagit ici des gens, en général de la classe moyenne (banquiers, hôteliers, gros commerçants) opposés à la Pastorale du Diocèse, et tout spécialement à Don Samuel (NdT). 5. Le Président Echeverría, avec son gouvernement, ainsi que le gouverneur du Chiapas ne virent pas dun bon oeil la célébration du Congrès indigène organisé par le diocèse de San Cristóbal (NdT). 6. Le gouvernement mexicain reprocha aux néo-zapatistes et à des groupes extrémistes du centre et du nord du pays de sinfiltrer au Chiapas en utilisant les réseaux de communautés de bases établis par Don Samuel pendant trente ans de travail pastoral. 7. Ejidos : terres communautaires (NdT). 8. La "première violence", ou violence institutionnelle est celle des gouvernements. La "seconde violence" est celle des guérillas. 9. Le pénitencier de Las Islas Marias est considéré comme une prison de haute sécurité. Il se trouve en pleine mer et est entouré de requins (NdT). 10. Le gouverneur ne peut pas jeter Don Samuel en prison ; "à sa place", il arrête le Père Joel (NdT). 11. Le rôle de Manuel Camacho Solís, en tant que "comisionado", cest-à-dire, "représentant ou chargé daffaires" du gouvernement, était de rétablir la paix et la réconciliation au Chiapas (NdT). Le P. Michel Chanteau (expulsé du Chiapas par le gouvernement fédéral mexicain) a collaboré au travail de traduction effectué pour DIAL par Mme J. Blanchy ainsi quà la rédaction de certaines notes. Quils en soient tous deux vivement remerciés. Ref.: DIAL, n. 2339, 15-31 décembre, 1999.
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