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Serafina
Ferreira de Alvarez
Lachat de terres de mauvaise qualité, à des prix exorbitants, dans des zones quaucun bénéficiaire ne revendique, sont des procédés couramment utilisés par lINDI. Ils constituent quelques-unes des preuves les plus évidentes de la corruption régnant dans certaines sphères du gouvernement paraguayen et plus particulièrement au sein de lorganisme en question. Ces faits de corruption se nourrissent, en toute cruauté, de la vulnérabilité des populations indigènes, premiers habitants de ce pays qui sautoproclame aujourdhui "pluriculturel et multiéthnique". En octobre 1995, les "Entités indigénistes privées" envoyèrent une note à Milciades Rafael Casabianca, alors président du Parlement. Elle sollicitait la modification du projet de budget étudié par la commission mixte ad hoc, concernant la somme assignée par le ministère de léconomie pour légaliser les terres indigènes. À cette occasion, les "entités privées" avaient présenté un tableau illustratif qui reprenait les dossiers présentés devant lIBR et lINDI. Il proposait le diagnostic le plus complet sur lequel lINDI pouvait sappuyer pour justifier une demande de financement afin dentreprendre lacquisition dimmeubles. Les "entités" avaient alors fait savoir que le tableau ne couvrait pas la totalité des demandes ni celle des besoins en terres : il sagissait de dossiers quon pouvait clore dès que les terres seraient payées. En résumé, voici quelles étaient les terres susceptibles dêtre achetées à des prix déjà calculés : Les organisations indigènes avaient participé à cette campagne pour obtenir que le budget destiné à lachat des terres soit augmenté. Les indigènes avaient réalisé des actions dont la plus remarquable fut une manifestation, devant le Parlement, de 400 personnes appartenant aux peuples Enxet, Toba Qom et Nivaclé, en octobre 1995. En réponse à cette revendication, les représentants du Parlement promirent dinjecter 15 millions de dollars sur trois ans. Le budget promis de 30 milliards 773 millions 565 000 guaranis pour les années 1996-1997 fut attribué. Cest ce processus qui fut à lorigine dune terrible spéculation dans les transactions dachat de terres menées par lINDI. Le gouvernement qui devait acheter des terres pour en faire, soi-disant, bénéficier les communautés indigènes, acheta en réalité des terres qui nétaient pas celles que revendiquaient les communautés mais celles que les propriétaires, désireux de profiter de la manne libérée par le budget, avaient désignées. LINDI est sans aucun doute le principal responsable de cette situation ; en effet, alors que la loi 904/81 stipule que cet organisme doit travailler avec lIBR lors de lacquisition des terres, ce dernier fut exclu des transactions chaque fois que les offres des propriétaires arrivaient avant les "réclamations" indigènes. Nous allons à présent synthétiser les principales informations de cette étude en rappelant néanmoins - comme le souligne le document lui-même - quil ne sagit que dune première analyse qui sera développée et approfondie ultérieurement, compte tenu de la nécessité de mener une enquête plus large pour actualiser les informations et corriger ce qui devra lêtre. Dès 1995, la part correspondante à lachat de terres dans le budget de lINDI avait augmenté. Cette année là, elle mobilisait la somme de 5 millions de dollars, chiffre qui fut triplé lannée suivante pour sélever à environ 15 millions de dollars. De même en 1997. Cette augmentation significative aurait pu répondre à une grande partie des réclamations de terres présentées à lINDI. Cependant, jusquen septembre 1998, seuls 208 129 ha de terres réclamés à lÉtat avaient été pris en compte et attribués à des communautés indigènes. Ce sont, dans presque tous les cas, des employés de lINDI - indigènes et non indigènes, membres du Conseil de direction non qualifiés pour cette tâche - qui réalisèrent les inspections de terres, négligeant la participation de professionnels capables de réaliser des expertises sur les possibilités agro-écologiques et sur les conditions permettant dévaluer si ces terres pouvaient être habitées par les indigènes. Laction menée contrevenait donc à la loi 904/81, qui exige une telle évaluation. Il existe des preuves que les rapports élaborés par ces "professionnels" pour que les terres en question soient tenues pour "aptes" au développement de lhabitat indigène contiennent de graves erreurs dues à lincompétence de leurs rédacteurs. Entre septembre 1994 et décembre 1997, lÉtat paraguayen a acheté 451 528 ha de terres. Dans 12 cas sur les 20 enregistrés, soit 60 % représentant un total de 269 399 ha, les propriétaires ont fait leurs offres avant que les communautés indigènes aient sollicité leurs parcelles. Pour légitimer ces achats, lINDI procédait ainsi : après avoir négocié lopération dachat/vente avec le propriétaire, il se mettait en quête dune communauté susceptible de présenter une demande officielle. Cest ainsi que des "leaders" indigènes ont été impliqués dans la mise en route de ces opérations. Cette négociation sexplique de différentes façons dans la difficile situation socio-économique que connaissent les communautés indigènes. Dailleurs, la période préélectorale que nous avons vécue avant le 10 août a incité certains leaders indigènes à entrer dans le jeu des organismes publics ou du parti au pouvoir en se laissant manipuler par ces derniers. Vint un moment où il ne fut plus possible de cacher la situation existante, et la position du président alors en exercice, Valentin Gamarra, devint intenable. Il fut démis de ses fonctions et refuse aujourdhui de se présenter devant la justice. Un des cas les plus parlants et les plus scandaleux est celui de Benito Galeano (journal ABC, 18 nov. 1997), qui avait offert sa terre à 12 dollars lhectare alors quelle lui fut payée 120 dollars, cest-à-dire dix fois plus quelle ne valait (2 706 165 dollars). Le concept de territoire dépend du sens que nous donnons à lhumain, à la terre, à la nature et à la relation entre ces éléments. De même, linteraction et la signification de tous ces éléments définissent tant notre culture que celle des indigènes. Nous savons également que la culture indigène trouve ses racines dans la communauté et cest pourquoi la terre est un bien collectif. Ne pas reconnaître aux indigènes leurs droits sur leur territoire, tout particulièrement sur le territoire des ancêtres, implique la destruction non seulement de leur culture, mais encore de leur organisation communautaire. En un mot, la destruction de leur vie. Voici cinq cents ans que les premiers habitants de ces terres en ont été injustement spoliés et se sont, pour la majorité dentre eux, retrouvés réduits en esclavage. Lactuelle fraude commise par lINDI lors de lachat de terres pour les communautés indigènes et la totale impunité dont les coupables bénéficient, signifient pour les indigènes une seconde spoliation de leurs terres, comme si la première navait pas suffi. Ces nouvelles violations sont nées en même temps que lon reconnaissait aux premiers propriétaires leurs droits sur les terres de leurs ancêtres. Et le plus scandaleux est que ces violations, vols et fraudes sont camouflés sous couvert - et dans le cadre - dune apparente légalité. Souhaitons que cette enquête soit confiée à ceux de nos compatriotes qui se sont mis au service dune nouvelle justice. Que lon parvienne enfin à ce que la Constitution de 1992 a reconnu aux peuples indigènes : "Les peuples indigènes ont le droit de posséder la terre en quantité et en qualité suffisante pour quils puissent conserver et développer leurs formes particulières de vie. LÉtat leur fournira gratuitement ces terres que nul ne pourra saisir, diviser, transférer, prescrire. Elles ne pourront ni servir de garantie pour des obligations contractuelles, ni être louées ; elles seront, également, exemptées de tout tribut." (Constitution nationale, chap. V, art. 64).
Ref.: DIAL, D 2286, mars 99.
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