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Monique
Fabre, RSCJ
Suite
au Séminaire du SEDOS du 11 octobre 1994 sur "la Dette
internationale et la réponse de l'Eglise", un groupe de
recherches de nos diverses Congrégations s'est constitué
en janvier 1995. Les deux sous-groupes francophone et anglophone avaient
pour but :
Comment avons-nous travaillé ?
Nous avons ensemble réalisé une démarche auprès
de personnalités françaises participant à la
rencontre du G7 à Lyon en juin 1995.
Même en travaillant séparément nous sommes arrivés
à des conclusions similaires, et nous souhaitons vous partager
quelques unes de nos convictions et le point où nous sommes
aujourd'hui.
A. LA CRISE DE LA DETTE : UNE FENETRE SUR L'ECONOMIE GLOBALE?
C'est
une erreur de traiter la dette comme un problème en soi. La
crise de la dette est le symtôme d'un malaise plus fondamental
dans l'économie.. Il faut traiter à la fois le symptôme
et le mal qui en est la cause. Le symptôme, la dette elle-même,
pèse lourdement sur les pays les plus pauvres. Mais il a des
causes dans les pratiques et les structures économiques. Si
on n´en tient pas compte, même si la dette est effacée,
au bout d´un certain temps, une nouvelle crise surgira avec des
situations équivalentes.
On attribue généralement le point de départ de
la dette au choc pétrolier des années 70 : les pétrodollars
ont afflué dans les banques à un moment où le
monde développé était en récession. Les
pays en voie de développement ont constitué alors des
débouchés pour ces fonds et les organismes de crédit
ont cherché , parfois de façon agressive, à leur
faire des prêts.
Toutefois, ceci n´explique pas la crise de la dette des années
80 et suivantes, car les prêts sont normalement investis pour
produire des revenus qui permettent le remboursement de la dette.
Parmi les causes réelles de la crise de la dette, nous avons
relevé:
Une de nos principales conclusions est que, pour répondre sérieusement à la crise de la dette, nous devons regarder au-delà de la dette. Nous devons entreprendre un processus long et continu d´analyse et de campagne afin que peu à peu, on regarde l'économie du point de vue des pauvres et qu'on travaille à des changements à différents niveaux afin de réaliser une économie globale plus juste.
B. VERS DES INITIATIVES AU NIVEAU DE LA MICROECONOMIE
Nous
sommes persuadés qu'il faut agir au niveau local, au niveau
de la microéconomie et valoriser ce qu'on peut appeler des
initiatives alternatives de la "force historique des pauvres",
selon Gabriel Marc du Comité Catholique contre la Faim et pour
le Développement ( CCFD ). C'est-à-dire des alternatives
au système financier dominant.
Parmi les causes de l'origine de la dette, très schématiquement
on peut dire ceci : il y a eu des investisseurs qui ont prêté
de l'argent à des débiteurs en passant par des intermédiaires.
Il n'y avait pas de connexions matérielles et de relations
directes entre les deux, d'où un manque de responsabilité
dans la gestion des fonds soit de la part du prêteur, soit de
la part de l'emprunteur. Par contre l'intermédiaire s'enrichit
grâce aux fluctuations des taux d'intérêt et aux
variations des taux de change des monnaies. A partir de là,
nous avons pris conscience qu'il faut créer un système
où celui qui prête et celui qui emprunte se connaissent
et soient engagés tous les deux dans les projets pour lequel
le prêt est nécessaire ; ces projets doivent être
réalisables et répondre aux besoins locaux réels.
Cela ne peut se faire qu'à l'échelle de la microéconomie.
Localement, nous pouvons promouvoir des associations d'entraide à
petite échelle afin que le capital investi reste sous le contrôle
des prêteurs et des emprunteurs et non des usurpateurs du marché
bancaire économique. Sinon, les emprunteurs dépendent
de ces derniers. Il existe déjà de ces microréalisations
qui sont élaborées, décidées, assumées,
réalisées par les gens sur place. L'expérience
montre que dans de telles conditions, le remboursement des dettes
peut atteindre 80 à 90 %. On favorise ainsi le sens de la responsabilité
et de l'honnêteté. Et on évite l'endettement ultérieur. Quelques exemples : dans le Sud de l'Inde, une vingtaine d'associations de femmes ont été créées dans les villages,
Ces associations ont obtenu un statut consultatif pour la planification
du développement rural ainsi que des services et des coopératives
dans une zone donnée. La fédération des associations
est même arrivée à proposer des candidates aux
élections rurales. Elles sont devenues une force de changement
dans le pays. Pourquoi ? parce qu'on a rendu ces femmes aptes à
mettre en oeuvre leur potentiel, leur capacité d'action et
de production. Elles ont accès aux ressources, contrôlent
le processus de production et ont le droit de disposer de leurs produits. Je pourrais citer l'histoire des caisses populaires dans l'ex-Zaïre qui montre qu'en 20 ans, on est arrivé :
Les membres-adhérents ont eu accès à des prêts
pour la construction sur la recommandation de deux cautionneurs, et
ils ont pu bénéficier de services d'achat de matériels
dont ils avaient besoin.
Dans le cadre de la FAO, des fonds de crédit rural sont allés
vers des groupes de familles qui solidairement s'engagent au remboursement
selon un taux prévu et modéré.
C. DES INVESTISSEMENTS ALTERNATIFS
Quand
nous ne sommes pas sur place pour favoriser ce type d'entraide par
associations, coopératives, voici une autre possibilité
pour nos Congrégations : si nous avons des fonds, nous pouvons
les investir d'une manière utile et juste et mettre notre capital
à la disposition d'organismes qui ont une politique d'investissements
éthiques, qui s'engagent à investir avec un sens de
la responsabilité sociale. Investir avec le sens de la responsabilité
sociale, c'est promouvoir des valeurs telles que le bien commun, la
justice, la solidarité, la confiance réciproque, la
vérité et la transparence. Je nomme deux organismes,
non pour leur faire de la publicité, mais comme exemples:
Ces organisations octroient des prêts à intérêt
modéré à des personnes ou groupes marginalisés,
spécialement des pays en développement, qui se voient
refuser de tels prêts par les établissements financiers
habituels. Les fonds de ces organismes viennent généralement
des Congrégations, des Eglises, etc...
Je cite aussi la Banque Grameen en Belgique, Banque des pauvres, qui
accorde des microcrédits aux déshérités,
aux intouchables bancaires. Son fondateur la qualifie
de banque différente : " nous avons regardé
comment fonctionnaient les banques et nous avons fait le contraire."
D. POURQUOI SOUTENIR LA CAMPAGNE DU JUBILE 2000 ?
Nos
groupes de travail du Sedos ont choisi de soutenir et promouvoir la
Campagne du JUBILÉ 2000 lancée en Grande Bretagne et
qui est devenue une Campagne internationale pour alléger la
dette.
Un des aspects de cette Campagne est la Pétition du Jubilé 2000 qui demande " une unique annulation, pour l'an 2000, des arriérés de la dette non remboursable, due par les pays les plus pauvres du monde, selon une procédure indépendante, transpa-rente".
La Campagne pousse aussi à reconnaitre la responsabilité
de tous, créditeurs et débiteurs, et appelle les leaders
des pays créditeurs à faire les pas nécessaires
pour prévenir le retour de niveaux d'endettement aussi élevés.
La Campagne agit donc sur le problème de la dette et sur ses
causes.
Nous sentons que toutes nos Congrégations religieuses devraient
soutenir la Pétition parce que :
Il
y a peut-être une autre manière de collaborer à
cette Campagne : nous savons combien il est important qu'une remise
ou un allègement de la dette soit au bénéfice
de tout le pays et spécialement des plus pauvres. L'allègement
de la dette, dans un premier temps n'apportera pas de fonds aux pays
débiteurs, mais elle restaurera leur autonomie et leur permettra
de prendre en mains leur propre développement. Les gouvernements
devraient s'engager à améliorer les conditions de vie
et favoriser le développement de leurs populations. Nous soulignons
les possibilités que nous donne encore notre internationalité
: nous pouvons inviter les ONG qui sont sur place, les églises
locales, des groupes de pression à agir sur leurs gouvernements
afin que la réduction de la dette serve vraiment les plus pauvres
et améliore leurs conditions de vie, de santé, d'éducation,
etc...Nos communautés peuvent susciter les initiatives des
associations locales afin qu'elles prêtent leurs voix à
ceux qui n'en ont pas, et deviennent ainsi des partenaires dans ce
processus de conscientisation.
Nos réseaux internes de Justice et Paix peuvent faciliter cette
collaboration.
E. CONCLUSION
J'aimerais dire un mot sur notre présence dans les pays
en développement et fortement atteints par la dette externe.
Parler d'inculturation de nos Congrégations est une expression maladroite et banale. Ce que nous voulons dire, c'est que la présence de nos communautés et d' oeuvres dans les pays les plus touchés par la crise de la dette doit être inculturée et significative pour les gens qui nous entourent.
Significative dans notre style de vie, dans nos habitations, dans
les moyens que nous utilisons, qui doivent être adaptés
à la population environnante. En vivant de ce que nous gagnons, en partageant matériellement et spirituellement dans nos commu-nautés, nous témoignons de ce qu'est une vie digne dans un contexte modeste. Ce témoignage est une forme d'éducation pour les gens au milieu desquels nous vivons : souvent ils ont pris l'habitude de recevoir des autres, de dépendre, ce qui est déshumanisant. Il faut apprendre à exploiter les ressources locales, à utiliser ce qu'on a sur place. Sans exclure des aides ponctuelles.
L'éducation et la formation sont le fondement de tout développement
humain, social et économique et sont bien dans la mission de
nos Congrégations qui ont fait une option préférentielle
pour les pauvres.
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