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Soeur
Lucie Nzenzili Mboma, FMM "Saisi par l’appel de Dieu dans l’aujourd’hui de nos cultures, le périple africain avec le Christ suivra un tracé particulier". Les Pères Synodaux ont rendu hommages aux missionnaires en ces termes: «La splendide croissance de l’Eglise en Afrique et ses réalisations sont dues essentiellement au dévouement héroïque de générations de missionnaires désintéressés: cela est unanimement reconnu (...). C’est une histoire que nous ne devons pas oublier; elle confère à l’Eglise locale la note de son authenticité et de sa noblesse, la note apostolique. Cette histoire est un drame de charité, d’héroïsme, de sacrifice, qui fait de l’Eglise africaine, depuis les origines, une Eglise grande et sainte» (Ecclesia in Africa, n.35) Aujourd’hui, en ce début du deuxième centenaire de l’évangélisation, à travers le continent, presque tous les Pasteurs sont issus de notre peuple, et assurent la relève des missionnaires étrangers. Cette relève constitue un changement fondamental et décisif dans l’histoire de l’évangélisation de l’Afrique. C’est un changement d’hommes, par conséquent un changement de culture et des mentalités. L’Africain apparaît au premier plan de l’évangélisation pour continuer la mission du Christ. Le Pape Paul VI avait proclamé à Kampala, en 1969 : « Africains, désormais vous êtes vos propres missionnaires. Et vous pouvez et vous devez avoir un christianisme africain » (cfr. Cardinal Malula, J.A.,: Esquisse de l’Itinéraire spirituel du Peuple de Dieu qui est au Zaïre [1880-1980], Colloque International, Kinshasa 1983. p.13-14). Puisqu’il y a un changement fondamental et décisif, "le périple africain avec le Christ suivra un tracé particulièrement négro-africain. En tant que nouveaux peuples dans l’Eglise, nous avons à être attentifs à la tradition de l’Eglise qui est en Occident, cette tradition ne peut constituer ni une norme pour nous, ni un modèle à reproduire. L’appel de Dieu qui nous saisit dans l’aujourd’hui de nos cultures, la fidélité à l’Esprit du Christ au milieu de nos situations feront surgir d’autres modalités de célébrer et d’exprimer ses mystères, de nous consacrer à lui, et de le servir dans l’Eglise. Nous avons à construire l’unité de l’Eglise dans la diversité, et la diversité acceptée et vécue, nous permet de cheminer ensemble vers une plus grande communion, parce que chaque peuple prendra sa place au sein de ce grand vitrail qui doit refléter les multiples tonalités de la lumière unique du Christ, (cfr. Kabasele, FR., " Homélie télévisée de l’Epiphanie", Lille 1981. cité par J.M Ela dans "Voici le Temps des Héritiers". Ed. Khartala, Paris 1981, p.212). Les valeurs positives de l’Initiation africaine: Dans le domaine précis de la formation, les Africains s’inspireront, autant que se peut, des valeurs positives de l’initiation africaine qu’ils chargeront de la sève évangélique. Pour ce faire, il est nécessaire de continuer à explorer ce domaine en menant des recherches sur les systèmes d’initiation, en dégager des pistes de réflexion ainsi que des intuitions théologiques. Elaborer un manuel qui pourrait servir comme un guide pour une formation inculturée. A ce propos, nous avons trouvé des "approches qui ont décrit l’initiation comme système éducatif global, visant à intégrer progressivement l’individu dans son propre être, dans son milieu, son histoire, sa culture, etc., pour en faire une personne équilibrée et adulte, membre responsable de sa communauté socio-historique. Autrement dit : lui faire acquérir une identité propre qui soit la base de fidélité et d’engagement persévérants à toute épreuve. (...) Le temps est venu de se débarrasser des ethnologues qui naguère tendaient à confiner l’initiation dans les rites de circoncision. Or au Tchad, par exemple, il y a des peuples -ceux du Sud notamment - chez qui la circoncision n’est ni centrale ni obligatoire: L’initiation comme temps fort de l’expérience éducative, peut se dérouler avec ou sans la circoncision" ( Diddy Brossala, F.sj., " L’Initiation ou « Mort- Renaissance » chez les SARA-KABA du Tchad " dans TELEMA n.82 avril - juin 2/95, 29). Le bien-fondé de l’initiation: Les ancêtres n’avaient pas fait des études psychologiques, mais ils étaient maîtres en la matière. En effet, les cérémonies d’initiation ont lieu pendant l’adolescence. Une période difficile, ils avaient observé qu’à cette période de la croissance, l’être humain connaissait des changements accompagnés des tensions psychosomatiques: l’équilibre était en quelque sorte rompu, donc il fallait lui rendre l’harmonie nécessaire et le préparer à ses responsabilités d’adulte et faire de lui /d’elle un membre à part entière de la société, d’où le besoins de certaines connaissances et aptitudes requises pour son intégration:
L’initiation était un temps de scolarité, de formation, d’épreuve et de maturation. Garçons et filles apprenaient par des exercices pratiques les façons d’agir et les secrets de la société kikuyu. C’est un temps fort qui durait deux ans, et se déroulait dans un endroit retiré. Les jeunes étaient séparés selon leur sexe, les filles à part sous la direction des femmes et les garçons aussi à part. "Chez les Day du Tchad, la brousse où se déroulait l’initiation avait une signification particulière: c’est le domaine des Ancêtres, de l’Inconnu où l’homme affronte le Chaos. A ce titre la brousse s’oppose au village qui est le domaine des femmes et des enfants: un monde organisé par les Hommes. Les jeunes... s’affrontent à l’Inconnu et s’instruisent de la sagesse des Ancêtres "leur initiation dure trois mois" (Ratoingar Nahounoum, sj. Le Yondo, Initiation Traditionnelle du Peuple Day au Tchad", dans Telema, n.65 janvier - mars 1/91, p.52). L’enseignement était dispensé aux moyens des chants, des danses, des contes, et proverbes, des poèmes, symboles et devinettes etc. Une langue ésotérique scellait le caractère sacré de l’événement. Un esprit de corps se créait dans le groupe; chaque groupe se donnait un nom caractéristique, significatif, parfois emblématique et généralement aide-mémoire. La discipline était de rigueur ( Sr. Muthoni, F. , o.c. p 40-42). Chez les Day, par exemple, le Yondo (ou Mort-Naissance) ne donne pas seulement une connaissance de la tradition mais elle introduit le jeune dans une manière de comprendre le monde et de s’y comporter. C’est une recherche du Transcendant, une recherche de solutions aux problèmes de la vie qui hantent le coeur de l’homme, tels que la naissance, la croissance, le bonheur, la maladie, la souffrance. L’initié apprend rituellement à dominer la mort. (...) La mort du Yondo est différente de la mort naturelle... la mort du Yondo est symbolique et résulte de la participation aux rites. Le jeune meurt à ses jeux d’enfant, à ses mauvaises habitudes, à son cercle féminin... Bref, le jeune initié meurt, si l’on peut dire, à son « vieil homme» pour renaître aux Hommes (Ratoingar Nahounoum,sj.,o. c. , p. 53) Chaque candidat avait un parrain ou une marraine, les candidats étaient soigneusement interrogés pour être sûr qu’ils n’avaient pas eu de relations sexuelles, ils devaient tous être purs. L’entrée au camp d’initiation était précédée par un rite de purification dans chaque famille, et ensuite venait celui de bénédiction: « Nous supplions la paix de Dieu » - ...« Paix aux initiés »... Pendant les deux années, le maître restait avec les candidat pour leur apprendre les coutumes, les traditions et les croyances kikuyu, par exemple:
Chez les Day du Tchad, l’initiation comportait aussi les épreuves pour les garçons: "pendant le séjour en brousse, les néophytes doivent prendre possession de la nature, maîtriser la sagesse des ancêtres dont ils éprouvent la rigueur. Ainsi , ils doivent passer par plusieurs séries d’épreuves d’endurance: dormir loin du feu pour résister au froid de la nuit; supporter, sans se plaindre, les efforts physiques imposés par les Bra-Ndo (le père initiatique, parrain); il y a divers exercices comme: la danse, l’apprentissage de la langue secrète, les techniques de la chasse, de la pêche, de la guerre, des champs, des arts, etc. A la fin du Yondo, les jeunes rentrent transformés par la brousse; c’est la « résurrection » le retour à la vie..." (Ratoingar Nahounoum,sj. , o.c., p 55). A la fin des deux ans, quand le maître d’initiation estimait que les candidats avaient suffisamment assimilé le savoir et le savoir vivre kikuyu, on organisait une grande fête. Puis, avant la circoncision ou l’excision pour les filles, se rendaient en procession jusqu’à l’arbre sacré ou figuier, les garçons couraient vers l’arbre sacré ... la procession et la course symbolisaient le passage de l’enfance à l’âge adulte et le scellait à jamais. Les initiés prêtaient serment de ne jamais révéler à personne les secrets de leur peuple. Donc près de l’arbre sacré ils ont abandonné le comportement de l’enfance et ils ont embrassé l’âge adulte, tout cela ils le rythmaient dans les chants ( Sr.Muthoni, F., O.C. 43-44) Les objectifs essentiels dans la formation de futurs évangélisateurs africains: au noviciat et au séminaire. Il y a tout d’abord une conviction de base: dans toute vocation à la vie religieuse ou sacerdotale, c’est toujours Dieu qui choisit, qui appelle, envoie, et dans son "action créatrice, jour après jour attire, façonne et forme, selon son projet et la réponse de chaque personne, d’où la formation est une réalité qui s’enracine dans le passé de la personne, se vit dans l’aujourd’hui et prépare l’avenir" ( F.M.M., Esprit et Vie FMM, document inédit, p. 9 ). Tout appel est donc un dialogue entre l’amour de Dieu qui appel et qui donne la grâce de répondre et la réponse libre et pleine d’amour de la personne qui a entendu l’appel: Dieu est le premier formateur. La formation doit engager toute la personne, il s’agit d’une formation intégrale, elle sera humaine, intellectuelle, spirituelle et spécifiquement missionnaire. Formation humaine: qui aide la personne à atteindre un certain équilibre psychologique, affectif; à développer son sens de l’initiative, de créativité et de responsabilité si nécessaire pour le monde d’aujourd’hui si plein de défis. Formation intellectuelle: elle sera bien soignée, afin de disposer les jeunes à faire face aux interpellations des pays africains qui aspirent aujourd’hui à la paix, à plus de justice, au bien-être matériel, qui aspirent au respect de leurs droits, de leur dignité humaine, bref à leur développement intégral etc. On accordera une place spéciale à l’études de l’Islam et des Institutions islamiques, des Religions Traditionnelles Africaines, les préparer au dialogue interreligieux. Ici, nous voulons partager ce que Son Eminence, Cardinal Laurean Rugambwa, Archevêque Emérite de Dar-es-Salam (Tanzanie) avait dit au Synode concernant la formation des prêtres et des religieux/ses: "En Afrique aujourd’hui, nous sommes confrontés aux changements politiques, économiques et sociaux. Pour cette raison l’Eglise a besoin de leaders bien entraînés pour faire face aux changements et rendre l’Afrique capable de contribuer plus à l’ordre mondial. Je propose, dit-il, que: "Les prêtres, aussi nombreux que possibles, poursuivent les études supérieures après le séminaire. Ils devraient se spécialiser aussi bien dans les branches de la théologie que civiles. Ceci n’est pas seulement en vue de subvenir aux besoins des séminaires en professeurs, mais aussi pour entourer les Evêques d’un personnel efficace et compétent. Nous, avons, en Afrique, une armée de religieux, spécialement, les femmes. Si nous leur donnons une formation comme leaders, avec un haut niveau d’éducation, beaucoup de nos problèmes seront résolus. En tant que jeune Evêque dans les années 50, j’ai formé des Associations Sociales pour préparer l’indépendance. Aujourd’hui dans le processus de démocratisation nous devrions aider à la formation des leaders. Nous devrions avoir des forum des Professeurs Catholiques. Engageons les laïcs/laïques dans l’Eglise et dans les structures de gouvernement". La formation spirituelle: bonne formation théologique et inculturée, formation doctrinale solide. On soignera l’éducation à une intense vie de prière, disposer le /la jeune à rencontrer personnellement le Christ; ce sera une éducation à la liberté, c’est-à-dire une docilité à l’Esprit afin d’être capable de discerner les appels de ce même Esprit. Lui apprendre à trouver sa demeure dans la Parole de Dieu, à se familiariser avec elle, former des contemplatifs afin d’arriver à l’unité de vie, être contemplatif n’est pas le monopole des ordres contemplatifs seulement. Appelé à devenir prophète par sa vie, l’entraîner surtout aux valeurs de l’écouter: "Tous les matins il éveille mon oreille pour que j’écoute comme les disciples. Le Seigneur Yahvé m’a ouvert l’oreille" (Is. 50, 4-5a) Une formation spécifiquement missionnaire: cultiver chez les jeunes une « conscience missionnaire », qu’ils soient prêts à être envoyés dans n’importe quel pays d’Afrique et en dehors du continent, les ouvrir donc à l’universel et avec toutes les conséquences qu’un tel envoi suppose: respect de la culture des autres, l’apprentissage de la langue, avoir le sens critique afin de pouvoir se situer dans une nouvelle culture. Le Pape Jean Paul II a bien souligné dans l’encyclique Redemptoris Missio, les exigences de l’envoi pour les prêtres "Cela exige d’eux non seulement maturité dans la vocation, mais aussi une capacité peu commune de se détacher de leur ethnie, de leur famille, et une aptitude remarquable à s’intégrer dans d’autres cultures, avec intelligence et respect" (RM 67). C’est ici qu’on pourrait étudier la possibilité d’intégrer les valeurs de l’initiation traditionnelle pour former des missionnaires courageux, aguerris qui aiment et respectent les pauvres et s’engagent pour les rendre artisans de leur propres libération. Que pouvons nous déduire de notre réflexion sur les valeurs de l’initiation traditionnelle? Quand les jeunes sortaient de l’initiation, ils étaient transformés, prêts à assumer leurs responsabilités dans la société. Ils devenaient des êtres nouveaux. "Par l’initiation on acquiert une autonomie et l’on est capable de prendre soi-même des décisions concernant sa vie: décision de se marier, de s’établir dans sa propre parcelle, chez soi, d’avoir son champ etc. Après l’initiation on est capable d’autodétermination personnelle. (...). L’initiation offre au jeune une technique de connaissance de monde. Il ne doit pas bâtir sa vie sur «les on-dit». Il est tout le temps appelé à connaître de dedans pour porter un jugement de valeur qui tienne. Grâce à l’exercice de maîtrise de soi pour garder le secret initiatique, l’initié peut accueillir et conserver les confidences d’autres personnes" (Diddy Brossala, F., o.c., p. 35) A la fin du noviciat ou du séminaires, les jeunes devraient être prêts pour s’engager en connaissance de cause dans ce processus de conversion qui dure toute la vie. Leur offrons-nous l’espace voulu afin qu’ils puissent réellement s’épanouir? Nous avons parfois l’impression que dans les séminaires on forme plus de gens de la plume. Comment aider les populations dans le milieu rural d’une façon efficace si on ne forme pas des agronomes, des vétérinaires, des maçons. Comment rendre la justice aux pauvres et de façon équitable si nous n’avons pas des prêtres, des religieux et religieuses avocats? Qu’allons-nous faire pour que la formation donnée colle à la vie? Aujourd’hui la formation est un domaine très exigeant, c’est pourquoi le choix et la formation des formateurs/trices devient une priorité. Prendre suffisamment du temps pour les préparer. Les équiper avec certaines techniques modernes afin de les disposer à faire face avec sérénité et objectivité aux défis de la formation. Par exemple dans l’accompagnement spirituel, les nouvelles approches sur l’intégration de la psychologie et la spiritualité sont indispensables. Ils apprendront la dynamique de groupes pour développer leur capacité de travailler en équipe. Dans les Séminaires, nous avons parfois l’impression que quand on a un diplôme des études supérieures en théologie, en psychologie ou autre, on pense que la personne remplit les conditions pour devenir le Directeur spirituel. La personne désignée peut être un saint homme, cela ne suffit plus aujourd’hui, la direction spirituelle est un art qui s’apprend, qui demande un entraînement spécial. Faciliter le dialogue pour une prise en charge par chaque jeune de sa formation, promouvoir la maturité. Y a-t-il un profil du prêtre africain de l’an 2000? Si non quel serait ce profil? Il serait souhaitable d’assurer un minimum de confort matériel permettant aux responsables des Séminaires de s’adonner à leur tâche. Libérés de certains soucis matériels, ils consacreront du temps à la recherche et encourageront les jeunes à apporter leur contribution dans l’oeuvre de l’inculturation. Libérer la jeune femme africaine de la peur, et elle sera prête pour la mission. Nous avions organisé, en 1989, une rencontre continentale de douze provinces de l’Afrique noire et des Iles. Chaque provinciale était accompagnée de la maîtresse des novices et un membre de l’équipe de formation. Le thème: « Une formation inculturée », pour ce faire nous avions mené des enquêtes sur la Vision de la Femme en Afrique. Notre but était de comprendre cette femme africaine dans toute sa richesse afin de nous comprendre nous-mêmes, et enfin, respecter les valeurs fondamentales de cette femme dans la formation, pour que la jeune femme qui s’engage, puisse se donner totalement au Christ, dans son être de femme africaine enrichie par la grâce, et contribuer pleinement à la mission évangélisatrice de l’Eglise. Après des journées de prières, conférences, carrefours etc... Nous avions élaboré les grandes lignes d’un programme de formation. Un point avait retenu notre attention dans la formulation de l’objectif général: libérer de la peur la jeune femme qui nous arrive. L’origine de cette peur: "La vie de l’individu, en Afrique, est saisie en tant que participée. Les membres de la tribu, du clan, de la famille sait qu’il ne vit pas de sa propre vie, mais de celle de la communauté. Il sait que détaché de la communauté, il n’aurait plus les moyens d’exister, il sait surtout que sa vie est une participation à celle de ses ascendants, et que sa conservation, son renforcement en dépend continuellement. L’homme africain se voit inséré dans le grand courant de la vie qui dépasse son propre moi". Bref, pour l’Africain, vivre, c’est exister au sein d’une communauté". (Mgr. Monsengwo Pasinya: L’esprit communautaire africain. Ed. St Paul, Kinshasa 1982, p.5 ; cité par Scarin, A., Jalon pour une Spiritualité Africaine. dans : Colloque International, Kinshasa 1983, p. 364-365). Il est de coutume en Afrique que quand une jeune fille se marie, toute la famille lui prodigue des conseils, l’exhortant à une fidélité sans faille: " Nous voici tous rassemblés, tes grands parents, oncles, tantes, frères (cousins) et soeurs (cousines) amis et connaissances. Va dans le foyer de ton époux, et surtout, ne nous fais pas honte de te voir revenir , ce sera une honte pour ta mère et pour nous tous; ne fais pas de nous un objet de moquerie pour nos voisins, etc...". La jeune femme qui nous arrive est hantée par cette idée, puisqu’elle reçoit exactement les mêmes conseils. Faut-il généraliser cet état de choses? Peut-être pas, mais ce qui se passe actuellement ne peut s’expliquer autrement. Il y a quelques années, quand le silence était de rigueur, nos formatrices ne se rendaient pas compte de nos drames, parce qu’on souffrait en silence. Aujourd’hui, chacune peut s’exprimer, il y a parfois des drames dans les maisons de formation. Malheur à celle qui va oser accuser les autres chez la maîtresse des novices, elle fera l’objet d’un ostracisme de la part de ses compagnes. Tu fais une remarque, même bien fondée, cela devient un drame, parce que la jeune a peur d’être renvoyée. Nous faisons tout pour créer un climat de confiance, d’écoute et de dialogue. Nous prenons du temps pour cheminer ensemble, leur faire comprendre que la Supérieure, les formatrices sont des grandes soeurs chargées de les accompagner dans leur aventure avec le Seigneur, dans le discernement. C’est une affaire personnelle, la vocation! Quand elles comprennent la raison d’être de notre présence en tant qu’aînées et initiatrices, on les voit alors s’épanouir. Il serait intéressant d’entendre celles qui forment les Africaines en Europe, quelle est leur expérience à ce propos, nous pouvons nous tromper! Mais la constatation est qu’une une jeune femme en formation qui est renvoyée d’un couvent, ira se présenter ailleurs. Il peut y avoir des erreurs de la part des formatrices, ce qui peut arriver. Là où la Conférence des Supérieures Majeures s’est organisée pour aider ses jeunes à faire un cheminement et pouvoir se réintégrer dans la société, celles qui sont renvoyées trouvent les accès faciles dans certaines congrégations en Europe. Nous ne sommes pas contre, elles sont libres de le faire, puisqu’elles avancent comme arguments; "Je sens encore que Dieu m’appelle à la vie religieuse". Mais ce qui étonne parfois, c’est le fait que la jeune femme a été renvoyée pour une raison grave. Et, lendemain, elle reviendra se présenter toute fière chez vous, en robe blanche ou noire, pour vous dire, voilà, vous m’avez chassée... maintenant me voici religieuse comme toi. Et parfois la famille garde une dent contre vous, en disant: "Tu as voulu nous faire la honte, nous avions bien élevé notre fille; la voilà religieuse, tu n’aimes pas notre tribu c’est pour cela que tu nous as fait ça". Nous avons vécu l’expérience suivante: nous avions organisé une session pour toutes les professes à voeux temporaires de toutes les Congrégations; le thème: Entrer en liberté. A la fin de la session, les jeunes n’ont pas caché leurs sentiments et les tensions qu’elles vivent durant cette période: « Elles sont confrontées aux mêmes problèmes, elles ont peur d’être renvoyées ». Nous avions admiré leur franchise et nous-mêmes nous étions interpellées. Un climat de confiance est indispensables. Nous avons à être des mères et des grandes soeurs pour nos jeunes en formation. Dans la formation les initier à une vraie rencontre personnelle avec le Christ: " Si vous demeurez dans ma parole, vous serez vraiment mes disciples, vous connaîtrez alors la vérité et la vérité vous fera libres" (Jn 8, 31 -32) Que la jeune femme soit libérée en Christ. C’est pourquoi la formation doit être enracinée dans le passé de la jeune femme, d’où la connaissance de son milieu familial Avoir des contacts assez longs afin de pouvoir situer la personne dans son milieu naturel, si possible connaître le rôle qu’elle joue au sein de son clan, ses relations avec ses parents, tout ceci en vue d’une formation personnalisée et pour aider la jeune à se façonner une identité personnelle, gardant toujours dans l’esprit le fait qu’elle vit de la vie de son clan. Nous avons aussi à cheminer avec les parents, tous ne comprennent pas ce qu’est la vie consacrée. Nos cérémonies constituent un moyen pour offrir aux parents une catéchèse sur la vie religieuse. Ils sont associés à toute cérémonie marquant une étape nouvelle dans la formation. Les parents sont invités à saisir la raison d’être de chaque étape. Nous essayons de leur faire comprendre que nous sommes toutes dans un processus de discernement. La vie religieuse est un choix libre et personnel. Leur fille peut découvrir que ce n’est pas sa vocation, ou bien les responsables de la congrégation peuvent trouver que leur fille ne remplit pas les conditions pour mener cette vie. Et si leur fille confirme sa vocation en accord avec ses formatrices, leur rôle sera de rendre leur fille à Dieu, elle est le don qu’ils ont reçu de lui; leur tâche est de la soutenir dans sa démarche d’amour, désormais, elle sera la soeur de tout le monde, parce qu’elle s’engage au service du Royaume au moyen des conseils évangéliques. Nos efforts d’inculturation consistent à éveiller et à épanouir chez la jeune les valeurs d’une femme africaine. La femme africaine est gardienne des valeurs morales, c’est pourquoi la femme est tenue en haute estime dans la société, même s’il semble qu’il y a une contradiction dans ce que nous avançons. On tolère l’immoralité de l’homme, mais si c’est une femme, c’est le rejet, parce qu’elle est comme un symbole des valeurs qu’elle porte en elle. Former la jeune femme africaine à ne pas considérer sa vocation comme un statut social qui l’élève au-dessus des autres, elle devra plutôt témoigner de sa consécration totale au Seigneur, et vivre dans la simplicité, dans la dignité. Elle est mise à part pour le Seigneur. La femme africaine est symbole d’intériorité: porteuse de vie et gardienne des valeurs du clan, la femme africaine réalise cette double vocation dans le silence. On lui apprend la discrétion et la pudeur exigée par le caractère mystérieux de ce dont elle est la gardienne. En compagnie des autres femmes, elle partage. Mais ne partage jamais le secret de son intimité de femme avec les hommes. On développe chez elle les qualités d’intuition. A propos de la discrétion, on croit parfois que nos aînées africaines qui ont été élevées selon cette tradition et qui refusent d’avoir un directeur spirituel, on dit parfois qu’elles ne comprennent rien du rôle d’un directeur spirituel. Elles comprennent bien mais c’est par pudeur. Elles disent: « qu’est-ce que je vais raconter à un prêtre sur ma vie ? Je vais bien me confesser chez lui ». La discrétion est un facteur important dans les relations. Les autres femmes fuient facilement celle dont la bouche est « comme une marmite sans couvercle ». C’est point est souvent source de conflit dans nos couvents. C’est vrai qu’il y a des Africaines qui ne gardent pas le secret. Mais nous n’acceptons pas cette mentalité qui pense qu’il faut divulguer tout ce qu’on apprend sur les autres. La discrétion est indispensable dans la mission, dans nos relations avec le peuple de Dieu avec lequel nous travaillons et que nous servons. La femme africaine est la cheville ouvrière de la famille, du clan, et même dans la société africaine d’aujourd’hui. Nous essayons de former nos jeunes à l’amour de l’effort et du travail qui refuse la médiocrité; les aider à développer en elle le sens de la discipline. Les aider à découvrir leurs propres talents, leurs dons, à les reconnaître et ceux de leurs compagnes; à les mettre au service du Royaume de Dieu. Dans toutes nos provinces d’Afrique noire, les maisons de formation laissent l’espace et le temps pour le travail manuel, sans pour cela porter préjudice à la formation; des jardins potagers, un champ, un poulailler, un atelier de couture ou autre, afin que les jeunes puissent contribuer aux dépenses de la maison. Elles doivent apprendre à manger à la sueur de leur front comme toute femme africaine. La formation au charisme vise surtout à aider la jeune à rencontrer la Fondatrice afin de former une identité fmm claire, des convictions solides, la communauté formatrice sera le lieu où la jeune pourrait percevoir les différents aspects du charisme vécus dans le concret. Nous continuons nos recherches dans le domaine de l’inculturation du charisme par l’étude des valeurs positives de la culture africaine. Et nos soeurs aînées, dont la plupart ont maintenant célébré le jubilé d’or ou même s’approchent du jubilé de diamant, sont pour nous la concrétisation du charisme vécu dans la fidélité; telle la Soeur Claire Weghezo, l’une de toutes premières fmm africaines; qui ne nous pas surprises, lorsque mourante, elle se redressa la première fois pour nous dire, : «Maintenant, c’est l’heure de l’adoration», puis se rendormit. Elle se redressa une dernière fois, regarda ses consoeurs autour d’elle, et répéta: «Maintenant, c’est l’heure de l’adoration», elle s’endormit pour ne plus se relever. Modèle d’une vraie missionnaire, elle ne quittait jamais la maison pour aller visiter les familles sans passer d’abord saluer le Seigneur, et lorsqu’elle revenait, elle s’arrêtait d’abord devant le Saint Sacrement. Elle a vécu jusqu’au bout sa vocation d’adoratrice du Très Saint Sacrement. Un exemple d’une formation inculturée.
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