Mike Hann, CICM
ETRE EN MISSION EN MONGOLIE




La Mongolie est devenue un lieu touristique très populaire. Un vol de six heures en Aeroflot nous a conduits de Moscou à Ulaanbaatar en survolant les montagnes mongoles arides, qui descendent en pente pour se perdre en d'immenses vallées tapissées de verdure. Une vue fascinante. Les passagers furent cordialement accueillis aux services d'immigration et de douane. Quant à moi, j'ai été accueilli personnellement par nos confrères. I1 faisait 35 degrés Celsius et le soleil était radieux.

Un week­end inoubliable.
Le festival annuel de Naadam qui dure trois jours avait déjà commencé. Nous nous sommes donc rendus immédiatement à la première manifestation: la course de chevaux, une course éreintante de 30 kilomètres dans les steppes. Naadam signifie jeux, et se rapporte plus particulièrement aux trois « jeux virils »: la lutte, la course de chevaux et le tir à l'arc. "Ces jeux ont pour but de tester la volonté, le courage, la force, l'audace et la précision visuelle de l'individu."
Chaque année, quelques semaines avant le début des festivités les familles partent en direction d'Ulaanbaatar et campent dans les steppes près de la ville. À ce qu'il paraît, il y aurait eu 15.000 participants cette année.
Le dimanche après­midi, une cérémonie de clôture pittoresque avait lieu au stade en présence du nouveau président, N. Bagabandi, et de son cabinet. Ensuite, il y avait une soirée folklorique à l'opéra avec du théâtre et un orchestre d'une vingtaine de membres jouant sur des instruments nationaux. Un week­end de juillet inoubliable pour entamer ma visite de trois semaines en Mongolie.
Cette année, Nandam coïncidait avec le 791ème anniversaire de la fondation du premier empire de Mongolie uni sous Gengis Khan. I1 y avait aussi 76 ans que la révolution populaire passe sous influence soviétique.

Des vallées verdoyantes
La Mongolie, à peu près quatre fois le Japon et trois fois la France, est un grand pays renfermé entre la Russie et la Chine. Elle dépend du Transsibérien pour ses contacts avec le monde extérieur. Le désert du Gobi occupe pratiquement le tiers de la Mongolie méridionale. Le pays est essentiellement un plateau avec des collines ondoyantes, des pics impressionnants et d'interminables vallées verdoyantes.
La capitale Ulaanbaatar (population: 600.000) est la plus grande ville. Darkhan, la deuxième ville en importance, se trouve à quelque 200 kilomètres vers le nord. À l'ouest se situe Erdenet, la troisième ville. On estime la population du pays à quelque 2.300.000 habitants.

Des temperatures extrêmes
La Mongolie est un pays aux températures extrêmes. I1 fait très froid en hiver (­25° à ­35° C.). Par contre, pendant l'été bien trop court il fait parfois torride, avec des températures dépassant les 30° C. durant les mois de juillet et d'août. D'octobre à mars la température moyenne est en dessous de zéro. L' air est très sec et les rayons de soleil sont vifs. On compte 260 jours de soleil par an. Une courte saison de pluies s'étale de la mi juillet à septembre. Les soirées sont fraîches même en été à cause de la haute altitude. La Mongolie est un pays venteux, surtout au printemps.

Gengis Khan
Des anciens manuscrits chinois des 5ème et 4ème siècles avant J.C. parlent de tribus nomades vivant dans ce qui est maintenant la Mongolie. La naissance de Temudjin en 1162 a été un événement capital pour ces tribus. A l'âge adulte, Temudjin réussit à mettre fin à une rivalité interne datant de plus de vingt ens. En 1205 on lui conféra le titre honorifique de Gengis Khan (souverain universel). Avec des ambitions de plus en plus grandes sa cavalerie légère attaqua contre la Russie et la Chine. À sa mort en 1248, l'empire s'étendait déjà de Beijing à la mer Caspienne. Le faste de la Mongolie fut de courte durée. L' empire mongol se corrompait de plus en plus et vers 1350 il se désagrégeait déjà. Au 17ème siècle, les Chinois conquirent une Mongolie en ruine. Elle était prête pour la rébellion.

La République Populaire de Mongolie
L'occasion se présenta enfin en 1911 quand la dynastic chinoise des Qing fut renversée. Les princes mongols déclarèrent leur indépendance. La Chine chercha à reprendre le contrôle et obligea la Mongolie d'accepter une « requête » de reprise par la Chine. Une autre occasion se présenta lors de la révolution russe de 1917. Les révolutionnaires mongols demandèrent aux communistes de leur venir en aide. Des soldats mongols et russes s'emparèrent d'Ulaanbaatar en juillet 1921. La République Populaire de Mongolie fut proclamée le 26 novembre 1924, et devint ainsi le deuxième pays communiste du monde. Ceci ne vaut que pour la Mongolie­Extérieure. La partie méridionale du pays, la Mongolie­Intérieure appartient encore toujours à la Chine. Enfin libérée de ses mâîtres chinois, la Mongolie « indépendante » se retrouva bien vite sous influence soviétique.

La Mongolie
Après plus de 65 ans de domination soviétique, c' est en 1990 que la Mongolie fit effectivement ses premiers pas vers l'indépendance. Tout comme en Europe orientale, les Russes lâchèrent prise. I1 s'ensuivit d'énormes manifestations en faveur de la démocratie. Le gouvernement fut obligé de démissionner et d'organiser des élections multipartites. Une nouvelle constitution fut adoptée en janvier 1992. Le nom officiel du pays changea de République Populaire de Mongolie en Mongolie. Selon les nouvelles constitutions, le président et les 76 membres du parlement sont élus pour un terme de quatre ans. Pendant les quatre premières années d'indépendance, le PRPM (Parti Révolutionnaire du Peuple Mongol) était au pouvoir avec 70 sièges (92%) au parlement. Lors des élections de juillet 1996 l'Union de la Coalition Démocratique gagna 50 sièges et l'emporta sur le PRPM qui en gagna 25. N. Bagabandi est le nouveau président élu.

Un pays pauvre
Aujourd'hui, la Mongolie fait face aux problèmes inhérents à un changement graduel de système gouvernemental. En effet, elle a opté pour un changement progressif plutôt que pour une brusque rupture avec le système socialiste. La situation économique décourage beaucoup de gens. Malgré les nombreuses réformes démocratiques, la transition vers le marché libre entraîne de grosses difficultés socio­économiques. Le taux de pauvreté est élevé. Beaucoup de families et de gens pauvres vivent dans la rue. Le nombre des enfants de rue et des orphelins est alarmant.
Les queues pour le ravitaillement d'il y a quatre ans ont disparu. En ville, la plupart des biens de consommation sont en vente dans les magasins. Les paiements en dollars sont très avantageux. Dans un bon restaurant on peut avoir un repas complet avec une variété de menus pour moins de 10 US $. Le salaire des ouvriers mongols est très bas: dans une école secondaire un instituteur gagne à peu près 50$ par mois (1 dollar pour 800 Togrogs).
L'économie mongole dépend des moutons, des chèvres, du bétail, des chevaux et des chameaux. De toute première importance est l'élevage des moutons aux grosses queues comme celles des castors (un entrepôt pour une substance grasse ressemblant au beurre). I1 constitue les deux tiers de tout l'élevage. Les immenses prairies facilitent l'élevage. Le climat rude et sec empêche la culture de la plupart des produits agricoles. On cultive surtout le froment et les pommes de terre sur les terres arables, qui n'occupent pas plus d'un pour cent de la superficie totale.


Des signes positifs
La Mongolie est pauvre mais elle inspire confiance. Les fonctionnaires d'état sont jeunes et se dévouent aux réformes démocratiques et à l'avenir de leur pays. Ils parlent franchement des nombreux problèmes auxquels ils doivent faire face. C'est une gageure d'équilibrer les nombreux aspects positifs de leur vie traditionnelle avec ce que la modernisation a de mieux à offrir. Ce n'est pas facile.


Un réveil religieux
Opprimée sous le régime communiste, la religion avait pour ainsi dire disparu. La plupart des monastères bouddhiques ont été détruits. Du point de vue religieux, la Mongolie était devenue une nation bouddhique fortement influencée par le lamaïsme. La démocratisation des années 90 a entraîné un réveil religieux phénoménal. Selon les derniers chiffres, le conseil municipal aurait autorisé ou recensé 33 groupes religieux, rien qu' à Ulaanbaatar: 15 Églises chrétiennes (entre autres, l'Église orthodoxe russe, la dernière en date), 16 monastères bouddhiques, une mosquée islamique, et un groupe Bahai.


Contacts antérieurs
Les chrétiens nestoriens venant de Perse pénétrèrent en Chine et dans certaines parties de la Mongolie au cours des 7ème et 8ème siècles. Toutefois, ils n'ont pas eu d' impact durable sur la population locale. Le premier effort prolongé pour propager le christianisme en Mon g olie­Intérieure date du l9ème siècle. Nos propres confrères CICM ont travaillé parmi les Mongols au pays des Ordos. Le séjour du Père Mostaert à Boro Balgason ainsi que son travail scientifique sur la langue et la littérature mongoles sont bien connus. En 1922 la Propaganda Fide avait demandé à notre Congrégation de se charger de l'évangélisation de la Mongolie Extérieure. Mais suite aux développements politiques de cette époque la première équipe CICM n'a jamais su entrer dans le pays.

10 juillet 1992
En juin 1990, le nouveau gouvernement mongol contacta le Saint-Siège pour examiner la possibilité de nouer des relations diplomatiques. Le Saint­Siège rétablit la Mongolie comme missio sui iuris en mars 1992, un mois après la ratification de la nouvelle constitution mongole accordant la liberté de religion. En avril de la même année, la décision de nouer des relations diplomatiques entre la Mongolie et le Saint­Siège au niveau d'une nonciature fut annoncée officiellement. Mgr Giovanni Bulaitis, nonce apostolique de Corée, devint aussi nonce apostolique de Mongolie.
Trois missionnaires cicm, Wens Padilla, Robert Goessens et Gilbert Sales, arrivèrent en Mongolie le 10 juillet 1992, la veille de Naudam, la fête rationale mongole.


Vision
Son Exc. Mgr Giovanni Bulaitis a décrit la vision de l'Église catholique en Mongolie lorsqu' il remit ses lettres de créance le 9 avril 1993 à son Exc. Punsalmaagyn Ochirbat, président de la République de Mongolie. Le nonce souligna les aspects suivants de la mission de l'Église: "L'Église a une mission spirituelle spécifique... Elle annonce et proclame le message évangélique jusqu'aux confins de la terre..., elle stimule la justice et la dignité humaine et encourage la paix à tous les niveaux de la société... L'Église s 'engage done de différentes façons, mais surtout dans les oeuvres caritatives et l'éducation".
Mgr Bulaitis ajouta que le Saint-Siège souhaite "que l'Église puisse collaborer avec les différentes autorités mongoles:

­ pour rétablir les valeurs religieuses et culturelles;
­ en participant à des activités sociales concrètes pour le bien de la population;
­ en ayant des relations amicales et harmonieuses avec les autorités et le clergé de toutes les dénominations religieuses en Mongolie".

Présent
La hiérarchie ecclésiastique incombe à CICM en la personne de Wens Padilla. I1 a été nommé Supérieur de la mission et est sous la juridiction directe du Saint­Siège (Sacrée Congrégation pour l'Évangélisation des Peuples). Le Supérieur de la mission est aussi le Supérieur religieux du District cicm de Mongolie.
A l'heure actuelle (juillet 1997) 17 missionnaires catholiques de cinq congrégations/groupes différents sont à l'oeuvre dans le pays: six CICM, trots Soeurs Missionnaires du Coeur Immaculé de Marie (ICM), quatre Missionnaires de la Charité (MC) et un prêtre diocésain coréen. I1 y a plusieurs Soeurs du groupe de Mgr Lefebvre mais elles sonhaitent limiter leurs contacts avec la mission locale.
Après une présence de cinq ans, l'Église compte près de cent fidèles (étrangers et autochtones) qui assistent aux services religieux en semaine et le dimanche. I1 y a 40 Mongols baptisés. D'autres, pour la plupart des jeunes adultes, s'intéressent à l'Église et se préparent au baptême.

Défis
Les missionnaires travaillent avec prudence, afin de trouver la bonne voie. L'Église est jeune, et il n'est que normal qu'elle doive faire face à de nombreux défis, par exemple:

• une population à conviction religieuse essentiellement bouddhiste; • la présence de nombreuses dénominations chrétiennes (trente) pour une population si peu nombreuse; • un grave problème linguistique: il n'y a pas d'écrits religieux; • des hivers parfois très durs, entravant les activités paroissiales; • des cas de pauvreté extrême, engendrant des maux sociaux et la criminalité • le manque de moralité dans la société • l' incertitude concernant les permis de séjour prolongé pour les missionnaires et le système de quota pour les visas; • les structures bureaucratiques et communistes encore de rigueur; • les motivations de plus en plus matérialistes de la population; • la désintégration de la famille.

Déclaration missionnaire
La déclaration missionnaire cicm stipule qu'en tant que membres de notre Congrégation, une Congrégation religieuse missionnaire internationale, les missionnaires s'engagent à vivre et à proclamer la Bonne Nouvelle de 1'Évangile suivant l'inspiration de notre Fondateur le Père Théophile Verbist et la vision de l'Église mongole.
CICM­Mongolie désire témoigner de la communion universelle en Jésus Christ en vivant dans une communauté internationale et en travaillant en équipe. Par leur communion et leur stabilité en tant que communauté, ils veulent être un signe face à des valeurs morales et des liens familiaux qui se détériorent. Par leur célibat ils veulent être un signe dans une société désordonnée, aux relations conjugales instables.
Ils ne sonhaitent pas seulement être au service de la population mongole. Ils pensent aussi à la communauté étrangère en Mongolie, à tous ceux qui travaillent pour des organisations internationales.


Projet missionnaire
Se familiariser Nos confrères accordent la priorité à un approfondissement poursuivi de la connaissance de la langue, de la culture et de l'histoire mongoles. À mesure qu'ils se perfectionnent, leurs contacts avec les gens s'amélioreront. Plusieurs cours sont à leur disposition à l'Université de Mongolie ainsi qu'à d'autres institute. C'est pour ainsi dire un stage permanent de pionniers.
Première évangélisation La Mongolie est certainement un lieu de première évangélisation. La mission y est perçue comme un catalyseur pour l'inculturation de l'Évangile. Les missionnaires espèrent promouvoir le Règne de Dieu en proclamant 1'Évangile par la parole (ce qu'ils disent) et par les actes (comment ils vivent) dans un pays où le Christianisme n'a pas encore d'histoire.
Formation de laïcs La formation qu'on donne à un groupe de jeunes gens sera capitale pour la mission. On poursuit des buts bien précis:
­ former des communautés chrétiennes; ­ édifier l'Église locale; ­ donner une contribution valable à l'inculturation de l'Évangile, en formant des gens capables de reformuler le message dans leurs termes culturels propres; ­ stimuler la vie et le dynamisme missionnaires de l'Église locale naissante.


Dialogue interreligieux et oecuménisme
Il est indispensable de connaître les gens, d'apprécier leur culture, leur religion et leur histoire pour proclamer et inculturer l'Évangile dans un pays où le Christianisme n'a pas encore d'histoire et où la population est essentiellement bouddhiste. Un dialogue de vie commence là où l'on se rencontre et travaille ensemble. Le dialogue interreligieux et la proclamation de l'Evangile évoluent simultanément. L'Esprit est à l'oeuvre à travers l'accueil de la communauté. Ce sera alors le moment propice pour parler de Jésus­Christ, de l'Évangile, de l'Église et du baptême.
Motivations pour adhérer à la communauté
L'Église est jeune et elle est souvent perçue comme étant riche et puissante. Beaucoup de gens n'ayant pas les moyens d'améliorer leurs conditions de vie sont tentés de devenir membres de la communauté pour profiler d'avantages éventuels. Leur motivation doit être purifiée. Ils doivent pouvoir rencontrer le Christ dans les membres de la communauté, et surtout dans les missionnaires. En Lui ils trouveront la plénitude, la joie et les valeurs qui les guideront vers une vie plus abondante.


Engagement social
Lorsque le nonce apostolique remit ses lettres de créance, il profita de l'occasion pour décrire le projet de l'Église et souligna que "I'Église stimule la justice et la dignité humaine et encourage la paix à tous les niveaux de la société... L'Église s 'engage done de différentes façons, mais surtout dans ses oeuvres caritatives et l'éducation." Toutes les Congrégations missionnaires présentes participant à la mission et s'engagent dans différents projets. I1 y a, par exemple, un centre pour les enfants de rue; des contacts avec les gens de rue pour les aider de différentes façons; des cours d'anglais pour faciliter le contact avec les gens. Un centre de formation technique professionnelle est en voie de réalisation. Un confrère s'occupe d'Amnesty International. On songe aussi à une aumônerie de prison et d'hôpital et à l'aide aux handicapés physiques.


Une occasion unique
L'Église s'établit en Mongolie. C'est une occasion unique pour la mission: la communauté elle­même peut devenir source d'inculturation de l'Évangile. La communauté paroissiale se laisse interpeller elle­même et son mode de vie par l'Évangile et permet ainsi à l'Esprit de se manifester dans la culture et la langue locales. JésusChrist et les principes évangéliques de paix, de fraternité, de justice et d'amour sont la raison d'être de la communauté. C'est à travers le témoignage, en paroles et en actes, et l'édification de la communauté qu'il sera le mieux proclamé. I1 faudra du temps pour former pareille communauté, car elle est une réalité vivante, et c'est l'Esprit qui doit montrer le chemin.

Une prière en guise de conclusion Esprit de Dieu, descends sur ce groupe de tes missionnaires avec la plénitude de ta puissance, de ta lumière, et de ta force, de sorte que leurs coeurs et leurs esprits soient remplis de ta sagesse et de ton amour. Que ton amour les amène à avoir confiance en ton dessein et à reconnaître tes appels.
Amen.