P. Hermann Hochegger, SVD
Esquisse pour des Réflexions Théologiques sur la Violence dans des Pays Chrétiens
(3 February 2000)


Blaise Pascal: "Jésus est en agonie jusqu'à la fin du temps. Il ne nous est pas permis de dormir."

Sommaire :

Le but de l'enquête de l'ASP au Burundi:
« Donner la parole aux communautés en crise de l'Eglise du Burundi » 2
Monstruosités des événements 2
Les causes de la nouvelle barbarie 2
La désacralisation (démystification) mène à la destruction
des valeurs qu'elle désire souligner et exalter. 2
La pensée chrétienne, libératrice doit retrouver sa place chez les autorités. 3
L'autodestruction du groupe désacralisé 3
Un courant de pensée qui favorise la démythification 3
L'objectivation des âmes étouffe la liberté 4
Réponse de la théologie politique de J. B. Metz. 4
La pensée désacralisée menace la dignité de la personne humaine 5
Une nouvelle image de Dieu qui garantit la dignité de la personne humaine 5
Une mémoire eschatologique de la liberté 5
Comment penser l'espérance après les massacres d’un pays chrétien ? 6
Les hommes, bien qu'ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover 6
La Bonne Nouvelle s'oppose à la conception démythifiée de l'homme 7
Le devoir et les possibilités de l'Eglise 7
L'Eglise doit découvrir la culture de la liberté 7
Chercher d'abord  le « royaume de Dieu et la justice. » 8
L’Eglise du Burundi doit réfléchir sur son renouveau après les massacres, comme les Eglises d’Europe après Auschwitz 8
Un «concile des Eglises chrétiennes » 8
Regard théologique sur les victimes 9
Considérer l’aspect d’offense et d’humiliation 9
Un renouveau chrétien s’impose à la nation entière 10
Pardon et la réconciliation ne sont pas une restitution de la justice 10
Expiation et la réconciliation plus importantes que le droit et la justice 10

La libération par le pardon :

Neuf thèmes bibliques à méditer 10-11

* * *

Donner la parole aux communautés en crise de l'Eglise du Burundi

Le but de l'enquête de l'ASP était de "donner la parole aux communautés en crise de l'Eglise du Burundi". Les communautés (collines, centres, déplacés et personnes consacrées) ont répondu aux questions des enquêteurs et ont profité de cette occasion pour exprimer leurs opinions sur la crise.

Il était dommage que les 15000 pages de l'enquête soit présentées uniquement en kiRundi. Pour avoir une traduction française qui ne concerne qu'une partie de l'enquête, nous avons attendu presque deux ans. Il fallait noter les réponses directement en français. Je signale que

toutes les trente enquêtes que l'institut culturel de Bandundu (CEEBA) a organisées ont été rédigées directement en français.

Certains se sont plaint que le questionnaire de l'enquête de l'ASP n'était pas suffisant pour l'enquête. Il faut souligner qu'un questionnaire qui a permis de donner la parole aux communautés en crise et qui a récolté 15000 pages de réponses, était bien efficace.

Monstruosités des événements.

En face de la terreur et des massacres perpétrés au Burundi, la monstruosité des événements reste incompréhensible. Aujourd'hui, il faut répondre à la question pourquoi des peuples chrétiens, au lieu de s'efforcer de maintenir un climat de paix et de compréhension humaine, se plongent soudain dans une nouvelle forme de barbarie?

Les causes de la nouvelle barbarie:

La désacralisation (démystification) mène à la destruction des valeurs qu'elle désire souligner et exalter.

La dialectique de la démythification: L'autodestruction sans trêve de la désacralisation essaie de libérer l'homme de la peur, de l'angoisse d'une dépendance du savoir et d l'installer comme Seigneur et dominateur. Il y a le désir de détacher l'homme du pivot divin de son créateur, de le libérer des lois de Dieu et de le ramener aux normes dominatrices de la civilisation et de la science. - Tuer des personnes consacrées, des évêques, des prêtres et des religieux/ses ne fait aucune différence d'un assassinat d'un profane. Pour la machinerie d'une société désacralisée, il ne reste qu'une norme sans respect et sans crainte pour le groupe libéré du sacré et du divin qui dit: "Prendre chez les hommes la peur du sacré et les placer comme des seigneurs absolus"1.

La pensée chrétienne, libératrice doit retrouver sa place chez les autorités.

La science de cette domination s'étend sur tous les domaines de la civilisation et les idées de cette doctrine se répètent à l'intérieur des catégories de la conscience de domination. D'après M. Horkheimer & Th. K. Adorno2, dans un tel système de réflexion désacralisée, il n'a plus aucune expression qui ne soit en accord à un

consentement aux modèles de pensée imposée. Ce que le langage populaire pourrait objecter, sera nivelé par la machinerie du groupe des dominants de la société. La pensée chrétienne, libératrice ne trouve plus aucune place chez ces dominants obsédés.

L'autodestruction du groupe désacralisé

L'observateur constate une disponibilité étonnante des masses populaires à se laisser aveugler et diriger par des despotes et qui succombent à une paranoïa

autodestructrice qui produit une incompréhensible terreur meurtrière à l'intérieur du groupe d'affinité concernée. Les institutions de la société désacralisée contiennent le germe pour le pas rétrograde qui, ayant perdu le bon sens de la pensée salvatrice, détruit sa propre destinée. Les raisons pour cette barbarie nouvelle ne se trouvent pas dans les mythes traditionnels, ni dans les croyances ancestrales du pays, mais proviennent des courants de désacralisation moderne. Si l'Eglise réussit à donner aux hommes du pays de nouveau les sentiments chrétiens du sacré, elle peut offrir un remède important à cette situation destructrice.

Un courant de pensée qui favorise la démythification:

Ceux qui se vantent, qu'ils ont dépassé les connaissances religieuses de la religion traditionnelle, placent la raison contre les superstitions des anciens. Ainsi le rationnel domine sur le monde démythifié. Les mythes (et à leur suite de fois aussi la bonne nouvelle) sont considérés comme dépassés et non scientifiques. Ainsi la nature et l'homme sont assujettis à des individus souverains et arbitraires qui prêchent la domination de l'objectivité aveugle de la nature démythifiée. C'est aussi la tendance de niveler toutes les contradictions de la pensée populaire, en particulier les normes sévères du comportement moral et l'immoralité absolue. 3 Le caractère totalitaire du groupe démystificateur range le monde mythologique dans le monde profane et place l'existence de l'homme dans une situation planifiée et calculable.

Dans le passé ancestral la tradition expliquait le cadre culturel par les mythes. La pensée démythifiée mène à l'aliénation de la personne et la dégrade à un "substrat de domination". La chosification de l'esprit empoissonne les relations humaines, les abîment et résulte dans la fabrication des "sous-hommes", dont se plaignent à plusieurs reprises les communautés en crise du Burundi4.

Un élément significatif de la science de domination consiste dans le fait que chez elle "la nature change en objectivité." 5 Les objets n'ont plus aucune importance en soi, mais ne sont considérés qu'en tant qu'ils servent l'homme. La distance entre le sujet et l'objet devient la distance entre le dominant et le dominé. La pensée de la désacralisation mène forcement à l'aliénation des objets

dominants et par-là résulte l'objectivation de l'esprit humain. "Ainsi les relations entre les hommes seront envoûtées, de même le rapport de chacun envers soi." 6

L'objectivation des âmes étouffe la liberté.

La désacralisation et sa pensée de domination s'avèrent comme un système totalitaire qui étouffe la vérité. Par principe toute objection au système de l'idéologie y est écartée. 7 Les dominants décident ce qui est vérité. Elle n'est pas le résultat d'une réflexion, mais "l'identification d'un monde préconçu par la mathématique de la vérité." 8 La personne humaine se réduit à un élément partiel du système de pensée des dominants. Elle n'est plus sujet, mais objet du système. Le caractère totalitaire de l'idéologie désacralisée ne lui permet plus de se rendre compte que sa pensée est destructive et sans espoir. Il parvient à une matérialisation de l'esprit et de l'âme sans sujet. 9

Réponse de la théologie politique de J. B. Metz.

Pour démêler ce système de pensée désacralisée, J. B. Metz constate que cette nouvelle "science sur la connaissance" représente une science de domination. L'homme qui entre sous son influence, risque de changer du "sujet du procès techno-civilisateur à l'objet, c'est-à-dire, il devient son produit." 10 La théologie ne doit pas assumer sa tache de recherche avec le dos tourné vers les situations réelles ou en ignorant la souffrance des hommes, mais elle est tenue de faire une théologie de l'histoire concrète qui résiste à tout dualisme, tenant fermement au principe de l'unité entre l'histoire du monde et de l'histoire du salut. Elle se concentre surtout sur l'histoire du monde qui garde un espoir pour les souffrances du passé. 11 Pour Metz cette espérance est uniquement possible dans la foi chrétienne qui seule permet de dépasser la fascination, l'obsession de la pensée désacralisée et ses conséquences inhumaines. Il s'agit de la foi en un Dieu, devant qui les souffrances du passé ne disparaissent pas de façon anonyme dans l'abîme d'une évolution aveugle. C'est cette foi qui garantit la continuité absolue des normes dans une lutte incessante pour la dignité de la personne de tous les hommes. 12

La pensée désacralisée menace la dignité de la personne humaine

Le temps imprégné de la pensée désacralisée menace la dignité de la personne humaine et l'homme comme tel. La théologie politique devrait avant tout assurer une vision théologique du respect de l'homme en tant que sujet responsable et respectable. Chez les chercheurs de l'école de Francfort, ce souci n'est pas considéré. Ils ont proposé une théorie de procès d'histoire des sujets anonymes qui se conforme à une déculpabilisation mécanique. Les victimes des violences y perdent tout et ont été écrasées par les roues d'une théorie qui les refoulent dans l'abîme d'une évolution anonyme.

Une nouvelle image de Dieu qui garantit la dignité de la personne humaine.

En s'appuyant sur une théorie critique de la société, la théologie de J. B. Metz démontre une nouvelle image de Dieu qui garantit avant tout la dignité de la personne humaine. Dieu seul assure cette dignité à tous les hommes, aussi aux victimes des violences. Cependant Dieu ne se présente pas dans un système de pensée désacralisée, mais se rencontre sur le chemin du souvenir mémorable qu'est la dangereuse mémoire de la liberté en Jésus-Christ chez qui le respect de toute personne trouve son fondement.13

Une mémoire eschatologique de la liberté

J. B. Metz parle d'une "mémoire eschatologique de la liberté" qui fait sauter tous les systèmes cognitifs désacralisés et qui ouvre la voie à une liberté variée, permettant de participer à la souffrance dans autres. C'est aussi une liberté qui nous montre notre limitation et la question de notre situation critique. 14

Dans la perspective de son exigence à la totalité, le Christ se révèle comme le "Messie dangereux" et la mémoire en lui, est "une mémoire dangereuse"

Les réflexions théologiques de J. B. Metz ont fortement influencé un document officiel des diocèses d'Allemagne (Würzburg 1971-1975) 15

Le rêve de la pensée désacralisée sur une domination sans limite, dans l'intérêt d'une satisfaction illimitée d'une société manipulée s'est évaporé. L'avenir projeté par les technocrates a nivelé l'homme selon des modèles de vie préfabriqués et cimentés par une rationalité sans pitié. L'homme y apparaît comme un animal rusé, bien adapté aux conditions nouvelles.

Comment penser l'espérance après les massacres d’un pays chrétien ?

Dans une première approche, le circuit de l'espérance pourrait sembler égoïste.

L’espérance profane est une loi certaine d'une vie passée entre naissance et mort.

L'espérance chrétienne efface le soupçon du slogan « l'opium du peuple », elle ne s’appuie pas sur une méditation privée, mais sur la foi en la fidélité de Dieu, malgré les péchés du monde. Les puissances du négatif risquent de la miner de toute part (comment penser l'espérance après Auschwitz ?).

Il ne s'agit pas d'une parole rétrospective à propos d'un jardin où coulent le lait et le miel et dont on rêve avec nostalgie comme d'une enfance irrémédiablement perdue, mais d'une parole prospective instituant une cité, la cité de Dieu et des hommes. Poser un vis-à-vis à l'angoisse, c'est penser la structure de l'espérance non pas simplement comme une structure d’un fantasme. 16

Les hommes, bien qu'ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover.

Laissées à elles-mêmes, les affaires humaines ne peuvent qu'obéir à la loi de la mortalité, la loi la plus sûre, la seule loi certaine d'une vie passée entre naissance et mort.17 C'est la faculté d'agir dans la foi, en accord avec la révélation divine qui interfère avec cette loi, parce qu'elle interrompt l'automatisme inexorable de la vie ordinaire. Elle permet de rappeler constamment que les hommes, bien qu'ils doivent mourir, ne sont pas nés pour mourir, mais pour innover et repartir à l’aide de Dieu après un échec, une rupture.

La Bonne Nouvelle s'oppose à la conception démythifiée de l'homme.

En face de ce système de pensée désacralisée, l'Eglise doit se tourner vers le "Dieu de notre Espérance." Le message de Dieu qu'elle soutient, s'oppose à la conception démystifiée de l'homme qui dessine un être purement dominé par ses désirs et ses passions, un homme sans nostalgie, un être incapable d'être affligé, de déplorer la perte d'un semblable et qui a perdu la disposition de se laisser vraiment consoler. 18

La bonne Nouvelle des chrétiens ouvre dans l'imitation de Jésus une voie pour la liberté qui se fonde sur la liberté de Jésus qui a donné sa vie au Père Céleste. Par-là, Jésus est devenu libre de s'opposer aux préjugés de la société à de ses idoles et de libérer ceux qui sont assujettis par des préjugés et des obsessions de la société démythifiée.

Ayant pris conscience de cette liberté chrétienne, l'Eglise et ses fidèles ont l'obligation de s'orienter et de promouvoir ce processus récent de liberté à l'intérieur de l'Eglise. 19

Le courant vers un monde totalitaire et globalisé est aujourd'hui plus insidieux et puissant à l'arrière-plan, par conséquent plus actuel et efficace. L'omniprésence des médias offre une multitude incroyable d'information. De là résultent les dangers pour une tendance de dénivellation de l'opinion publique.

Le devoir et les possibilités de l'Eglise.

"La seule instance qui peut pacifier le Burundi, c'est l'Eglise Catholique. Il n'y a pas d'autre autorité compétente," disait un ancien Ministre du Burundi au colloque de Bujumbura.20 L'Eglise a de nombreuses possibilités et raisons, de vaincre les provocations de la pensée désacralisée. Une religion qui se fonde sur la foi chrétienne, ne s'inspire pas des réflexions individuelles ou d'une illumination ou méditation privée, mais de la révélation divine.

L'Eglise doit découvrir la culture de la liberté

Elle peut insister sur l'obligation de se plier devant l'instance suprême. Elle peut ainsi exiger l'obéissance et la subordination des fidèles. Il ne s'agit pas d'une obéissance aveugle qui ne respecte plus la liberté. Dans ce sens, les exhortations du synode des diocèses d'Allemagne gardent leur actualité. En face d'un libéralisme abruti. La mémoire de la mort et de la résurrection du Christ que nous fêtons dans l'Eucharistie, met en question tous les systèmes totalitaires inhumains qu'ils soient économiques ou politiques. Etant le centre et le sommet de la vie chrétienne, la célébration eucharistique n'est pas seulement le lieu de la présence du Christ, mais permet aussi la distinction des esprits. Comme le dit G. Greshake,21 la mort et la résurrection de Jésus représentent une liberté accordée gratuitement et offre les critères pour une diagnose de la situation d'une société. Elles nous permettent aussi de faire des propos de thérapie d'origine variée. Il s'agit d'une liberté qui provient d'un savoir donné par Dieu qui promet et garantit un but particulier: une liberté qui oblige au service et qui se rend compte, qu'elle a besoin de la Rédemption.22

Chercher d'abord  le « royaume de Dieu et la justice. »

Ce rôle revient à l'Eglise si elle ne se définit pas uniquement par ses taches sociales, mais par son origine divine. Elle cherchera d'abord « le royaume de Dieu et la justice et tout le reste vous sera donné par surcroît. »23 La logique du sermon sur la montagne n'est peut être dépassée. Avant toute réflexion politique sur la société, c'est Dieu en Jésus Christ, le crucifié et le ressuscité. De là tout le reste nous sera accordé.

Dans l’histoire récente des Eglises d’Europe, les thèmes de réconciliation et de paix ont été souvent au centre des soucis pastoraux :

L’Eglise du Burundi doit réfléchir sur son renouveau après les massacres, comme les Eglises d’Europe après Auschwitz.

Un «concile des Eglises chrétiennes »

En 1934, le théologien protestant Dietrich Bonhoeffer a proposé un « concile des Eglises chrétiennes » pour faire face aux menaces nazies pour la paix mondiale. Il écrit : « Nous nous adresserons à ce monde par une parole ferme et courageuse, une parole chrétienne. Demandons à Dieu de nous donner cette parole. »24 Le 9 avril 1945 D. Bonhoeffer a été exécuté par les nazis au Camp de concentration de Flossenbürg.

En 1939, le théologien catholique Max Josef Metzger, emprisonné par les nazis, écrit au Pape Pie XII que la meilleure réponse aux barbaries nazies était

De convoquer un Concile d’union chrétienne. Il pensait « à convoquer douze personnalités de chaque confession chrétienne à Assise, pour des consultations confidentielles. »25 Comme D. Bonhoeffer, M. J. Metzger a été exécuté par les nazis le 17. Avril 1944.

En 1963, le Pape Jean XIII a publié Pacem in terris pour souligner l’importance de la paix et de la réconciliation dans le monde d’aujourd’hui.

En 1983, le Conseil Général des Eglises Chrétiennes à Vancouver a recommandé à toutes les Eglises de s’engager pour la justice et la paix et de s’opposer à toute forme de répression, pour avancer les efforts pour la paix et la justice.

1985, le philosophe et physicien Carl Friedrich von Weizsäcker a fait l’appel d’organiser un Concile de paix dans le cadre de la 21e Journée de l’Eglise évangélique d’Allemagne.

En 1986, le Pape Jean-Paul II a convoqué à Assise des représentants des Religions du monde afin de prier ensemble pour la paix.

En 1996, à Erfurt, l’assemblée des Eglises chrétiennes a réfléchi sur le thème : « Chercher la réconciliation – gagner la vie.»

En 1997, la rencontre œcuménique des Eglises Européennes s’est penché sur le thème « Réconciliation, don de Dieu et source de vie nouvelle ».

Regard théologique sur les victimes

La théologie évoque l’importance de la réconciliation non pas dans la perspective des agresseurs, mais dans le regard sur les victimes. Le pardon et expiation des souffrances font un ensemble.

Considérer l’aspect d’offense et d’humiliation.

Un nuage noir couvre les enfants et les petits-enfants des victimes. Les déchirures sans mesures et les humiliations des personnes considérées comme sous-hommes envahissent leurs consciences. Dans le renouveau pastoral, il faut considérer cet aspect d’offense et d’humiliation.

Un renouveau chrétien s’impose à la nation entière.

La barbarie du passé ne permet pas de réduire les questions de tort, culpabilité et humiliation à quelques individus. Une conversion, un renouveau chrétien s’impose à des groupes de populations et à la nation entière. Ainsi la réconciliation devient un devoir public qui imposera un changement de la conception du pouvoir, un livre abandon de la domination et du despotisme. 26

Pardon et la réconciliation ne sont pas une restitution de la justice

La pensée aux massacres rappelle aux victimes que le pardon et la réconciliation ne sont pas une restitution de la justice. La violation du droit et de la paix de la société provoque une érosion des sentiments humains. Il faut se soucier d’une punition juste et expiatoire pour éviter l’impression que les événements n’étaient pas une barbarie. 27

Expiation et la réconciliation, plus importantes que le droit et la justice.

La théologie est en mesure de souligner que l’expiation et la réconciliation sont plus importantes que le droit et la justice. Le renouveau chrétien se soucie de la guérison des déchirures humaines et fera ses preuves pour la restitution des sentiments humains.

Libération par le pardon.

Neuf thèmes bibliques à méditer.

Dans son exposé théologique, intitulé « Le pardon rend libre », Geiko Müller-Fahrenholz propose neuf thèmes bibliques qu’il recommande à la méditation de ceux qui réfléchissent aux graves problèmes de violences. 28

1. Esaü et Jacob : Béni est celui qui peut pardonner. Gn 25-33
2. « Et Joseph pleura », Le pardon ne convient pas pour les lâches. Gn 50, 15-21
3. Sodome n’est pas un cas unique. Quand l’offre du pardon est vain. Gn 18-19
4. Retrouvé vivant ! Le pardon ouvre la porte au bonheur. Lc 15, 11-32
5. Combien de fois ? Le pardon ne remplace pas la justice. Mt 18,21-35
6. Les pleurs amers. Pardonner signifie lâcher. Lc 7, 36-50 Mt 26, 75 ; 27,5
7. Pour que la vie puisse continuer : « Pardonne-nous nos péchés, car nous-mêmes remettons à quiconque nous doit. » Lc 11,4
8. Objection contre un pardon facile. « Père, pardonne-leur : ils ne savent ce qu’ils font. » Lc 23,34
9. Faut-il d’abord toujours verser du sang ? Le temps de sacrifices sanglants doit finir. He 9, 22

Notes

1 J. B. Metz, Glaube in Geschichte und Gesellschaft. Mainz 1997
2 Dialektik der Aufklärung. Frankfurt, 1973
3 Cf. Th. R. Peters, J. B. Metz, Theologie des vermißten Gottes. Mainz 1998.
4 Cf. l'enquête de l'ASP.
5 J. B. Metz, Glaube in Geschichte und Gesellschaft. 1977, Mainz
6 Unsere Hoffnung, rapport du synode des diocèses d'Allemagne, Freiburg 1976
7 Ibid. p. 87
8 Ibid. p. 87-89
9 Ibid. 105
10 J. B. Metz, Glaube in Geschichte und Gesellschaft. 1977, Mainz, p. 88
11 J. B. Metz, Unterwegs zu einer nachidealistischen Theologie. 1985, Graz-Wien-Köln. P. 215
12 Ibid. 88
13 Ibid. 215
14 Ibid. 80
15 Unsere Hoffnung, rapport du synode des diocèses d'Allemagne, Freiburg 1976
16 Cf. Marc Crommelinck, Cercle infernal ou dialectique rassurante? Revue d’éthique et de théologie morale. Cerf, 1999 : 20-21
17 Cf. H. ARENDT, Condition de l'homme moderne, Agora, Calmann-Lévy, 1983, p. 313.
18 Unsere Hoffnung. Rapport du synode des diocèses d'Allemagne, Freiburg 1976, p. 87-89
19 Ibid. 106
20 Grand Séminaire de Bujumbura 1998
21 G. Greshake, Geschenkte Freiheit. Freiburg 1981
22 Th. Pröpper, Erlösungsglaube und Freiheitsgeschichte. Eine soteriologische Skizze. München 1985
23 Cf. Mt 6,33
24 D. Bonhoeffer, Werke 6. Band, 1992, 134
25 Die Freiheit beim Wort nennen. Fritz Csoklich zum 70. Geburtstag. Graz-Wien-Köln, p. 138
26 Cf. Geiko Müller-Fahrenholz, Vergebung macht frei. Frankfurt. 1996
27 A. Friedländer, Das Ende der Nacht. Jüdische und christliche Denker nach dem Holocaust. Gütersloh 1995 : 294
28 Frankfurt, Lembeck, 1996 : 87-159