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1.0 Les 170 délégués de la Fédération Biblique Catholique, représentant 70 pays, se sont réunis à l'Université des Sciences et des Techniques de Clearwater Bay, Hong Kong, pour la Vème Assemblée Plénière qui s'est tenue du 2 au l2 juillet 1996. 1.1 Le thème de l'Assemblée était: "La Parole de Dieu, source de vie". Cette rencontre nous a permis de partager nos expériences - riches en leur diversité - des forces de vie mais également de mort à l'oeuvre dans le monde, et de nous dire mutuellement comment la Parole de Dieu et notre ministère de la Parole sont pour nous source de vie. Nous sommes de plus en plus conscients que la justice sociale, la paix et la sauvegarde de la création sont les défis majeurs du monde dans lequel nous vivons. L'exhortation du pape Jean-Paul II dans sa lettre à l'Assemblée nous a grandement encouragés: "Gardez présent au cours de votre prière et de votre travail la quête des hommes et des femmes d'aujourd'hui, cette soif de la vie divine, ce désir ardent de conviction et d'espérance qui habite tant de coeurs humains." De même sa défense passionnée de la dignité de la vie, telle qu'elle s'exprime entre autres dans Evangelium Vitae, nous a conforté dans le choix du thème de notre Assemblée. 1.2 Notre réflexion a porté sur le texte biblique, sur la façon dont il éclaire notre propre expérience et dont il est éclairé par elle. Nous sommes revenus sur la rencontre de Jésus avec la Samaritaine telle que nous la rapporte l'évangile de Jean (Jn 4:1-42). Cet épisode a nourri notre lectio divina quotidienne. Dans cette Déclaration Finale, nous proposons une lecture de ce texte en rapport avec notre ministère des six prochaines années. Notre lecture reflète le contexte asiatique de notre rencontre. Elle est influencée par les traditions de l'Asie qui privilégient la sagesse et l'harmonie et qui enseignent à faire l'expérience de la vie dans les "profondeurs du coeur". 2. "Fatigué du chemin, Jésus était assis au bord du puits. Il était environ midi" (Jn 4:6). 2.1 Notre récit commence vers midi. Une partie de la journée avec ses activités est déjà achevée; une autre, pleine de promesses, reste à vivre. Il ne s'agit que d'une halte dans la vie de Jésus, assez significative cependant pour qu'elle nous parle encore aujourd'hui. En chemin depuis Bogotà, tournés vers l'avenir et pleins d'espérance, nous aussi, nous faisons halte au bord du puits, ici à Hong Kong. La population de Hong Kong, elle, poursuit sa route en réfléchissant sur les chances et les défis que constitue son changement de statut politique à l'orée de ce nouveau millénaire. Nous sommes donc en un lieu favorable pour évaluer la route qu'il nous reste à parcourir dans le domaine de la pastorale biblique, et pour réfléchir sur les défis et les chances qui s'offrent à nous. 2.2 Jésus est assis au bord du puits. Le puits est un lieu de rencontre (cf. Gn 21:22-34; Gn 24:10-27; Gn 26:15-25; Ex 2:16-22). C'est là que les gens se parlent, font le point sur ce qu'ils vivent, construisent l'avenir. C'est là qu'ils partagent leurs difficultés, leurs soif d'harmonie et de paix. Et c'est précisément au puits de Jacob qu'ils font mémoire de leurs ancêtres et de leurs traditions séculaires, celles-là mêmes dont nous héritons. 2.3 Jésus est assis au bord du puits, là où le besoin humain fondamental d'eau, le besoin de se refaire, est assouvi. C'est au puits que nous trouvons l'eau vive qui nous est nécessaire pour accomplir notre pèlerinage en cette vie. 2.4 Cet épisode de la vie de Jésus rejoint tout particulièrement notre expérience ici à Hong Kong. Nous sommes en un lieu où l'Orient et l'Occident se rencontrent, où la sagesse et les traditions séculaires de la Chine côtoient la société marchande et l'urbanisme contemporains. Ici comme dans tant d'autres villes, nous percevons les aspirations de nos contemporains, leur soif de survivre dans un monde où règnent le consumérisme et le gaspillage, leur désir d'une vraie communauté dans un monde qui génère l'isolement et l'aliénation. Alors que la croissance économique est manifeste - il suffit de regarder ces immenses structures de verre et de béton -, nous sommes les témoins de la souffrance engendrée par la cupidité de quelques-uns. Mais nous gardons l'espoir que les bénéfices de cette croissance économique pourront être partagés avec ceux qui en ont le plus besoin. Nous sommes bien conscients, surtout dans le cadre d'une université des Sciences et des Techniques, que les progrès technologiques sont l'expression du don de Dieu à l'intelligence humaine; nous sommes conscients que la technologie peut libérer l'homme de la routine et de pesants fardeaux et qu'en ce sens, elle est pleine de promesses. Mais il faut que, dans ce monde nouveau, la dignité humaine et l'intégrité de la création soient respectées. Plus profondément nous percevons une autre soif, la soif d'une rencontre personnelle et authentique avec le Dieu révélé en Jésus Christ. Fortifiés par l'Esprit de Dieu, nous voulons partager cette expérience de vie. Dans la fournaise d'un monde malade, nous aspirons à la plénitude de la vie que, seul, le Christ-Source peut nous donner. 3. "Si tu savais le don de Dieu" (Jn 4:10) 3.1 En méditant sur cette soif de la vraie vie qui nous habite, nous découvrons que Dieu, l' "ami de la vie" (Sg 11:26), ne cesse de nous en faire le don. Son Esprit créateur est toujours à l'oeuvre dans le monde pour répondre à notre désir, à notre soif de vie, de pain, de sécurité, de liberté, de solidarité. Dieu a écrit et continue d'écrire le livre de la vie sur les pages des différentes cultures et traditions religieuses, dans la vie d'hommes et de femmes ordinaires. 3.2 Mais nous sommes facilement aveugles. Nous ne voyons pas ce que Dieu est en train d'accomplir. Nos yeux doivent s'ouvrir. Nous pouvons en rester à des désirs superficiels et encore trop égocentriques. La Samaritaine commence par vouloir un monde dans lequel elle n'aura plus à venir puiser de l'eau tous les jours. Son désir a besoin, tout comme le nôtre, d'être creusé, purifié. La Parole de Dieu peut nous ouvrir à une compréhension plus profonde de la réalité. Elle peut nous aider à reconnaître la main de Dieu à l'oeuvre dans les merveilles de la création, dans nos luttes communautaires pour la justice et la paix, dans la beauté de la vie humaine. Tout comme la rencontre avec Jésus a été pour la Samaritaine un facteur d'approfondissement et de purification du désir, ainsi en est-il de la Parole de Dieu quand nous nous confrontons à elle: elle purifie nos désirs et les fait accéder à un autre niveau de profondeur, nous aidant à comprendre la volonté de Dieu sur nous: "qu'ils aient la vie en abondance" (Jn 10:10); cette volonté qui "peut faire infiniment au-delà de tout ce que nous pouvons demander ou concevoir" (Ep 3:20). Grâce à la Parole, notre vie, nos attentes nous apparaissent sous un jour nouveau. En retour, ce que nous vivons peut nous conduire à une lecture renouvelée de la Parole de Dieu. 3.3 Cet approfondissement de notre compréhension et de notre désir se fait progressivement. Un tel chemin de conversion est l'affaire de toute une vie. Le regard de la Samaritaine sur Jésus n'a changé que progressivement: elle voit d'abord un Juif qui, à sa grande surprise, lui adresse la parole, puis un éventuel pourvoyeur d'eau, puis un prophète et enfin, le Messie. C'est alors qu'elle pourra le faire découvrir à son peuple comme le Sauveur du monde. Elle ne passe que progressivement d'un désir d'eau au désir d'une source d'eau intarissable, au désir d'une source jaillissante pour la vie éternelle. Elle ne devient disciple et apôtre que progressivement (cf. Mc 8:22-38; Jn 9:141; Jn 11:21-27). C'est ce qui s'est passé pour nous au cours de cette Assemblée Plénière. Nous n'avons accédé que progressivement - par notre écoute, par le partage de nos expériences, par notre lectio - aux profondeurs du mystère de l'amour vivifiant de Dieu. 4. "Je le suis, moi qui te parle" (Jn 4:26) 4.1 Dieu est présent dans la vie, dans l'histoire, dans la culture des hommes "sous maintes formes" (He 1:1). Comment découvrir cette présence et en vivre? Comment lire la Bible pour qu'elle soit source de vie et devienne vraiment la Bonne Nouvelle, surtout pour les pauvres (Lc 4:18)? 4.2 Jésus nous révèle que Dieu est Père. Sa nourriture est de faire la volonté du Père (v 34). Telle est la source de sa mission: "Je ne fais rien de moi-même, mais ce que le Père m'a enseigné, je le dis" (Jn 8:28). C'est pourquoi il voit toutes choses de façon nouvelle et peut déceler la présence de Dieu au coeur de la vie (v 35). Il est le don que Dieu nous fait, la source d'eau vive (v 10). Dans sa vie, dans tout ce qu'il dit et fait, il nous révèle le visage de Dieu. "Qui m'a vu a vu le Père" (Jn 14:9). n est celui qui nous fait découvrir le chemin conduisant à la source de vie. 4.3 Jésus partage la culture et les traditions de son peuple (v 22). Mais son sens aigu de la présence et de la paternité de Dieu lui donne une liberté par rapport aux lois et aux coutumes qui vont à l'encontre de la vie et de la solidarité entre frères et soeurs. C'est ainsi qu'il traverse la Samarie; qu'homme, il parle ouvertement à une femme; que Juif, il se montre bienveillant avec une Samaritaine et instaure avec elle un dialogue respectueux; qu'il demeure deux jours chez les Samaritains sans se laisser arrêter par des considérations de pureté rituelle. 4.4 La présence de Dieu lui donne d'autres yeux pour lire la Bible, pour y découvrir des significations nouvelles (vv 20-24), pour envisager autrement les réalités de la vie (v 35). Il peut discerner une source de vie chez des gens considérés comme hérétiques par ses contemporains et leur faire découvrir le don de Dieu dans leur propre vie (v 14). 4.5 En demeurant avec les Samaritains et en partageant leur quotidien, Jésus révèle le visage de Dieu. Il permet également à chacun de découvrir son propre visage, son identité spécifique, ses capacités personnelles pour travailler avec d'autres à l'avènement d'une vie meilleure. En accueillant Jésus, le Juif, la communauté Samaritaine se révèle prête à combler le fossé qui la sépare des Juifs. 4.6 Le chemin que Jésus nous montre comme étant celui qui conduit à la source de vie est un chemin difficile. On y est en butte à la contradiction. Aujourd'hui, il implique d'affronter le conflit qui oppose une culture de la mort et des communautés voulant vivre de l'amour vivifiant. Il ne s'agit pas d'un chemin tranquille. Jésus, lui-même, en fait l'expérience avec la Samaritaine (cf. 4:4. 11-13. 15. 17.19-20). Mais c'est là que Jésus se révèle comme le Messie qui comble les attentes de son peuple (v 26). Et c'est en vivant avec lui que les Samaritains découvrent qu'il est vraiment le "Sauveur du monde" (v 42). 5. "... ce n'est ni sur cette montagne, ni à Jérusalem" (Jn 4:21) 5.1 Jésus et la Samaritaine parlent du lieu où Dieu est adoré en vérité. C'est un dialogue qui amène à traverser, à transcender, les frontières qui séparent - les cultures et les religions (v 9) - l'homme et la femme (v 27) - ceux qui ont le pouvoir de ... et ceux qui ne l'ont pas(v 7). Ce dialogue a lieu à la faveur d'une rencontre entre Jésus - affamé, assoiffé et fatigué (cf. 4:4.6.8) - et la femme - assoiffée de vie (v 15). Il a lieu autour du puits qui appartient à la réalité quotidienne. C'est un dialogue de foi au cours duquel les partenaires font d'abord l'expérience des difficultés, des malentendus, mais grâce auquel ils sont conduits, de par leur écoute réciproque, à des profondeurs toujours nouvelles. 5.2 Il ressort clairement de ce dialogue que le monde et la vie quotidienne sont le lieu où Dieu est adoré "en esprit et en vérité" (v 23) et où il se révèle comme le Messie. Cette adoration n'est pas réservée à certains lieux ou temps privilégiés. Ce qui est maintenant fondamental, c'est de vivre dans l'esprit de Jésus, au service de la vérité; une attitude qui s'incarne dans la pratique de la justice, dans la solidarité entre frères et soeurs, dans la compassion pour les pauvres et les affligés (1 Jn 4:20). Cette vie nouvelle se caractérise par l'attention à la volonté de Dieu révélée à son peuple, en conformité avec ce que Jésus lui-même a vécu (v 34) et que 1'Esprit ne cesse de nous remettre en mémoire ( Jn 14:26). 5.3 Une pastorale inspirée par la Bible et fondée sur la Bible a beaucoup à apprendre de cette rencontre et de ce dialogue qui transcendent les frontières. 5.3.1 La pastorale biblique est dialoguale. Il s'agit d'être attentifs aux réalismes des situations dans lesquelles nous vivons, d'être attentifs au désir de vie qui habite tout homme, d'être prêts à écouter et à respecter ceux avec qui nous entrons en dialogue. 5.3.2 Il nous faut apprendre que Dieu peut être rencontré de façon totalement inattendue et en des lieux inaccoutumés, chez des gens qui ont une autre religion ou qui n'en ont pas, en dehors des églises, des temps et des espaces sacrés, dans toutes les activités qui ont pour but un service authentique du prochain, individuel ou collectif. 5.3.3 Beaucoup d'hommes doivent lutter pour survivre; telle est leur réalité quotidienne. D'autres goûtent les fruits de la liberté après des années d'oppression et découvrent les nouveaux défis de cette liberté. Beaucoup d'autres encore vivent dans un monde sécularisé, entré dans l'ère de la postmodernité. Mais dans tous ces contextes chacun aspire à faire, au coeur de ce monde, une expérience du divin. Voilà pourquoi la pastorale biblique ne peut rester l'affaire de quelques-uns, un apostolat enclos dans les limites de la communauté ecclésiale. La Bonne Nouvelle doit entrer en dialogue avec tous les domaines de la vie de telle sorte que des femrnes, des hommes puissent expérimenter et témoigner que la présence de Dieu, manifestée en Jésus Christ, est source de salut, de libération, de paix et de réconciliation pour le monde entier. 5.3.4 Ce salut et cette libération, cette paix et cette réconciliation ne pourront advenir qu'à condition de surmonter deux tendances: celle de maintes cultures et traditions (même chrétiennes) qui consiste à n'attribuer de valeur à une personne qu'en fonction de son sexe, de sa race, de sa religion, de sa culture, de son statut social ou de son pouvoir; et celle de partager le monde entre bons et méchants, partisans et adversaires de Dieu. 5.3.5 Cette attitude de dialogue, de réceptivité, d'empathie pour 'l'autre" - personnes ayant une autre culture, une autre foi, une autre vision du monde - est parfaitement incompatible avec une quelconque arrogance religieuse, avec une lecture fondamentaliste de la Bible. L'étroitesse de vue" des fondamentalismes a été ouvertement condamnée (Commission Biblique Pontificale, L'interprétation de la Bible dans l'Église). 6. "Tels sont les vrais adorateurs que cherche le Père" (Jn 4:23) 6.1 Le désir de Dieu de nous donner la vie dépasse infiniment notre propre désir, aussi intense soit-il. L'avancée de l'humanité à la rencontre de Dieu est aussi l'avancée de Dieu à notre rencontre. Notre désir de la vraie vie rencontre le désir de Dieu qui veut de vrais adorateurs. 6.2 Dieu, "l'ami de la vie" (Sg 11:26), "s'avance de façon très aimante à la rencontre de ses fils et de ses filles et engage conversation avec eux" (DV 21), désirant leur communiquer la vie divine par Jésus Christ qui est présent là où deux ou trois sont rassemblés en son nom. 6.3 Ce Dieu qui donne la vie et fait les premiers pas, nous le contemplons à l'oeuvre en Jésus quand il rencontre la Samaritaine, parle à son coeur, pénètre dans l'intime de sa vie, la tourne vers le Père, l'ouvre à lui et l'introduit dans l'infini de l'adoration en esprit et en vérité. 6.4 Nous donner la vie est pour Jésus une nourriture, la raison de son "être" dans le monde: "Ma nourriture est de faire la volonté de celui qui m'a envoyé et d'accomplir son œuvre" (v 34); "Oui, c'est la volonté de mon Père que quiconque voit le Fils et croit en lui ait la vie éternelle et que je le ressuscite au dernier jour" ( Jn 6:40); "Je suis venu pour que les hommes aient la vie et qu'ils l'aient en abondance" (Jn 10:10).. 6.5 C'est à travers sa parole que Jésus poursuit son "oeuvre" aujourd'hui. Cette parole n'est pas lettre morte. Elle a sa vie propre. Ce n'est pas d'abord le lecteur qui analyse, explique et découvre la signification du texte. C'est le texte lui-même qui éclaire et dévoile la vérité qu'il recèle. Cette attitude de respect devant une parole vivante est en profonde consonance avec les traditions culturelles de l'Asie. Elle suppose un effort pour écouter Dieu et la conscience que Dieu brûle d'entrer en conversation avec nous. 6.6 C'est ainsi que le lecteur accède à un émerveillement plein de gratitude et à une sincère humilité, qu'il s'ouvre à l'inattendu de Dieu et à la louange. C'est ainsi qu'il est prêt à s'immerger dans l'infini et à découvrir le cœur de Dieu grâce à sa parole, qu'il peut se laisser saisir par la plénitude de la vie, une vie qui consiste à marcher dans la lumière et dans l'amour. 7. "Nous croyons maintenant... car nous l'avons entendu nous-mêmes" (Jn 4:42) 7.1 La rencontre entre Jésus et la Samaritaine déborde la sphère du dialogue intime. Elle renvoie la femme à sa communauté et débouche sur une rencontre, un partage de vie entre une communauté samaritaine et une communauté juive. 7.2 D'une façon qui peut être surprenante et même choquante, le quatrième évangile présente une femme (dont le témoignage est sans valeur selon la tradition) comme premier destinataire de la révélation que Jésus fait de son identité messianique. Et il va encore plus loin en faisant de cette femme, avec sa triste histoire, l'apôtre de sa communauté. En incitant les membres de sa communauté à "venir voir", elle poursuit la mission de Jésus que nous voyons, quelques chapitres auparavant, en train d'inviter ses disciples à "venir et à voir" (Jn 1:39). 7.3 Mais ensuite la femme s'efface. Elle accepte de diminuer pour qu'il puisse croître (Jn 3:30). Elle ne se contente pas de transmettre l'expérience qu'elle a faite de Jésus, mais elle permet aux autres de faire eux-mêmes cette expérience. C'est alors qu'ils accèdent à une compréhension plus profonde et plus large: Jésus est vraiment le "Sauveur du monde" (v 42). 7.4 Cette expérience et cette compréhension n'ont pas un caractère immédiat. Il faut deux jours, deux jours durant lesquels le partage ne se situe plus uniquement au niveau des paroles mais de la vie. 7.5 En matière de pastorale biblique, les implications sont les suivantes: - hommes et femmes ensemble, nous sommes appelés à devenir apôtres, à inviter les autres à "venir et à voir" - "ce n'est pas nous que nous prêchons, mais le Christ Jésus" (2 Co 4:5) - pour nous engager dans un dialogue authentique, nous ne devons pas en rester à un simple échange verbal, mais partager la réalité quotidienne des autres - dans ce type de dialogue nous sommes à la fois enseignés et enseignants - à l'occasion d'un tel dialogue, nous espérons rencontrer l'autre et ensemble rencontrer Jésus pour découvrir qu'il est le Sauveur donnant la vie au monde. 8. "Levez les yeux et voyez: les champs sont blancs pour la moisson" (Jn 4:35) 8.0 Nous avons vraiment compris la nature de notre mission à la lecture de ce récit qui met en scène Jésus et la Samaritaine. Nos esprits, nos cœurs, nos imaginations ont été touchés. Mais il nous faut passer à l'action si nous voulons que cette perception devienne réalité dans les six années à venir. C'est pourquoi nous avons pris les engagements suivants concernant notre mission de transmettre la Parole du Dieu de vie: 8.1 Les engagements pris par la Fédération Biblique Catholique sont les suivants: 8.1.1 développer encore le processus de régionalisation en cours depuis l'Assemblée de Bogotà et chercher activement à mettre en place de nouveaux modes de communication 8.1.2 approfondir la réflexion sur la lecture contextuelle de la Bible et sur tout ce qui touche à l'herméneutique 8.1.3 susciter un Synode des évêques sur la Parole de Dieu qui soit plus particulièrement centré sur la réception du chapitre VI de Dei Verbum et participer, par le biais du Comité Exécutif et des coordinateurs (sous) régionaux, au travail préparatoire de ce Synode en élaborant un document sur "Le rôle de la Bible et de la pastorale biblique dans l'Église" 8.1.4 établir des relations plus étroites avec d'autres groupes dont le travail est en lien (ou pourrait l'être) avec la Bible, par exemple: les instituts de liturgie, les centres de formation à la catéchèse et à la pastorale, les commissions qui travaillent pour la justice, la paix, la protection de la création 8.1.5 chercher de nouvelles possibilités de collaboration avec la Commission Biblique Pontificale 8.1.6 entrer en relation avec les groupes qui sont officiellement chargés, à l'échelle nationale ou locale, de préparer la célébration religieuse du Troisième Millénaire 8.1.7 travailler activement à l'annulation de la dette internationale à l'occasion de l'An 2000, pour que cette année soit vraiment une année jubilaire et que les opprimés puissent être libérés de leur fardeau 8.1.8 promouvoir la participation des femmes dans toutes les activités de la Fédération et développer l'usage du langage inclusif dans tous ses travaux 8.1.9 entrer en contact, par l'intermédiaire du Comité Exécutif et/ou du Secrétariat Général, avec les autorités ecclésiastiques compétentes pour que le cursus des séminaires et des facultés ecclésiastiques inclut des cours sur "La lecture de la Bible dans l'Église" (comprenant une approche historique, herméneutique et pastorale) et sur les cultures, religions et philosophies non-chrétiennes en vue d'un dialogue profond entre celles-ci et le message biblique  8.1.10 entrer en contact, par l'intermédiaire du Comité Exécutif et/ou du Secrétariat Général, avec les autorités compétentes pour participer à la révision du lectionnaire. 8.2 Les engagements pris par chacun des membres de la Fédération sont les suivants: 8.2.1 poursuivre l'étude de la Déclaration Finale de Bogotà et du document de la Commission Biblique Pontificale sur L'interprétation de la Bible dans l'Église en vue d'une mise en application des intuitions fondamentales de ces documents dans leurs différents contextes de travail 8.2.2 être particulièrement attentifs à ce qui relève de l'exégèse biblique dans les sessions ou rencontres auxquelles ils participent: il s'agit de mettre en évidence comment l'exégèse scientifique et la sagesse pastorale peuvent s enrichir mutuellement 8.2.3 donner la priorité à la formation pastorale biblique des laïcs et du clergé. Les programmes de cette formation devront 8.2.3.1 fournir des bases exégétiques solides 8.2.3.2 ne pas se confiner dans un univers purement scolaire mais favoriser les expériences qui préparent au "dialogue de vie" avec les autres cultures et traditions religieuses, avec les pauvres et les marginaux 8.2.4 s'efforcer, en ce qui concerne la célébration liturgique de la Parole de Dieu et la catéchèse, de développer ce qui existe déjà et susciter de nouvelles modalités en étant toujours attentifs à faire le lien entre la Bible, la vie, la liturgie et la catéchèse 8.2.5 promouvoir un style de prédication qui tienne compte du témoignage de la communauté quant à son expérience de la Parole de Dieu comme source de vie 8.2.6 entrer en relation avec le monde des jeunes pour que la Parole de Dieu devienne une source de vie les rejoignant dans leurs espoirs et dans leurs doutes 8.2.7 faire un plus grand usage des moyens de communication modernes: vidéo, base de données, Internet 8.2.8 faire une étude systématique de tous les Actes de cette Assemblée Plénière: textes des communications principales, exposés thématiques sur les contextes de la lecture biblique, comptes-rendus d'atelier, Déclaration Finale, et mettre en application les orientations fondamentales de ces documents dans leur travail pastoral 8.3 Ces engagements sont nombreux et touchent des domaines variés, mais ils expriment notre certitude que la moisson peut vraiment être abondante. À notre époque, les souffrances du monde et les défis que l'Église se doit de relever sont manifestes. Pour nous dont l'espérance est vivifiée par ce verset du quatrième évangile: "Ne dites-vous pas: encore quatre mois et ce sera la moisson, mais regardez autour de vous, les champs sont blancs pour la moisson" (Jn 4:35), ces défis sont des appels à l'engagement et à la créativité.
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