Consultation 1998 de Nairobi
Pour une reponse mieux coordonnee a la crise des populations deracinnes en Afrique
Nairobi, 24-28 août 1998
DECLARATION FINALE


Introduction

1. Nous, évêques, prêtres engagés dans la formation dans les séminaires et dans les secrétariats des épiscopats nationaux, représentants des ONGs catholiques, étudiants universitaires et autres agents pastoraux de l'ACEAC, ACERAC et AMECEA, représentants du Conseil Pontifical de la Pastorale pour les Migrants et les Personnes en Déplacement, qui sommes réunis en cette Consultation à Nairobi (Kenya), du 24 au 28 août 1998, venons d'avoir une série d'ateliers et de discussions sur la pastorale des populations déracinées en Afrique et désirons présenter la Déclaration reportée dans ces quelques pages. Nous avons été intéressés par la lecture des Actes des deux Consultations précédentes qui se sont tenues cette année à Maputo et à Yopougon, et nous considerons que la présente Déclaration constitue la continuation de la ligne de réflexion commencée dans ces rencontres.

2. Nous éprouvons une inquiétude profonde devant les courants qui se déployent sous nos yeux dans une grande partie de l'Afrique. Nous constatons une militarisation de la politique et une diffusion de la guerre à travers de nombreux pays de notre continent. Ces guerres engendrent de nouvelles vagues de réfugiés et de personnes en déplacement chaque semaine. Ne bénéficiant d'aucune protection, ces réfugiés vivent dans des situations précaires dans les régions où ils ont trouvé refuge. Ils sont souvent harcelés, arrêtés et rapatriés par la force. Nous reconnaissons que la crise des réfugiés et des demandeurs d'asile constitue l'un des signes des temps qui, avec le plus de clarté, exige une réponse pastorale. Les dimensions de cette nécessité pastorale sont aussi bien matérielles et psychologiques que spirituelles.

3. Il faut déplorer que les événements politiques mêmes qui se produisent actuellement et entraîne de nouvelles vagues de réfugiés ont provoqué des difficultés pour certains des invités à notre Consultation. C'est pourquoi le nombre des participants à la présente rencontre est inférieur à celui des deux autres précédentes, à Maputo et à Yopougon. Ce qui a fixé des limites à l'envergure de la discussion pendant la Consultation. En outre, nous sommes conscients et impressionnés de la profondeur de la réflexion mise à notre disposition par les Conférences antérieures. En conséquence, nos commentaires dans la présente Déclaration seront basés sur les quatre points qui ont été mis en évidence dans ces Conférences. Ils constitueront un approfondissement et une spécification de certains aspects de ces points. Par conséquent, à certains égards nous développerons ultérieurement les idées soulignées dans les Conférences antérieures.

I. Premier Point des Consultations précédentes

Formation des experts en pastorale de la mobilité humaine : que des agents pastoraux bien choisis fassent les études nécessaires pour devenir des experts en mobilité humaine forcée et ainsi soient en mesure de contribuer à la formulation des plans pastoraux concernant la mobilité humaine.

1. Nous soulignons ce point avec insistance. Nous reconnaissons l'importance de nombreuses différentes sciences sociales pour comprendre les causes de la crise des réfugiés. L'anthropologie est l'une des sciences sociales liées à ces problèmes. Au sein de cette discipline, nous encourageons l'étude de l'ethnicité. Une telle étude devra inclure à la fois l'appréciation de l'immense richesse que l'identité ethnique apporte aux Africains, et le degré où cette question joue un rôle dans les conflits en acte dans nos pays. Outre l'anthropologie, nous voulons souligner l'importance d'une compétence pour le soutien psychologique ou spirituelle. Nombreux sont les réfugiés qui sont traumatisés et ont besoin d'être aidés pour affronter les conséquences psychologiques et spirituelles des chocs qu'ils ont subis. On doit former les agents pastoraux dans ces domaines, de même que dans le domaine de l'analyse de la situation politique plus largement. Enfin, nous encourageons les efforts de l'Eglise dans le dialogue avec les personnes impliquées dans les conflits qui engendrent des courants de réfugiés.

2. Nous soulignons l'importance de l'expression "bien choisis" employée ci-dessus. Les agents choisis pour approfondir des études spécialisées dans le domaine des réfugiés devront avoir fait preuve de leur compétence au plan pastoral dans leur activité au milieu des réfugiés, de même que de leur acuité intellectuelle pour entreprendre de telles études rigoureuses.

II. Second Point des Consultations précédentes

Modification des programmes de formation de base : que les professeurs des grands séminaires et les formateurs des instituts religieux fassent des changements appropriés dans le contenu des programmes de formation selon les recommandations du Saint-Siège.

1. Nous voulons à nouveau réaffirmer cette déclaration. Nous reconnaissons les commentaires valables des Consultations antérieures à propos de la façon dont l'enseignement de la Théologie pastorale devra être influencée par le souci pour la crise des réfugiés. Nous voulons mettre l'accent sur ce que le mot "modification" utilisé dans la citation précédente est plus approprié que le mot "changement" pour ce qui est de nos propositions pour les programmes de formation. A propos de l'enseignement de la Théologie pastorale, nous n'avons que très peu de commentaires à ajouter.

2. Nous suggérons que les enseignants de Théologie pastorale gardent à l'esprit que les réfugiés officiellement recensés ne sont pas seulement les seules personnes déracinées qui ont besoin d'une pastorale. Nous prenons note du phénomème des populations déplacées dans leur propre pays, en particulier en Afrique centrale et de l'est. Nous avons aussi conscience du dilemme que posent les demandeurs d'asile, qui ne sont pas officiellement enregistrés, mais qui ont de bonnes raisons de ne pas rester dans leurs pays. Enfin, nous prenons également note qu'il existe d'autres catégories de personnes en déplacement qui ne sont pas forcément déracinées. Un exemple en est le nombre important de travailleurs émigrés dans, pratiquement, tous les pays d'Afrique. Toutefois, dans cette Rencontre, notre premier souci est pour les personnes qui se trouvent déracinées par la force.

3. Nous tenons à rappeler aux enseignants de Théologie pastorale que les agents pastoraux doivent se considérer comme "travaillant avec" les personnes déracinées et non seulement "pour" elles. L'une des plus grandes injustices commises à l'égard de celles-ci est qu'elles ont été traitées comme des objets et ont souvent été soumises à la violence. Il est d'une importance capitale pour la personne déracinée de pouvoir redevenir un sujet capable de décider de son propre destin. La pastorale des personnes déracinées doit s'attacher à ne pas les traiter comme de simples objets - même simplement de notre charité. Au contraire, notre pastorale doit être motivée par la conviction que chaque individu est créé à l'image de Dieu et est capable de s'aider lui-même. Ce qui doit caractériser nos actions envers les personnes déracinées, c'est de les aider à s'aider elles-mêmes, et de collaborer effectivement avec la communauté qui les reçoit.

4. Nous pensons qu'il est important de refléchir sur la façon dont le souci pour les réfugiées et personnes en déplacement doit influencer le curriculum des séminaires dans son ensemble. Nous soulignons les vastes possibilités qu'ont les enseignants d'Ecriture, de Théologie systématique, de Théologie morale, etc. quant aux thèmes qu'ils choisissent de mettre en valeur. Nous insistons sur le principe que les enseignants de ces matières doivent établir un dialogue avec les théologiens pastoraux, afin de savoir quels sont les thèmes qu'il convient de mettre en avant. Dans le cas de l'Afrique, nous en appelons aux enseignants de toutes les matières afin qu'ils considèrent la manière dont la crise des personnes réfugiées et en déplacement peut influencer le contenu de leurs leçons. Dans l'annexe à la présente Déclaration, nous offront une esquisse de comment certaines disciplines centrales du curriculum de théologie peuvent être influencées. Nous soulignons ces idées simplement à titre d'exemple de la façon dont ce principe peut être appliqué. Nous notons au passage que, dans les documents des Consultations précédentes, de nombreux et riches efforts ont été faits pour appliquer des thèmes théologiques de l'Ecriture et de la Tradition au problème des réfugiés et des personnes en déplacement. En outre, l'annexe à cette Déclaration constitue, en partie, un effort pour expliciter que la manière de "faire de la théologie" telle qu'elle est présentée dans ces documents antérieurs comporte des implications sur la façon dont la théologie est enseignée dans nos séminaires.

5. Le point 2 ci-dessus touchant principalement la formation dans les séminaires, nous saisissons l'occasion pour souligner combien est importante la formation des agents et des fidèles laïcs dans le contexte du souci pour les personnes déracinées. Nous proposons en outre que l'Eglise offre une formation en doctrine sociale de l'Eglise et sur la spiritualité de la non-violence, etc. aux personnes intéressées. Les moyens pour une telle formation peuvent inclure des séminaires, des conférences et des ateliers. De même, lorsque se réunissent des rencontres internationales comme à laquelle nous participons, nous recommandons que leurs Actes et leurs résultats soient communiqués clairement par l'intermédiaire des structures diocésaines et autres. Nous rappelons à tous qu'aujourd'hui, en Afrique, de nombreuses personnes risquent de devenir, un jour ou l'autre, un réfugié ou une personne en déplacement forcé.

III. Troisième Point des Consultations précédentes

Expériences pastorales accompagnées : que les programmes de formation ecclésiastique incluent des activités pastorales directes parmi des réfugiés et qu'elles soient accompagnées par des experts en pastorale des personnes déracinées.

1. Une fois encore, nous soutenons énergiquement cette proposition. Nous notons que les séminaristes ont des occasions d'insertion pastorale pendant l'année académique mais aussi, plus intensément, pendant la longue pause qui suit cette année. Nous en appelons aux recteurs, aux évêques et aux supérieurs religieux pour que soient trouvées des opportunités pastorales pour ces étudiants afin qu'ils puissent travailler avec les personnes déracinées. Nous encourageons les formateurs à superviser cette activité en visitant les étudiants au travail. Nous encourageons également la pratique consistant à intégrer une réflexion sur de telles expériences pastorales dans les leçons de théologie pastorale du curriculum académique.

2. Nous demandons que, sous la direction des recteurs des séminaires nationaux et en consultation avec les autorités ecclésiales compétentes, les enseignants engagés dans la formation au sein des séminaires en Afrique centrale et de l'est organisent un réseau de directeurs pastoraux avec les autres instituts de formation afin de partager les expériences et d'établir les priorités au vu de l'activité pastorale entreprise. Nous souhaitons que le travail avec les réfugiés occupe une place primordiale dans ces priorités.

3. Nous notons que les "expériences pastorales accompagnées" peuvent être étendues à d'autres personnes qu'aux seuls séminaristes. Nous avons apprécié les suggestions présentées dans les documents précédents sur ce que les groupes de religieux et de laïcs soient entraînés au niveau de la paroisse et du diocèse afin de pouvoir aider et accueillir les personnes réfugiées et en déplacement. Nous soulignons l'importance d'offrir une telle formation à tous les agents pastoraux. Elle offre une préparation indispensable pour ce travail difficile et parfois ingrat. Il faut comprendre que les personnes déracinées ont traversé de telles expériences douloureuses que travailler avec elles peut poser certains défis particuliers.

IV. Quatrième Point des Consultations précédentes

Réseau pastoral : que les Eglises locales s'organisent, par un réseau de solidarité pastorale comme Pasteurs sans Frontières, pour offrir leurs agents pastoraux et leur compétence aux Eglises locales qui se trouvent dans des situations d'urgence à cause de la mobilité forcée.

1. Nous remarquons que le projet de créer un programme "Pasteurs sans Frontières" a très bien été mis en évidence par les Consultions antérieures. Mais nous notons cependant avec regret que le défi consistant à reprendre cette idée et à la mettre en application n'a pas été relevé pleinement. Nous admirons les nombreux cas où les prêtres et les religieux sont devenus eux-mêmes des réfugiés. Dans nombre de situations, ces hommes et ces femmes se sont enfuis au-delà des frontières avec leurs troupeaux et ont continué, en exil, d'exercer leur ministère auprès d'eux. Nous saluons respectueusement toutes ces personnes. Toutefois, nous sommes également conscients de certains cas où une telle générosité ne s'est pas vérifiée. Ce qui soulève des questions quant à la formation que nous proposons à nos futures prêtres et religieux. Nous notons l'appel que le Saint-Père Paul VI avait lancé aux Africains, de devenir missionnaires d'eux-mêmes. Nous encourageons les formateurs dans les séminaires à essayer de stimuler, chez leurs étudiants, le zèle missionnaire qui leur permettra d'assumer leur ministère auprès des personnes en mobilité.

2. Nous soulignons que des réseaux peuvent aussi être créés au niveau de l'information. Certains participants à cette Consultation ont dit d'avoir été enrichis par les rapports présentés à propos des échecs et des réussites des participants qui ont essayé de travailler avec les personnes réfugiés et en déplacement. Nous suggérons qu'un type de réseau informatif soit instauré ; les participants pourraient peut-être comprendre des membres des Conférences épiscopales, des Conférences de religieux et religieuses et d'autres groupes ecclésiaux. Ces réseaux pourraient partager leurs expériences de travail au niveau local pour accueillir les personnes en mobilité.

3. Nous voulons aussi souligner que notre réseau ne devra pas se limiter aux seules communications au sein du milieu catholique. La solidarité pastorale organique demandée par le Synode africain ne doit pas être comprise comme s'adressant uniquement aux catholiques. Nous notons l'existence d'un grand nombre d'autres organisations chrétiennes, basées sur la foi ou d'un esprit identique qui, de bien d'autres façons, travaillent auprès des personnes déracinées. Nous tenons à mettre l'accent sur la valeur qu'a la coopération avec ces églises, ces agences ou ces institutions religieuses. Nous soulignons que, sous certains aspects, au cours de la dernière décennie, l'Eglise catholique n'a pas toujours été assez rapide pour se structurer en réseau afin de répondre aux problèmes des personnes déracinées,. Nous pensons que nous pourrons être plus utiles à nos frères et nos soeurs déracinées, et plus efficaces avec les ressources dont nous disposons, si nous nous joignons à d'autres églises et organisations basées sur la foi ou d'un esprit identique.

4. Les deux dernières propositions que nous présentons ici se rapportent à un sujet qui n'a pas été discuté dans les documents des Consultations précédentes. Il s'agit des réseaux entre les évêques. Nous proposons que les évêques des diocèses que les chrétiens ont dû quitter soient encouragés à visiter leurs troupeaux en exil. Nous recommandons également qu'ils se rendent auprès de l'Ordinaire du diocèse où vivent maintenant les personnes déracinées afin d'échanger avec lui les expériences pastorales. Nous prenons note de ce qu'il y a déjà de beaux exemples de cela dans divers pays déchirés par la guerre. Ceci dit, nous reconnaissons que les sensibilités politiques des gouvernements rendent parfois ces visites irréalisables.

5. Une proposition qui se rapporte à ce qui vient juste d'être mentionné est que les Conférences épiscopales des pays hébergeant un grand nombre de réfugiés se rencontrent pour pouvoir coordonner des réponses pastorales à de telles situations. Nous notons que quelque chose de semblable a été réalisé lorsque des évêques représentant l'AMECEA ont visité les évêques du Rwanda et du Burundi. Nous encourageons ces exemples à se multiplier et remarquons que de tels contacts peuvent constituer un premier pas vers la multiplication de ce qui a été appelé le réseau "Pasteurs sans Frontières".

NOTES

  1. Ces quatre points nous ont été remis dans le Document 7 de la documentation remise aux participants de la Consultation avant la rencontre. Ce Document constitue un résumé des points clé issus des rencontres précédentes et il a été élaboré par les organisateurs de la Consultation de Nairobi.
  2. Allocution aux Evêques d'Afrique, Kampala (Ouganda), 1969.

A N N E X E

SOUCI POUR LES PERSONNES DERACINEES ET PRINCPALES LEÇONS EN THEOLOGIE

Un point de départ pour la réflexion qui suit réside dans la déclaration suivante de la Congrégation de l'Education catholique :

Sans parler dans le cas spécifique de la mobilité humaine d'une dimension théologique proprement dite, on devra toutefois insister sur l'inspiration pastorale qui doit imprégner la formation tout entière . . . Plutôt que de souhaiter la création d'un cours spécial ou d'une discipline auxiliaire, on devrait recommander une coordination et une plus grande sensibilité des diverses disciplines théologiques plus directement interessées par le phénomène de la mobilité . . . Cela constitue évidemment une responsabilité importante du Préfet des Etudes, qui devra être à la hauteur de sa mission, tant du point de vue scientifique qu'à celui de l'organisation1.

Les membres de la Consultation de Nairobi sont convaincus de l'importance d'une telle déclaration. Nous estimons que tous les membres des facultés, des séminaires et des collèges de théologie doivent établir un dialogue avec les théologiens pastoraux qui font partie de leur corps enseignant. Cela les aidera à choisir les accents à donner à leurs cours pour répondre aux signes des temps. En Afrique, peu de signes des temps sont aussi clairement évidents que les problèmes des personnes déracinées et les situations de conflit politique qui les ont contraintes à quitter leurs toits. Pour encourager un tel dialogue, nous soulignons ci-après quelques idées quant à la façon dont divers cours du curriculum de théologie peuvent englober un souci pour les personnes déracinées et en déplacement.

1. L'Ancien Testament est une source riche en narration de situations semblables à celles des personnes déracinées en Afrique aujourd'hui. Tout d'abord, et surtout, les juifs se considèrent comme le peuple de l'Exode - un peuple de réfugiés, fuyant la persécution. Les Ecritures juives sont pleines du sentiment d'émerveillement de ce que Dieu a choisi de privilégier un peuple si faible et si insignifiant dans le contexte mondial. Pendant le temps de l'Exil, les Israëlites sont à nouveau devenus un peuple déraciné. Plutôt que de détruire leur identité, c'est devenu, pour eux, une occasion d'approfondir leur rapport avec Yahvé et de reconnaître la place spéciale qu'occupe le pauvre "anawhim" aux yeux de Dieu. Le processus de rapatriement après l'Exil, repris par les prophètes plus récents et par les Livres de la Sagesse, est rempli de parallèles avec les peuples qui veulent être rapatriés aujourd'hui. Le développement de la littérature de l'Apocalypse dans la période plus récente de l'Ancien Testament a permis aux juifs d'exprimer une nouvelle espérance en la bonté de Yahvé. Au lieu de placer toutes leurs attentes dans cette période, la loyauté à leur religion pourrait être basée sur la confiance dans la réparation dans un temps à venir.

2. La figure du Christ se trouve révélée dans le Nouveau Testament comme signification ultime de l'existence humaine. En grande partie comme les réfugiés, le Christ a été incompris et rejeté par les puissances de notre monde. Et il fut toutefois celui qui, en étant rejeté, a vaincu la souffrance et la mort. Dans le Nouveau Testament, on trouve de nombreuses occasions de rapporter le message du Christ à la crise des réfugiés. Notre groupe s'est principalement attaché à l'Evangile selon saint Luc qui offre une théologie soulignant le rôle des pauvres dans le plan salvifique de Dieu. De même, dans Luc, il existe aussi un universalisme qui met en évidence que la Bonne Nouvelle de Dieu est destinée à toutes les nations. Ce message s'oppose aux motivations nationalistes et égocentriques qui sont souvent à l'origine des déplacements de populations et des courants de réfugiés. Il offre également une vision de la convergence de toutes les religions dans le Christ. De la même manière, il contredit le type d'oppression religieuse qui constitue aussi un facteur de déracinement pour les Africains.

3. En Théologie fondamentale, on parle de l'orientation fondamentale de la personne humaine à la solidarité dans la communauté humaine et à la solidarité avec Dieu. Ici, l'accent peut être mis sur la culpabilité des structures qui déracinent les personnes et sur l'obligation qu'ont les communautés recevant les personnes déracinées à étendre leur solidarité à celles-ci.

4. La christologie peut élargir et approfondir de nombreux aperçus bibliques à propos du mystère salvifique du Christ. L'incarnation peut être expliquée comme Dieu devenant l'"invité" de l'humanité. Accepter ce qui nous est étranger et nous y unir, c'est là un caractère central du christianisme. Le Christ peut également être compris dans des images prises dans la tradition africaine. L'image du Christ en tant qu'Ancêtre peut aussi faire appel à l'esprit africain. Les personnes déracinées peuvent trouver une consolation dans le fait que le "Proto-Ancêtre" se trouve en tout lieu et n'est pas circonscrit aux territoirs ancestraux. En revenant à la Sotériologie, nous notons le rôle mystérieux du "chemin de la Croix" dans le salut de l'humanité. Sans d'aucune façon négliger le scandale de la souffrance, nous reconnaissons toutefois le rôle particulier qu'assument les personnes qui souffrent dans le plan du salut. Dieu parle à l'humanité de façon toute particulière par l'intermédiaire de ceux qui en sont les victimes du péché. Le salut de tous les hommes réside dans la solidarité avec les victimes et dans la lutte menée par Dieu pour surmonter avec elles les actions coupables qui ont engendré cette situation de victimes. Comme nous l'avons mentionné dans la section principale du présent document, dépasser la victimisation implique un retour à la liberté de pouvoir, pour chacun, exprimer sa pleine dignité d'enfant de Dieu. C'est là un défi pour nous tous et, de façon mystérieuse, ceux qui souffrent le indiquent aux autres le chemin.

5. Le thème ecclésiologique de l' "Eglise en tant que famille" est riche dans son application au défi des personnes déracinées. La compréhension chrétienne de la famille humaine transcende les limites du clan et de l'identité ethnique. Aussi le phénomène des réfugiés est compris par l'Eglise comme le membre d'un corps blessé. Les ressources du corps tendront naturellement à vouloir guérir cette blessure. Nous remarquons que les documents des Consultations précédentes ont, dans leur réflexion sur le phénomème des personnes déracinées, largement employé d'autres thèmes ecclésiologiques, tels que l'Eglise en tant que Sacrement du Salut. Nous voulons également indiquer que la compréhension de l'Eglise comme Corps mystique est ici tout à fait significative. Nous soulignons le fait que les mesures pratiques de solidarité pastorale organisée, comme l'établissement, entre les diocèses, d'un réseau pour les problèmes des réfugiés, est l'expression effective de l'unité du Corps mystique.

6. Dans l'Eschatologie, nous prenons note de la fonction que joue la littérature de l'Apocalypse dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Plutôt que d'encourager l'"adieu au monde" et l'attente passive pour l'avenir, elle engendre une loyauté permanente envers Dieu à une période où les attitudes coupables semblent triompher en absolu. Nous devons, nous aussi, être réalistes et reconnaître que les conflits qui assaillent notre continent ne sont pas prêts de finir. La confiance dans la victoire finale du Christ peut nous offrir une espérance profonde et joyeuse dans notre lutte contre ces conflits et contre leurs conséquences. Nous pouvons être aidés à travailler pour la justice et la solidarité en réalisant une estimation de la vérité eschatologique, lorsque nos activités n'aboutissent qu'à de moindres résultats.

7. Le thème de la réconciliation est central dans une étude des Sacrements. Cela peut s'expliquer, en référence aux nombreux rapports brisés en Afrique qui ont porté au déracinement des populations. L'accent peut être mis sur l'Eucharistie en tant que réconciliatrice et unificatrice, et sur le Sacrement de Pénitence, source de ramifications sociales. De même, dans les leçons d'Anthropologie chrétienne, l'accent peut être mis sur les dimensions sociales du péché et de la grâce. Identiquement, la rédemption peut s'expliquer en tant que force se réalisant dans l'histoire et non pas simplement comme une invitation à la conversion individuelle.

8. En Théologie morale, certains thèmes présentent un importance directe à l'égard de la crise des réfugiés. C'est avec force que nous approuvons la tendance du Conseil pontifical Justice et Paix et d'autres organismes catholiques à cesser de justifier la guerre en toutes circonstances. Nous voulons rappeler qu'aujourd'hui, en Afrique, 95 % des victimes de la guerre ne sont pas des combattants. Nous assistons aussi chaque jour aux conséquences de la guerre pour ce qui est du déracinement des populations, conséquences qui sont souvent volontairement ignorées.

9. Dans les cours de spiritualité, nous affirmons les thèmes traditionnels de la recherche de la perfection par une ouverture croissante à Dieu. Cependant, nous soulignons que cette croissance spirituelle doit, en premier lieu, être réalisée dans la communauté. Par exemple, nous avons noté que les experts des lettres de saint Paul critiquent les interprétations individualistes qui ont été données à propos de ses appels à la sainteté. En réalité, saint Paul associe toujours étroitement le fait d'"être dans le Christ" avec la vie au sein de la communauté chrétienne. Aujourd'hui, l'amour du prochain impliqué par une telle spiritualité doit s'étendre aux réfugiés et aux personnes en déplacement.

Dans les études de Droit canonique, nous avons remarqué qu'il existe un chapitre sur l'Eglise en tant que Peuple de Dieu (image de migration) et la question du domicile y est laragement discutée. Plus particulièrement, nous suggérons que les enseignants de Droit Canonique mettent l'accent sur la façon dont les paragraphes du Code sur le "quasi-domicile" s'applique plus spécialement aux réfugiés et aux personnes en déplacement.

NOTES

  1. Cf. "La pastorale de la mobilité humaine dans la formation des futurs prêtres", Card. William Baum, Lettre à "Leurs Excellences les Ordinaires locaux et les Recteurs de leurs Séminaires", Rome, 25 janvier 1986, réf.: 295/85.