Consultation
1998 de Nairobi
Pour
une reponse mieux coordonnee a la crise des populations deracinnes en
Afrique
Nairobi,
24-28 août 1998
DECLARATION FINALE
Introduction
1.
Nous, évêques, prêtres engagés dans la formation
dans les séminaires et dans les secrétariats des épiscopats
nationaux, représentants des ONGs catholiques, étudiants
universitaires et autres agents pastoraux de l'ACEAC, ACERAC et AMECEA,
représentants du Conseil Pontifical de la Pastorale pour les
Migrants et les Personnes en Déplacement, qui sommes réunis
en cette Consultation à Nairobi (Kenya), du 24 au 28 août
1998, venons d'avoir une série d'ateliers et de discussions
sur la pastorale des populations déracinées en Afrique
et désirons présenter la Déclaration reportée
dans ces quelques pages. Nous avons été intéressés
par la lecture des Actes des deux Consultations précédentes
qui se sont tenues cette année à Maputo et à
Yopougon, et nous considerons que la présente Déclaration
constitue la continuation de la ligne de réflexion commencée
dans ces rencontres.
2.
Nous éprouvons une inquiétude profonde devant les courants
qui se déployent sous nos yeux dans une grande partie de l'Afrique.
Nous constatons une militarisation de la politique et une diffusion
de la guerre à travers de nombreux pays de notre continent.
Ces guerres engendrent de nouvelles vagues de réfugiés
et de personnes en déplacement chaque semaine. Ne bénéficiant
d'aucune protection, ces réfugiés vivent dans des situations
précaires dans les régions où ils ont trouvé
refuge. Ils sont souvent harcelés, arrêtés et
rapatriés par la force. Nous reconnaissons que la crise des
réfugiés et des demandeurs d'asile constitue l'un des
signes des temps qui, avec le plus de clarté, exige une réponse
pastorale. Les dimensions de cette nécessité pastorale
sont aussi bien matérielles et psychologiques que spirituelles.
3.
Il faut déplorer que les événements politiques
mêmes qui se produisent actuellement et entraîne de nouvelles
vagues de réfugiés ont provoqué des difficultés
pour certains des invités à notre Consultation. C'est
pourquoi le nombre des participants à la présente rencontre
est inférieur à celui des deux autres précédentes,
à Maputo et à Yopougon. Ce qui a fixé des limites
à l'envergure de la discussion pendant la Consultation. En
outre, nous sommes conscients et impressionnés de la profondeur
de la réflexion mise à notre disposition par les Conférences
antérieures. En conséquence, nos commentaires dans la
présente Déclaration seront basés sur les quatre
points qui ont été mis en évidence dans ces Conférences.
Ils constitueront un approfondissement et une spécification
de certains aspects de ces points. Par conséquent, à
certains égards nous développerons ultérieurement
les idées soulignées dans les Conférences antérieures.
I.
Premier Point des Consultations précédentes
Formation
des experts en pastorale de la mobilité humaine : que
des agents pastoraux bien choisis fassent les études
nécessaires pour devenir des experts en mobilité
humaine forcée et ainsi soient en mesure de contribuer
à la formulation des plans pastoraux concernant la mobilité
humaine.
1.
Nous soulignons ce point avec insistance. Nous reconnaissons l'importance
de nombreuses différentes sciences sociales pour comprendre
les causes de la crise des réfugiés. L'anthropologie
est l'une des sciences sociales liées à ces problèmes.
Au sein de cette discipline, nous encourageons l'étude de l'ethnicité.
Une telle étude devra inclure à la fois l'appréciation
de l'immense richesse que l'identité ethnique apporte aux Africains,
et le degré où cette question joue un rôle dans
les conflits en acte dans nos pays. Outre l'anthropologie, nous voulons
souligner l'importance d'une compétence pour le soutien psychologique
ou spirituelle. Nombreux sont les réfugiés qui sont
traumatisés et ont besoin d'être aidés pour affronter
les conséquences psychologiques et spirituelles des chocs qu'ils
ont subis. On doit former les agents pastoraux dans ces domaines,
de même que dans le domaine de l'analyse de la situation politique
plus largement. Enfin, nous encourageons les efforts de l'Eglise dans
le dialogue avec les personnes impliquées dans les conflits
qui engendrent des courants de réfugiés.
2.
Nous soulignons l'importance de l'expression "bien choisis" employée
ci-dessus. Les agents choisis pour approfondir des études spécialisées
dans le domaine des réfugiés devront avoir fait preuve
de leur compétence au plan pastoral dans leur activité
au milieu des réfugiés, de même que de leur acuité
intellectuelle pour entreprendre de telles études rigoureuses.
II.
Second Point des Consultations précédentes
Modification
des programmes de formation de base : que les professeurs
des grands séminaires et les formateurs des instituts
religieux fassent des changements appropriés dans le
contenu des programmes de formation selon les recommandations
du Saint-Siège.
1.
Nous voulons à nouveau réaffirmer cette déclaration.
Nous reconnaissons les commentaires valables des Consultations antérieures
à propos de la façon dont l'enseignement de la Théologie
pastorale devra être influencée par le souci pour la
crise des réfugiés. Nous voulons mettre l'accent sur
ce que le mot "modification" utilisé dans la citation précédente
est plus approprié que le mot "changement" pour ce qui est
de nos propositions pour les programmes de formation. A propos de
l'enseignement de la Théologie pastorale, nous n'avons que
très peu de commentaires à ajouter.
2.
Nous suggérons que les enseignants de Théologie pastorale
gardent à l'esprit que les réfugiés officiellement
recensés ne sont pas seulement les seules personnes déracinées
qui ont besoin d'une pastorale. Nous prenons note du phénomème
des populations déplacées dans leur propre pays, en
particulier en Afrique centrale et de l'est. Nous avons aussi conscience
du dilemme que posent les demandeurs d'asile, qui ne sont pas officiellement
enregistrés, mais qui ont de bonnes raisons de ne pas rester
dans leurs pays. Enfin, nous prenons également note qu'il existe
d'autres catégories de personnes en déplacement qui
ne sont pas forcément déracinées. Un exemple
en est le nombre important de travailleurs émigrés dans,
pratiquement, tous les pays d'Afrique. Toutefois, dans cette Rencontre,
notre premier souci est pour les personnes qui se trouvent déracinées
par la force.
3.
Nous tenons à rappeler aux enseignants de Théologie
pastorale que les agents pastoraux doivent se considérer comme
"travaillant avec" les personnes déracinées et non seulement
"pour" elles. L'une des plus grandes injustices commises à
l'égard de celles-ci est qu'elles ont été traitées
comme des objets et ont souvent été soumises à
la violence. Il est d'une importance capitale pour la personne déracinée
de pouvoir redevenir un sujet capable de décider de son propre
destin. La pastorale des personnes déracinées doit s'attacher
à ne pas les traiter comme de simples objets - même simplement
de notre charité. Au contraire, notre pastorale doit être
motivée par la conviction que chaque individu est créé
à l'image de Dieu et est capable de s'aider lui-même.
Ce qui doit caractériser nos actions envers les personnes déracinées,
c'est de les aider à s'aider elles-mêmes, et de collaborer
effectivement avec la communauté qui les reçoit.
4.
Nous pensons qu'il est important de refléchir sur la façon
dont le souci pour les réfugiées et personnes en déplacement
doit influencer le curriculum des séminaires dans son
ensemble. Nous soulignons les vastes possibilités qu'ont les
enseignants d'Ecriture, de Théologie systématique, de
Théologie morale, etc. quant aux thèmes qu'ils choisissent
de mettre en valeur. Nous insistons sur le principe que les enseignants
de ces matières doivent établir un dialogue avec les
théologiens pastoraux, afin de savoir quels sont les thèmes
qu'il convient de mettre en avant. Dans le cas de l'Afrique, nous
en appelons aux enseignants de toutes les matières afin qu'ils
considèrent la manière dont la crise des personnes réfugiées
et en déplacement peut influencer le contenu de leurs leçons.
Dans l'annexe à la présente Déclaration, nous
offront une esquisse de comment certaines disciplines centrales du
curriculum de théologie peuvent être influencées.
Nous soulignons ces idées simplement à titre d'exemple
de la façon dont ce principe peut être appliqué.
Nous notons au passage que, dans les documents des Consultations précédentes,
de nombreux et riches efforts ont été faits pour appliquer
des thèmes théologiques de l'Ecriture et de la Tradition
au problème des réfugiés et des personnes en
déplacement. En outre, l'annexe à cette Déclaration
constitue, en partie, un effort pour expliciter que la manière
de "faire de la théologie" telle qu'elle est présentée
dans ces documents antérieurs comporte des implications sur
la façon dont la théologie est enseignée dans
nos séminaires.
5.
Le point 2 ci-dessus touchant principalement la formation dans les
séminaires, nous saisissons l'occasion pour souligner combien
est importante la formation des agents et des fidèles laïcs
dans le contexte du souci pour les personnes déracinées.
Nous proposons en outre que l'Eglise offre une formation en doctrine
sociale de l'Eglise et sur la spiritualité de la non-violence,
etc. aux personnes intéressées. Les moyens pour une
telle formation peuvent inclure des séminaires, des conférences
et des ateliers. De même, lorsque se réunissent des rencontres
internationales comme à laquelle nous participons, nous recommandons
que leurs Actes et leurs résultats soient communiqués
clairement par l'intermédiaire des structures diocésaines
et autres. Nous rappelons à tous qu'aujourd'hui, en Afrique,
de nombreuses personnes risquent de devenir, un jour ou l'autre, un
réfugié ou une personne en déplacement forcé.
III.
Troisième Point des Consultations précédentes
Expériences
pastorales accompagnées : que les programmes de
formation ecclésiastique incluent des activités
pastorales directes parmi des réfugiés et qu'elles
soient accompagnées par des experts en pastorale des
personnes déracinées.
1.
Une fois encore, nous soutenons énergiquement cette proposition.
Nous notons que les séminaristes ont des occasions d'insertion
pastorale pendant l'année académique mais aussi, plus
intensément, pendant la longue pause qui suit cette année.
Nous en appelons aux recteurs, aux évêques et aux supérieurs
religieux pour que soient trouvées des opportunités
pastorales pour ces étudiants afin qu'ils puissent travailler
avec les personnes déracinées. Nous encourageons les
formateurs à superviser cette activité en visitant les
étudiants au travail. Nous encourageons également la
pratique consistant à intégrer une réflexion
sur de telles expériences pastorales dans les leçons
de théologie pastorale du curriculum académique.
2.
Nous demandons que, sous la direction des recteurs des séminaires
nationaux et en consultation avec les autorités ecclésiales
compétentes, les enseignants engagés dans la formation
au sein des séminaires en Afrique centrale et de l'est organisent
un réseau de directeurs pastoraux avec les autres instituts
de formation afin de partager les expériences et d'établir
les priorités au vu de l'activité pastorale entreprise.
Nous souhaitons que le travail avec les réfugiés occupe
une place primordiale dans ces priorités.
3.
Nous notons que les "expériences pastorales accompagnées"
peuvent être étendues à d'autres personnes qu'aux
seuls séminaristes. Nous avons apprécié les suggestions
présentées dans les documents précédents
sur ce que les groupes de religieux et de laïcs soient entraînés
au niveau de la paroisse et du diocèse afin de pouvoir aider
et accueillir les personnes réfugiées et en déplacement.
Nous soulignons l'importance d'offrir une telle formation à
tous les agents pastoraux. Elle offre une préparation indispensable
pour ce travail difficile et parfois ingrat. Il faut comprendre que
les personnes déracinées ont traversé de telles
expériences douloureuses que travailler avec elles peut poser
certains défis particuliers.
IV.
Quatrième Point des Consultations précédentes
Réseau
pastoral : que les Eglises locales s'organisent, par un
réseau de solidarité pastorale comme Pasteurs
sans Frontières, pour offrir leurs agents pastoraux et
leur compétence aux Eglises locales qui se trouvent dans
des situations d'urgence à cause de la mobilité
forcée.
1.
Nous remarquons que le projet de créer un programme "Pasteurs
sans Frontières" a très bien été mis en
évidence par les Consultions antérieures. Mais nous
notons cependant avec regret que le défi consistant à
reprendre cette idée et à la mettre en application n'a
pas été relevé pleinement. Nous admirons les
nombreux cas où les prêtres et les religieux sont devenus
eux-mêmes des réfugiés. Dans nombre de situations,
ces hommes et ces femmes se sont enfuis au-delà des frontières
avec leurs troupeaux et ont continué, en exil, d'exercer leur
ministère auprès d'eux. Nous saluons respectueusement
toutes ces personnes. Toutefois, nous sommes également conscients
de certains cas où une telle générosité
ne s'est pas vérifiée. Ce qui soulève des questions
quant à la formation que nous proposons à nos futures
prêtres et religieux. Nous notons l'appel que le Saint-Père
Paul VI avait lancé aux Africains, de devenir missionnaires
d'eux-mêmes. Nous encourageons les formateurs dans les séminaires
à essayer de stimuler, chez leurs étudiants, le zèle
missionnaire qui leur permettra d'assumer leur ministère auprès
des personnes en mobilité.
2.
Nous soulignons que des réseaux peuvent aussi être créés
au niveau de l'information. Certains participants à cette Consultation
ont dit d'avoir été enrichis par les rapports présentés
à propos des échecs et des réussites des participants
qui ont essayé de travailler avec les personnes réfugiés
et en déplacement. Nous suggérons qu'un type de réseau
informatif soit instauré ; les participants pourraient peut-être
comprendre des membres des Conférences épiscopales,
des Conférences de religieux et religieuses et d'autres groupes
ecclésiaux. Ces réseaux pourraient partager leurs expériences
de travail au niveau local pour accueillir les personnes en mobilité.
3.
Nous voulons aussi souligner que notre réseau ne devra pas
se limiter aux seules communications au sein du milieu catholique.
La solidarité pastorale organique demandée par le Synode
africain ne doit pas être comprise comme s'adressant uniquement
aux catholiques. Nous notons l'existence d'un grand nombre d'autres
organisations chrétiennes, basées sur la foi ou d'un
esprit identique qui, de bien d'autres façons, travaillent
auprès des personnes déracinées. Nous tenons
à mettre l'accent sur la valeur qu'a la coopération
avec ces églises, ces agences ou ces institutions religieuses.
Nous soulignons que, sous certains aspects, au cours de la dernière
décennie, l'Eglise catholique n'a pas toujours été
assez rapide pour se structurer en réseau afin de répondre
aux problèmes des personnes déracinées,. Nous
pensons que nous pourrons être plus utiles à nos frères
et nos soeurs déracinées, et plus efficaces avec les
ressources dont nous disposons, si nous nous joignons à d'autres
églises et organisations basées sur la foi ou d'un esprit
identique.
4.
Les deux dernières propositions que nous présentons
ici se rapportent à un sujet qui n'a pas été
discuté dans les documents des Consultations précédentes.
Il s'agit des réseaux entre les évêques. Nous
proposons que les évêques des diocèses que les
chrétiens ont dû quitter soient encouragés à
visiter leurs troupeaux en exil. Nous recommandons également
qu'ils se rendent auprès de l'Ordinaire du diocèse où
vivent maintenant les personnes déracinées afin d'échanger
avec lui les expériences pastorales. Nous prenons note de ce
qu'il y a déjà de beaux exemples de cela dans divers
pays déchirés par la guerre. Ceci dit, nous reconnaissons
que les sensibilités politiques des gouvernements rendent parfois
ces visites irréalisables.
5.
Une proposition qui se rapporte à ce qui vient juste d'être
mentionné est que les Conférences épiscopales
des pays hébergeant un grand nombre de réfugiés
se rencontrent pour pouvoir coordonner des réponses pastorales
à de telles situations. Nous notons que quelque chose de semblable
a été réalisé lorsque des évêques
représentant l'AMECEA ont visité les évêques
du Rwanda et du Burundi. Nous encourageons ces exemples à se
multiplier et remarquons que de tels contacts peuvent constituer un
premier pas vers la multiplication de ce qui a été appelé
le réseau "Pasteurs sans Frontières".
NOTES
-
Ces
quatre points nous ont été remis dans le Document
7 de la documentation remise aux participants de la Consultation
avant la rencontre. Ce Document constitue un résumé
des points clé issus des rencontres précédentes
et il a été élaboré par les organisateurs
de la Consultation de Nairobi.
-
Allocution
aux Evêques d'Afrique, Kampala (Ouganda), 1969.
A
N N E X E
SOUCI
POUR LES PERSONNES DERACINEES ET PRINCPALES LEÇONS EN THEOLOGIE
Un
point de départ pour la réflexion qui suit réside
dans la déclaration suivante de la Congrégation de l'Education
catholique :
Sans
parler dans le cas spécifique de la mobilité humaine
d'une dimension théologique proprement dite, on devra
toutefois insister sur l'inspiration pastorale qui doit imprégner
la formation tout entière . . . Plutôt que de souhaiter
la création d'un cours spécial ou d'une discipline
auxiliaire, on devrait recommander une coordination et une plus
grande sensibilité des diverses disciplines théologiques
plus directement interessées par le phénomène
de la mobilité . . . Cela constitue évidemment
une responsabilité importante du Préfet des Etudes,
qui devra être à la hauteur de sa mission, tant
du point de vue scientifique qu'à celui de l'organisation1.
Les
membres de la Consultation de Nairobi sont convaincus de l'importance
d'une telle déclaration. Nous estimons que tous les membres
des facultés, des séminaires et des collèges
de théologie doivent établir un dialogue avec les théologiens
pastoraux qui font partie de leur corps enseignant. Cela les aidera
à choisir les accents à donner à leurs cours
pour répondre aux signes des temps. En Afrique, peu de signes
des temps sont aussi clairement évidents que les problèmes
des personnes déracinées et les situations de conflit
politique qui les ont contraintes à quitter leurs toits. Pour
encourager un tel dialogue, nous soulignons ci-après quelques
idées quant à la façon dont divers cours du curriculum
de théologie peuvent englober un souci pour les personnes déracinées
et en déplacement.
1. L'Ancien
Testament est une source riche en narration de situations semblables
à celles des personnes déracinées en Afrique
aujourd'hui. Tout d'abord, et surtout, les juifs se considèrent
comme le peuple de l'Exode - un peuple de réfugiés,
fuyant la persécution. Les Ecritures juives sont pleines du
sentiment d'émerveillement de ce que Dieu a choisi de privilégier
un peuple si faible et si insignifiant dans le contexte mondial. Pendant
le temps de l'Exil, les Israëlites sont à nouveau devenus
un peuple déraciné. Plutôt que de détruire
leur identité, c'est devenu, pour eux, une occasion d'approfondir
leur rapport avec Yahvé et de reconnaître la place spéciale
qu'occupe le pauvre "anawhim" aux yeux de Dieu. Le processus de rapatriement
après l'Exil, repris par les prophètes plus récents
et par les Livres de la Sagesse, est rempli de parallèles avec
les peuples qui veulent être rapatriés
aujourd'hui. Le développement de la littérature de l'Apocalypse
dans la période plus récente de l'Ancien Testament a
permis aux juifs d'exprimer une nouvelle espérance en la bonté
de Yahvé. Au lieu de placer toutes leurs attentes dans cette
période, la loyauté à leur religion pourrait
être basée sur la confiance dans la réparation
dans un temps à venir.
2. La
figure du Christ se trouve révélée dans le Nouveau
Testament comme signification ultime de l'existence humaine. En grande
partie comme les réfugiés, le Christ a été
incompris et rejeté par les puissances de notre monde. Et il
fut toutefois celui qui, en étant rejeté, a vaincu la
souffrance et la mort. Dans le Nouveau Testament, on trouve de nombreuses
occasions de rapporter le message du Christ à la crise des
réfugiés. Notre groupe s'est principalement attaché
à l'Evangile selon saint Luc qui offre une théologie
soulignant le rôle des pauvres dans le plan salvifique de Dieu.
De même, dans Luc, il existe aussi un universalisme qui met
en évidence que la Bonne Nouvelle de Dieu est destinée
à toutes les nations. Ce message s'oppose aux motivations nationalistes
et égocentriques qui sont souvent à l'origine des déplacements
de populations et des courants de réfugiés. Il offre
également une vision de la convergence de toutes les religions
dans le Christ. De la même manière, il contredit le type
d'oppression religieuse qui constitue aussi un facteur de déracinement
pour les Africains.
3. En
Théologie fondamentale, on parle de l'orientation fondamentale
de la personne humaine à la solidarité dans la communauté
humaine et à la solidarité avec Dieu. Ici, l'accent
peut être mis sur la culpabilité des structures qui déracinent
les personnes et sur l'obligation qu'ont les communautés recevant
les personnes déracinées à étendre leur
solidarité à celles-ci.
4. La
christologie peut élargir et approfondir de nombreux aperçus
bibliques à propos du mystère salvifique du Christ.
L'incarnation peut être expliquée comme Dieu devenant
l'"invité" de l'humanité. Accepter ce qui nous est étranger
et nous y unir, c'est là un caractère central du christianisme.
Le Christ peut également être compris dans des images
prises dans la tradition africaine. L'image du Christ en tant qu'Ancêtre
peut aussi faire appel à l'esprit africain. Les personnes déracinées
peuvent trouver une consolation dans le fait que le "Proto-Ancêtre"
se trouve en tout lieu et n'est pas circonscrit aux territoirs ancestraux.
En revenant à la Sotériologie, nous notons le rôle
mystérieux du "chemin de la Croix" dans le salut de l'humanité.
Sans d'aucune façon négliger le scandale de la souffrance,
nous reconnaissons toutefois le rôle particulier qu'assument
les personnes qui souffrent dans le plan du salut. Dieu parle à
l'humanité de façon toute particulière par l'intermédiaire
de ceux qui en sont les victimes du péché. Le salut
de tous les hommes réside dans la solidarité avec les
victimes et dans la lutte menée par Dieu pour surmonter avec
elles les actions coupables qui ont engendré cette situation
de victimes. Comme nous l'avons mentionné dans la section principale
du présent document, dépasser la victimisation implique
un retour à la liberté de pouvoir, pour chacun, exprimer
sa pleine dignité d'enfant de Dieu. C'est là un défi
pour nous tous et, de façon mystérieuse, ceux qui souffrent
le indiquent aux autres le chemin.
5. Le
thème ecclésiologique de l' "Eglise en tant que famille"
est riche dans son application au défi des personnes déracinées.
La compréhension chrétienne de la famille humaine transcende
les limites du clan et de l'identité ethnique. Aussi le phénomène
des réfugiés est compris par l'Eglise comme le membre
d'un corps blessé. Les ressources du corps tendront naturellement
à vouloir guérir cette blessure. Nous remarquons que
les documents des Consultations précédentes ont, dans
leur réflexion sur le phénomème des personnes
déracinées, largement employé d'autres thèmes
ecclésiologiques, tels que l'Eglise en tant que Sacrement du
Salut. Nous voulons également indiquer que la compréhension
de l'Eglise comme Corps mystique est ici tout à fait significative.
Nous soulignons le fait que les mesures pratiques de solidarité
pastorale organisée, comme l'établissement, entre les
diocèses, d'un réseau pour les problèmes des
réfugiés, est l'expression effective de l'unité
du Corps mystique.
6. Dans
l'Eschatologie, nous prenons note de la fonction que joue la littérature
de l'Apocalypse dans l'Ancien et le Nouveau Testament. Plutôt
que d'encourager l'"adieu au monde" et l'attente passive pour l'avenir,
elle engendre une loyauté permanente envers Dieu à une
période où les attitudes coupables semblent triompher
en absolu. Nous devons, nous aussi, être réalistes et
reconnaître que les conflits qui assaillent notre continent
ne sont pas prêts de finir. La confiance dans la victoire finale
du Christ peut nous offrir une espérance profonde et joyeuse
dans notre lutte contre ces conflits et contre leurs conséquences.
Nous pouvons être aidés à travailler pour la justice
et la solidarité en réalisant une estimation de la vérité
eschatologique, lorsque nos activités n'aboutissent qu'à
de moindres résultats.
7. Le
thème de la réconciliation est central dans une étude
des Sacrements. Cela peut s'expliquer, en référence
aux nombreux rapports brisés en Afrique qui ont porté
au déracinement des populations. L'accent peut être mis
sur l'Eucharistie en tant que réconciliatrice et unificatrice,
et sur le Sacrement de Pénitence, source de ramifications sociales.
De même, dans les leçons d'Anthropologie chrétienne,
l'accent peut être mis sur les dimensions sociales du péché
et de la grâce. Identiquement, la rédemption peut s'expliquer
en tant que force se réalisant dans l'histoire et non pas simplement
comme une invitation à la conversion individuelle.
8. En
Théologie morale, certains thèmes présentent
un importance directe à l'égard de la crise des réfugiés.
C'est avec force que nous approuvons la tendance du Conseil pontifical
Justice et Paix et d'autres organismes catholiques à cesser
de justifier la guerre en toutes circonstances. Nous voulons rappeler
qu'aujourd'hui, en Afrique, 95 % des victimes de la guerre ne sont
pas des combattants. Nous assistons aussi chaque jour aux conséquences
de la guerre pour ce qui est du déracinement des populations,
conséquences qui sont souvent volontairement ignorées.
9. Dans
les cours de spiritualité, nous affirmons les thèmes
traditionnels de la recherche de la perfection par une ouverture croissante
à Dieu. Cependant, nous soulignons que cette croissance spirituelle
doit, en premier lieu, être réalisée dans la communauté.
Par exemple, nous avons noté que les experts des lettres de
saint Paul critiquent les interprétations individualistes qui
ont été données à propos de ses appels
à la sainteté. En réalité, saint Paul
associe toujours étroitement le fait d'"être dans le
Christ" avec la vie au sein de la communauté chrétienne.
Aujourd'hui, l'amour du prochain impliqué par une telle spiritualité
doit s'étendre aux réfugiés et aux personnes
en déplacement.
Dans
les études de Droit canonique, nous avons remarqué qu'il
existe un chapitre sur l'Eglise en tant que Peuple de Dieu (image
de migration) et la question du domicile y est laragement discutée.
Plus particulièrement, nous suggérons que les enseignants
de Droit Canonique mettent l'accent sur la façon dont les paragraphes
du Code sur le "quasi-domicile" s'applique plus spécialement
aux réfugiés et aux personnes en déplacement.
NOTES
-
Cf.
"La pastorale de la mobilité humaine dans la formation
des futurs prêtres", Card. William Baum, Lettre à
"Leurs Excellences les Ordinaires locaux et les Recteurs de leurs
Séminaires", Rome, 25 janvier 1986, réf.: 295/85.