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Message
de la Conférence mondiale sur la mission et l'évangélisation
L'ÉVANGILE
INTERPELLE LES CULTURES; LES CULTURES PEUVENT ECLAIRER L'EVANGILE
À l'initiative
du Conseil Ecuménique des Églises, une Conférence mondiale sur la mission
et l'évangélisation s'est tenue à Salvador de Bahia (Brésil), du 24 novembre
au 3 décembre 1996, sur le thème: "Appelés a une seule espérance. L'Évangile
dans les diverses cultures". L'Assemblée a adopté à la fin de ses travaux
le Message suivant (Traduction de l'anglais, établie par le Service linguistique
du COE. Titre de la DC):
1. La
Conférence mondiale sur la mission et l'évangélisation s'est tenue à Salvador
de Bahia, au Brésil, à un moment significatif de notre histoire, alors que nous
approchons de la fin de notre siècle et sommes au seuil d'un nouveau millénaire.
2. Dès
le début de notre siècle, la première grande Conférence œcuménique sur la mission,
réunie à Edimbourg, déclarait: "Le travail [missionnaire] doit se faire dès
à présent. Il est urgent et il faut sans tarder lui donner une impulsion nouvelle".
Le travail missionnaire, cependant, ne s'est pas révélé aussi simple. Quatre
ans après cette Conférence, le monde était englouti dans la guerre. Depuis lors,
il a connu des massacres et des déportations massives, une autre guerre mondiale,
le développement de nouvelles formes de colonialisme, la menace nucléaire, la
destruction des écosystèmes par la cupidité humaine, la montée et l'effondrement
du bloc soviétique, la violence des conflits ethniques et des luttes séparatistes,
le capitalisme effréné qui creuse le fossé entre riches et pauvres.
3. Nous
croyons que la première vocation de l'Église est toujours de persévérer, par
la grâce et la bonté de Jésus-Christ, dans la mission de Dieu pour ce monde
qui est le sien. Toutefois cette mission, qui a une longue histoire et s'étend
sur le monde entier, ne peut aujourd'hui emprunter des sentiers étroits: elle
est l'œuvre de chacun; de partout, elle doit aller partout, en englobant chacun
des aspects de la vie de ce monde en rapide mutation, fait de tant de cultures
qui, aujourd'hui, s'influencent et se chevauchent sans cesse.
4. Pendant
notre Conférence, à Salvador de Bahia, nous nous sommes efforcés de mieux comprendre
en quel sens l'Évangile interpelle toutes les cultures et comment la culture
peut éclairer l'Évangile. Il aurait été difficile de trouver un lieu de Conférence
plus approprié. Parmi les nations, le Brésil se situe en effet au deuxième rang
mondial pour la population d'origine africaine. Salvador est un véritable microcosme
de la diversité des cultures et des spiritualités qui se partagent le monde.
Pourtant, ce lieu nous a fait prendre conscience de la souffrance et des fractures
qui sont la conséquence du racisme, conscience aussi du manque de respect envers
les autres religions qui existe encore dans certains secteurs des Églises chrétiennes.
5. La
Conférence avait pour thème "Appelés à une seule espérance - l'Évangile dans
les différentes cultures".
6. L'espérance
de l'Évangile s'exprime dans la venue gracieuse de Dieu en Jésus de Nazareth.
Depuis la Pentecôte, l'espérance, fruit de la foi, se manifeste dans le combat
que mène la communauté des fidèles. Elle atteint tous les peuples de la terre.
Avant-goût de cette espérance, notre Conférence entend lui donner une impulsion
nouvelle.
7. Au
cours de notre rencontre, il nous a été donné de nombreux motifs d'espérer:
a) Une
grande diversité de peuples et d'Églises étaient représentés (à Edimbourg, en
1910, la grande majorité des participants venaient d'Europe ou d'Amérique du
Nord; à Salvador, plus de six cents chrétiens venus de soixante pays et représentant
de multiples cultures ont participé à la vie de la Conférence).
b) Chacun
a fait un véritable effort pour écouter les personnes venues d'horizons différents
et comprendre leurs manières de vivre et leurs savions.
c) Nous
avons connu l'enthousiasme de participer à la vie d'une communauté où jeunes
et vieux, femmes et hommes venus d'Églises chrétiennes du monde entier ont tous
pu s'exprimer.
d) Les
Églises et les organismes missionnaires ont fait preuve de beaucoup de bonne
volonté pour reconnaître leurs erreurs passées et refuser de s'enfermer dans
des stéréotypes: ils ont manifesté leur détermination de demeurer ensemble et
de travailler ensemble au bien de notre mission commune.
e) Nous
avons voulu témoigner notre solidarité en nous rendant sur le quai de Salvador,
à cet endroit précis, où, pendant trois cents ans, étaient débarqués les esclaves
africains ayant survécu à leur capture et à leur déportation. Près de la pierre
des larmes, nous avons ensemble versé des larmes de repentance.
f) Nous
avons tous été encouragés à entrer dans le rythme des cultes quotidiens où l'usage
et la mise en honneur de sonorités et de langues différentes n'aboutissaient
pas à une "Babel" de division et de confusion, mais soufflaient plutôt un air
d'unité et d'inspiration évoquant une Pentecôte.
g) Nous
avons connu le privilège de partager, pendant quelques jours, la vie d'un continent
et de populations qui ont une histoire culturelle riche et des spiritualités
religieuses diverses; leurs Églises s'efforcent de traduire l'espérance évangélique
en des actes qui répondent aux défis de la transformation sociale et de la pauvreté.
8. Nous
espérons de tout cœur que cette dernière grande Conférence missionnaire du XXe
siècle aura clairement montré que, pour produire ses fruits les plus abondants,
l'Évangile doit à la fois être fidèle à lui-même et s'incarner dans la culture
d'un peuple. Nous avons vraiment vu de nos yeux et entendu de nos oreilles des
chrétiens de diverses cultures qui exprimaient leurs luttes et leurs espoirs.
a) Nous
avons entendu les cris de souffrance des peuples autochtones qui ont craint
l'extermination quasi-totale de leurs communautés et de leurs cultures, et nous
nous sommes émerveillés de leur patiente résistance et de leur volonté de construire
des ponts entre leur spiritualité autochtone et leur foi chrétienne afin que
leur identité ne soit pas éclatée.
b) Nous
avons appris de nos hôtes latino-américains l'importance de "faire une théologie"
qui édifie la "communauté nommé Église", laquelle, enracinée dans la vie du
peuple où cette Église est dressée, est capable de répondre, par exemple, au
sort tragique des enfants des rues.
c) Nous
avons entendu la voix des chrétiens du Pacifique qui aspirent à des liens de
réciprocité avec leurs partenaires chrétiens d'Occident, et insistent sur le
fait qu'un véritable partenariat en mission se traduit par une réciprocité sans
paternalisme.
d) Nous
avons entendu la colère des représentants des peuples africains, afro-caraïbes,
latino-américains et nord-américains d'origine africaine devant les horreurs
de l'esclavage, et perçu la manière dont la foi, bien qu'elle leur ait été présentée
de manière déformée, a pu se muer en espérance de libération. Nous avons admiré
leur détermination à ne pas se laisser piéger dans les regrets du passé mais
à resserrer les liens qui unissent en étroit partenariat les peuples africains
et les peuples de la diaspora africaine.
e) Nous
avons eu le privilège d'entendre le témoignage de ce qu'ont longtemps connu
les chrétiens d'Asie, vivant une vie de disciples, parfois en groupes minoritaires
vulnérables et menacés, au milieu de sociétés multireligieuses. Nous avons aussi
entendu parler de l'élan missionnaire qui jaillit de la base.
f) Nous
avons été émus par les catastrophes et les épidémies dont nous ont parlé des
Africains en nous disant: "Les temps inclinent à la désespérance". Mais nous
avons été étonnés de la force et de la volonté, en particulier des femmes chrétiennes
africaines, de partager la souffrance de leurs peuples et de combattre leur
désespoir, en travaillant à les nourrir et à leur permettre d'espérer.
g) Nous
avons entendu les femmes du monde entier dire leur aspiration à vivre en réel
partenariat avec les hommes dans l'Église et la société.
h) Nous
avons écouté ce que les jeunes chrétiens nous ont dit: ils ne veulent pas être
objets de la mission de l'Église, mais partenaires à part entière dans le travail
missionnaire, particulièrement lorsqu'il s'agit de relier la foi aux énergies
et aux aspirations de la "culture jeune" d'aujourd'hui.
i) Nous
avons admiré l'engagement des chrétiens des Églises orthodoxes et des autres
Églises de l'ex-Union soviétique et de l'Europe de l'Est, qui sont aujourd'hui
déterminés, dans le nouveau climat de liberté religieuse, à servir leurs peuples
de manière que la foi, soutien de tant de gens à l'époque des persécutions,
leur apporte maintenant une force équivalente face aux enjeux nouveaux. Nous
les avons entendus protester contre les agissements de groupes chrétiens étrangers
qui cherchent à faire du prosélytisme auprès de leurs membres.
j) Nous
avons été émus par ce que vivent les chrétiens du Proche-Orient qui ont le douloureux
privilège d'habiter en "terre sainte", cette terre déchirée par les divisions
et les injustices; nous avons compris leur indignation devant la manière dont
les textes bibliques sont mal interprétés, leur culture si méprisée que certains
d'entre eux se trouvent étrangers sur leur propre sol.
k) Nous
avons perçu la réticence des chrétiens d'Allemagne devant une certaine précipitation
à déclarer que l'Esprit de Dieu est à l'œuvre dans toutes les cultures: ils
gardent en effet le souvenir douloureux de la manière dont les Églises, autrefois,
ont couru le risque de se trouver inféodées à l'idéologie nazie.
l) Nous
avons entendu parler des Eglises nord-américaines que leur enracinement croissant
dans la réalité locale risque de conduire à l'isolement et à l'éloignement des
réalités mondiales, même s'il renforce leur engagement envers la mission et
l'évangélisation dans leur propre environnement.
m) Nous
avons entendu parler de la culture post moderne qui domine une grande partie
de l'Europe occidentale, et nous avons appris comment les Églises étudient le
phénomène de la sécularisation et s'engagent aux côtés de ceux qui se détournent
de la foi traditionnelle, cherchant une spiritualité individuelle, "à la carte".
n) Nous
avons partagé avec beaucoup le souci de savoir que le monde n'est pas seulement
aux prises avec un libéralisme économique qui semble exercer sa toute-puissance
même sur des gouvernements forts, mais qu'il est également exposé à la concurrence
des médias dont les images et les messages de toute nature influencent et, selon
certains, sapent même la vie communautaire de la foi.
o) Nous
avons fait observer, au cours de nos discussions, que c'est peut-être en réaction
à cette évolution, que de nouveaux fondamentalismes se sont fait jour dans toutes
les grandes religions du monde, ajoutant aux divisions dans un monde déjà déchiré.
p) Nous
avons appris qu'il y a des chrétiens, partout dans le monde, qui s'engagent
dans un dialogue sérieux avec les croyants d'autres religions, disant l'histoire
de l'Évangile, écoutant attentivement l'histoire des autres, et qui, par là
même, acquièrent une compréhension plus claire et plus riche de leur propre
foi, contribuant ainsi à bâtir une "communauté des communautés" pour le bien
de tous.
9. Grâce
à tous ces échanges, nous avons pris connaissance de la manière dont l'Eglise,
aujourd'hui, s'engage dans la mission au sein des différentes cultures du monde.
À partir des idées qui se sont dégagées de cette Conférence, sur quoi donc maintenant
voulons-nous mettre l'accent?
a) L'Église
doit s'attacher fermement à ces deux réalités: ce qui la distingue de la culture
où elle vit, et son engagement envers cette culture. De cette manière, l'Église
ne pourra jamais devenir captive d'une culture donnée ni étrangère à elle; l'une
et l'autre s'interpellent et s'éclairent mutuellement.
b) Nous
sommes bien conscients que pour faire un tel travail missionnaire aujourd'hui,
les chrétiens doivent avoir, plus que jamais peut-être, une compréhension claire
de ce que Dieu a accompli dans l'histoire par Jésus-Christ. A cet égard, nous
avons compris ce que Dieu exige des personnes, des communautés et des structures.
Le témoignage biblique est notre point de départ et notre référence pour la
mission; il nous donne le sens de notre propre identité.
c) Nous
croyons que nous devons constamment rechercher l'illumination de l'Esprit Saint
afin qu'ils nous aide à mieux discerner là où l'Évangile interpelle, étaie ou
transforme telle ou telle culture.
d) Nous
croyons que la catholicité d'une Église est renforcée par la qualité de relations
qu'elle entretient avec les Églises d'autres traditions et d'autres cultures.
Cela a des conséquences pour la mission et l'évangélisation, et exige que nous
fassions preuve de respect et de sensibilité envers les Églises déjà établies
en un lieu donné. L'esprit de concurrence est le plus sûr moyen de saper la
mission chrétienne. De même, une forme d'évangélisation agressive, qui ne respecte
pas la culture d'un peuple, ne reflète guère l'amour gratuit et l'appel contenus
dans l'Évangile.
e) Les
communautés paroissiales sont appelées à être des lieux d'espérance et des espaces
de sécurité et de confiance dans lesquels les personnes de toutes cultures peuvent
être accueillies et reconnues, en signe de l'amour sans exclusive de Dieu. Au
fur et à mesure que ces communautés croissent en diversité, il importe qu'elles
s'ouvrent à tous les groupes culturels qui constituent la collectivité, sans
oublier les personnes déracinées, marginalisées et méprisées. Il est fondamental
quelles soient soutenues par une spiritualité qui leur permette d'assumer la
vulnérabilité qu'entraîne cette ouverture.
f) De
modestes initiatives, qui nécessitent audace et courage, peuvent renverser les
barrières et créer de nouvelles relations. De telles initiatives sont à la portée
de chacun de nous. Elles peuvent être le "miracle" qui change l'image qu'une
Église ou une communauté ont d'elles-mêmes et fait jaillir la vie nouvelle donnée
par Dieu.
10.
La musique qui a accompagné ces journées de rencontre à Salvador a été marquée
par le rythme, l'harmonie, la pulsation. En un lieu de profonde tradition africaine,
il est naturel que nos célébrations aient souvent été scandées par le tambour
qui a fait battre nos cœurs à l'unisson de l'amour de Dieu pour nous et pour
tous les peuples. Brûlant de ferveur pour la mission, et priant pour que beaucoup
soient comme nous "appelés à une seule espérance", et découvrent "l'Evangile
dans les différentes cultures", nous recommandons aux chrétiens et aux Églises,
en tout lieu, les conclusions de la Conférence. Notre espérance la plus profonde
est qu'ils puissent eux aussi être renouvelés dans leur tâche missionnaire,
qui est de faire partager la connaissance du Christ, pour la gloire du Dieu
trinitaire.
Ref. La Documentation Catholique,
No. 2155, Mars 1997.
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